→ Passer directement au contenu principal
The Pan African Music Magazine
©2021 PAM Magazine - Design par Trafik - Site par Moonshine - Tous droits réservés. IDOL MEDIA, une division du groupe IDOL.
Le lien a été copié
Le lien n'a pas pu être copié.
PAM Gallery : Lisolomzi Pikoli, allégorie du mouvement

PAM Gallery : Lisolomzi Pikoli, allégorie du mouvement

Des façades de Pretoria aux résidences internationales, le coup de pinceau de Lisolomzi Pikoli aka Mr Slipperz a fini par servir des musiciens, attirés par son expression singulière du mouvement. On lui tire le portrait dans ce second épisode de notre série PAM Gallery.

L’année dernière sortait le projet Keleketla!, un microcosme collaboratif orchestré par les légendaires Coldcut où musiciens sud-africains contemporains et artistes internationaux avaient pour objectif de sortir un album unique dont on se souviendrait. Au sein de ce process spontané mêlant résidences, enregistrements studios et échanges virtuels, gravitait aussi l’artiste qui mit le point final à cette aventure en livrant une magnifique pochette, véritable vitrine du projet. « La pochette représente des gens réunis en cercle autour d’un feu qui se déploie et grandit comme pousseraient un arbre et ses ramifications. C’est un beau symbole qui représente bien ce process », nous confiaient alors les protagonistes Matt Black et Jo Moore dans une interview consacrée à l’album. Profondément inspiré par le concept -basé sur une de ses précédentes toiles qui leur avait tapé dans l’œil- l’intéressé Lisolomzi Pikoli approuve : « je pensais à cette collaboration transcontinentale et à l’élan qu’elle a créé, propulsée par toutes ces différentes âmes impliquées. C’est ainsi qu’est née l’idée de ces gens qui dansent autour d’un feu de joie, profitant des sons du festival. »

Limsolozi Pikoli – Keleketla! cover
Quand la toile se met à danser

Si depuis 2013 les acteurs de la bibliothèque Keleketla! devinrent des mentors et jouèrent un rôle significatif dans le développement artistique de Lisolomzi, travailler avec ces mastodontes de la musique électronique DIY reste un moment à part : « j’écoute Coldcut et Ninja Tunes depuis mes années lycée, ce fut un grand honneur de travailler sur la pochette de leur album, entouré de tant de musiciens brillants d’Afrique du Sud et du monde entier. »  En regardant dans le rétroviseur, on réalise que le jeune peintre n’en est pas à sa première collaboration liée à la musique. C’est en effet le jazzman sud-africain Vuma Levin qui exprima le premier le souhait d’utiliser ses œuvres pour illustrer trois de ses sorties. Une connection inopinée qui le propulse dans le monde de la musique, presque malgré lui : « en fait, j’ai eu beaucoup de chance avec Vuma car il avait vu certaines œuvres que j’avais créées et les avait donc commandées comme couvertures pour ses albums », nous dit-il, encore surpris. « Ce fut une expérience incroyable de travailler avec l’un des plus grands talents de jazz d’Afrique du Sud pour quelques-unes de ses sorties. » En y regardant de plus près, le travail sur les formes, les lignes, les couleurs et les émotions qui s’en dégagent peut naturellement faire écho à une mélodie, ou aux paroles d’une chanson dans l’esprit d’un musicien.

À ce titre, les dessins choisis par le Sud-Africain Buli – en particulier sur le LP Blue – reflètent curieusement les textures pures et éthérées de sa musique. « Ses œuvres ont toujours semblé correspondre à ma musique car elles m’inspirent à faire du son pour m’adapter à son esthétique visuelle », nous transmet le beatmaker, « je savais qu’il serait le mec parfait pour dessiner ce visuel flottant et abstrait pour Blue ». De l’autre côté du miroir, Lisolomzi avoue écouter et apprécier la musique de ses clients, son pinceau à la main : « la musique fait partie de moi et m’aide à fluidifier mon process de création, elle a toujours joué un rôle important pendant mes séances de peinture. » Une influence parmi tant d’autres chez ce jeune homme qui, les sens grands ouverts, se laisse aussi bercer par « le monde naturel, la cosmologie, la nature humaine et le monde construit ». En combinant son environnement à différentes formes d’art qu’il admire, comme « le cubisme, l’impressionnisme, l’expressionnisme abstrait, le surréalisme, l’art africain traditionnel, l’art contemporain et les arts urbains », il centre son travail sur l’interprétation de « notre façon d’être ,et les mécaniques du monde moderne à travers le prisme de notre héritage, de l’homme en lui-même et de sa relation avec les formes, le temps et le mouvement ».

Lisolomzi Pikoli – Constitution Hill mural, Johannesburg
Des cartoons aux murs de Pretoria

Cette passion pour le dessin l’a piqué prématurément, lui qui, né en 1989 à Harare au Zimbabwe alors que ses parents fuyaient l’apartheid, s’inspirait d’abord des dessins animés. « Quand j’étais enfant, j’essayais juste de recréer ce que je voyais à la télévision et avec mes amis, nous nous montrions nos dessins à l’école et nous essayions de redessiner ce que nous regardions. » Un hobby quotidien, et un amour pour l’art qui grandira au fil des déménagements, de Harare à Johannesburg, puis de Cape Town à Pretoria, où il vit aujourd’hui. Adepte du street art depuis ses 17 ans, Mr Slipperz sillonne régulièrement sa ville à la recherche d’un mur qui voudrait bien accueillir ses idées en peinture ou ses installations, convaincu de l’importance de l’art public pour « l’artiste lambda qui a moins accès aux espaces et aux pratiques artistiques ». En peignant le plus souvent des personnages inspirés de son entourage, le passionné encourage ses pairs à utiliser n’importe quel support pour « transmettre ou représenter leurs idées à leur public ou à eux-mêmes ».

« J’étais le gamin qui dessinait toujours et j’avais la chance d’avoir de la famille et des amis qui m’encourageaient dans cette voie. » Catalysé par cette motivation extérieure, le graffeur intègre ensuite une école d’art, dont il sortira diplômé, puis répond à l’appel du monde extérieur pour se lancer en solo : « j’ai fini par faire le choix de commencer ma carrière artistique en freelance vers l’âge de 21 ans, parce que je faisais toujours des projets avec des amis ou allais travailler au lieu d’être en classe. » Conscient qu’apprendre fait partie de la « recherche éternelle » menée par tout être humain, il suit actuellement des cours de design pour ajouter une nouvelle corde à son arc, lui qui se considère déjà comme un artiste multidisciplinaire : « je dessine à l’encre, au crayon ou au fusain ainsi qu’à la peinture à la gouache, à l’acrylique et à l’huile », résume-t-il. « Je fais aussi des peintures numériques, du design et je me fais les dents sur l’animation expérimentale. »  Quelle que soit la technique utilisée, l’artiste polyvalent a montré avec Coldcut, Buli et Vuma Levin, qu’arts visuels et musique sont complémentaires lorsqu’on y met de l’amour et du sens. Et au-delà de notre passion pour le son, c’est aussi grâce à des gens comme lui qu’on continue d’acheter des disques…

Pour en savoir plus sur Lisolomzi Pikoli, rendez-vous sur son site ou sur sa page Instagram.

Les pochettes de l’artiste seront exposées au Flow à Lille le 3 novembre 2021 à l’occasion de la soirée « Mix, Myself and I invite le PAM Sound System ».

Lisolomzi Pikoli – Newtown mural, Johannesburg
Lisolomzi Pikoli – Vuma Levine’s Life And Death On The Other Side Of The Dream cover
Lisolomzi Pikoli – Buli’s Darkmatter cover
Lisolomzi Pikoli – Buli’s Blue cover

Chargement
Confirmé
Chargement
Confirmé