Interview de Julien Achard, dénicheur de pépites antillaises

Julien Achard, co-réalisateur de Digital Zandoli, nous explique le concept de la compilation et nous parle de sa vision du zouk.

Pour notre plus grand bonheur, et ce grâce au label parisien Heavenly Sweetness, Julien Achard de Diggers Digest et Nicolas Skliris ont continué le travail qu’ils avaient commencé sur le premier volume de Digital Zandoli. Une suite qui ne perd pas son souffle, bien au contraire. Les morceaux sélectionnés, d’une efficacité surprenante, ont tous étés enregistrés aux Antilles entre 1984 et 1993 par des artistes principalement auto-produits. On y retrouve les traditionnels Champagn’, Osmose ou Michel Alibo, mais aussi des sonorités plus hybrides signées Coco Fabert, Wach’Da ou Patrick Nuissier. A l’aide de synthétiseurs et de boites à rythme, le zouk labelisé Digital Zandoli se frotte avec panache à d’autres genres comme le funk, le disco, le boogie ou l’afrobeat.

Pour en savoir plus, on a posé quelques questions à un des créateurs de la compilation, Julien Achard.

Mais qu’est ce donc qu’un Digital Zandoli?

Le Zandoli est le nom qu’on donne au petits lézards en Guadeloupe et en Martinique, c’était intéressant de prendre un nom qui sonne bien, facilement reconnaissable par tous les antillais et de l’associer au mot « digital » qui apporte une modernité à ce mot de la culture créole. Je voulais éviter de tomber dans les poncifs des titres de compilation avec le mot zouk. On aurait pu l’appeler Zouk Not Zouk. D’autant plus que cette compilation évoque plutôt un spectre un peu expérimental de musiques franco-caribéennes joué par des musiciens qui ont fait du Zouk mais pas seulement, un autre type de Zouk.C’était un contre pied humoristique. Il y a une forte connotation créole mais ça va plus loin. Je pense que cela a relativement bien fonctionné car dans le monde des collectionneurs de musiques tropicales c’est devenu un mot clé pour définir un certains types de zouk.

Quelle est la différence avec une compilation classique « zouk party sur la plage »?

Nous sommes allés chercher plus loin que les classiques zouk. Presque des « anomalies musicales » des titres  hybrides. A la limite d’un style et à la frontière d’un autre. Des morceaux qui ont quelque chose en plus, qui sortent de l’ordinaire. On a dû écouter des centaines de face B afin d’en sélectionner avec une petite dizaine. Certains titres comme Djeminay sont antillais mais presque ambiant, d’autres mélangés au gwo ka comme le Coco/Faubert. Ou comme le Joyeux de Cocotier qui est plus de la funk chanté par un français d’origine antillaise. A part Champagn’ ou Osmose, la plupart des artistes n’ont pas percé dans les hit parades. La grande majorité des titres de cette sélection sont des autoproductions.


POUR MOI, LE ZOUK A DÉJÀ CONQUIS LA PLANÈTE DANS LES ANNÉES 80. MÊME MILES DAVIS L’AVAIT DIT EN 1989 EN PARLANT DE KASSAV’ :« C’EST LA MUSIQUE DU FUTUR ». 


Tu viens également de sortir la compilation « disques la rayé », qu’est ce qui t’attires dans la musique antillaise ?

Cela ne s’explique pas vraiment mais je suis tombé amoureux de la musique antillaise, plus à travers le jazz et la soul au début, l’album de Roland Brival que j’ai découvert il y a une vingtaine d’années a vraiment marqué ma façon d’appréhender la musique en général cela m’a montré que des musiciens français (d’origine antillaise) n’avaient rien à envier aux productions soul jazz américaine. C’est le mélange des styles qui m’intéresse et la singularité des productions antillaises. Cela est dû à la position géographique des Antilles, un mélange d’influences créoles, françaises, latines, américaines… un vrai « jambalaya » dont les ingrédients ont mis beaucoup de temps à mélanger leur saveur !  Les artistes ont vraiment quelque chose à dire. Un titre comme « ka nou pé fé » des vikings est assez représentatif , un mélange de jazz, de funk, chanté en créole, c’est typiquement le genre de titre qui m’interpelle. La première écoute m’a mis une grosse claque. Et puis le fait de faire des compilations ou de rééditer des albums c’était plus l’envie de faire partager ces musiques et de continuer à explorer un patrimoine injustement oublié.

Le Zouk va-t-il conquérir la planète 30 ans après sa naissance ? Quel futur pour la musique antillaise ?

Pour moi, il l’a déjà conquise dans les années 80, même Miles Davis l’avait dit en 1989 en parlant de Kassav’ :« C’est la musique du futur ». On retrouve les patterns rythmiques du zouk, dans les productions de rap actuel (PNL, Booba, …). On voit bien que la musique tropical et africaine est très très à la mode en ce moment, et influence la musique pop et les producteurs mainstream. C’est cyclique. Beaucoup de gens qui ont écouté Zandoli m’ont dit que cela avait changé leur vision des musiques tropicales.

Quel est ton titre préféré de la compilation et pourquoi?

Coco / Fabert ! C’est un pied de nez car ce n’est pas un morceau zouk même s’il en a les codes. Produit par Dominique Panol et George Décimus, Nico Skliris, avec qui j’ai fait la compilation, m’a fait découvrir cet album zouk mais ce titre se rapproche plus du ragga avec des paroles provenant de la musique racine le Gwo Ka, tout en empruntant des sonorités synthétiques au zouk. Succès garanti sur les dancefloors. Pour moi, il n’y a pas de définition précise d’un style zouk, c’est forcément un mélange d’explorations. Decimus disait de Kassav que c’était un laboratoire d’expérimentation musicale, on le voit bien avec leur discographie.