Nancy Jazz Pulsations : la playlist du programmateur, Thibaud Rolland

Thibaud Rolland, 31 ans, a pris cette année les rênes d’un des plus vieux festivals de jazz en France. Il nous a envoyé la playlist commentée qui éclaire ses choix artistiques pour cette édition qui se poursuit jusqu’au 19 octobre.

Avant qu’il ne succède cette année à Patrick Kader, Thibaud Rolland connaissait bien Nancy Jazz Pulsations puisqu’il y a travaillé plusieurs années. Mais ce saxophoniste formé au conservatoire a également fait ses armes dans le monde du hip-hop et des musiques actuelles. Sa programmation est le reflet de ce parcours, puisque le jazz est au centre d’un océan de musiques avec lesquelles il continue de dialoguer. Des rythmes vaudous du Bénin à leurs cousins cubains, du kuduro angolais aux transes maloya, et du jazz au hip-hop et retour…. De quoi voyager et danser, aux quatre coins de l’Atlantique noir.

Benin Music International – Abobo

Le BIM fait partie de ces groupes de musiques africaines qui réussissent à trouver l’équilibre entre le rock et les musiques traditionnelles, à l’instar de Jupiter & Okwess par exemple mais aussi plus au nord, de Tinariwen ou Gnawa Diffusion. Ce mélange d’énergies est toujours aussi exaltant.


Kokoroko – Adwa

Le jazz anglais a le vent en poupe, et c’est tant mieux car cela permet de capitaliser sur un public de jazz plus jeune et qui vient « debout », objectif principal de la politique des publics : désacraliser le genre ! Le collectif jazz londonien est devenu en un an assez incontournable et fait un formidable pont entre l’Afrique de l’ouest, l’afrobeat et le nu-jazz européen.


The Bongo Hop – Ventana (feat. Nidia Gongora)

Un projet français singulier qui rend hommage aux musiques afro-caribéennes, particulièrement représentées à NJP cette année (la création who’s the cuban orchestra, l’hommage de Angélique Kidjo à Célia Cruz, notre action artistique « Quartiers Musique » et son Carnaval des Caraïbes…). Sur ce projet de Etienne Sevet, on retrouve notamment la voix de Nidia Gongora (Ondatropica et Quantic…) mais aussi le producteur multiinstrumentiste Patchworks (Voilaaa, The Dynamics…).


Trans Kabar – O Linndé

Tout comme Bongo Hop ou le Carnaval des Caraïbes, Trans Kabar joue lors de la Pép en Fête, cet événement gratuit au cœur du festival qui attire chaque année 25.000 personnes avec des formations se produisant dans l’ensemble du Parc de la Pépinière. Une journée résolument tournée vers les musiques du monde entier. La formation se produira au Magic Mirror, cabaret en bois qui porte fort bien son nom, tant le lieu favorise l’alchimie entre le public et des musiques vibrant d’énergie et de transe. En l’occurrence, celle de l’incontournable Jean-Didier Houareau et ses compères qui mêlent des chants traditionnels du maloya et des airs traditionnels des Servis Kabaré.


Alpha Wann – STUPÉFIANT ET NOIR

Exit l’amour du groove qui lie les artistes cités précédemment pour se concentrer sur un rappeur français à la plume particulièrement aiguisée. Depuis 1995 et l’Entourage, Alpha a continué son bout de chemin de son côté, discrètement, en prenant son temps et en regardant passer les nombreux wagons qui ont fait du rap la première musique écoutée en France. Un paysage devenu concurrentiel. Avec la sortie de son premier album, Alpha Wann est pour moi, une référence du genre.


Ryan Porter & The West Coast Get Down (starring Kamasi Washington !)

Peut-être l’une des formations qui m’enthousiasme le plus dans la programmation de cette année, avec le clan de Kamasi Washington qui passe (enfin!) par Nancy. Après de longues années à tenter de faire venir ces grands musiciens, c’est finalement sous la houlette de son tromboniste et de ces deux derniers excellents albums, que nous découvrirons Kamasi Washington à Nancy et le « West Coast Get Down ». Ces trentenaires californiens sont pour moi de formidables témoins de l’effervescence de la scène musicale californienne, mais plus globalement de la porosité du jazz avec le r’nb et le rap, dans la création artistique actuelle.  Au cœur de ce bouillonnement, j’ai le sentiment qu’ils font déjà partie de l’Histoire de la musique tant leur groove est galvanisant et leurs compositions, héritières de la « Great Black Music », de Herbie Hancock à Lauryn Hill. Une musique qui fait la passerelle, nécessaire pour aller chercher de nouveaux publics jazz, notamment les plus jeunes.


PONGO – Kuzola

J’ai invité Pongo aux Noces Félines que j’organise au Palais du Tau de Reims avec Velours, mon asso champenoise, et le public a été littéralement électrisé par ce petit bout de femme. L’ancienne chanteuse du collectif afro-electro Buraka Som Sistema (rappelez-vous : « Wegue Wegue »), a débarqué en solo de manière explosive. Telle une bombe, Pongo sur scène donne l’impression d’une boule d’énergie qui mêle Kuduro, Dancehall et instruments plus traditionnels. Une claque !


Nihiloxica – Sequences

De la techno acoustique née en Ouganda ! Tout est devenu possible et c’est génial. Une techno assez mentale et progressive servie par des percussions en pagaille et de rares samples. Une musique dédiée au live qui ne triche pas mais appelle à un état de transe particulier. Un groupe de techno africaine qui en 2019 peut avaler des dates du fait d’une originalité certaine qui enrichit la scène techno actuelle, créative et très populaire.


Nadia Rose – Skwod

Nadia Rose jouera  au Hublot, un club de 300 places un peu excentré, confiné et chaleureux plutôt dédié au rock et aux musiques « de sueur ». Une salle qui correspond parfaitement à l’état d’esprit transgressif, politique et underground porté par le Grime, ce style de rap acerbe porté par de grosses basses et dont Nadia Rose et la meilleure ambassadrice actuellement.


Madison McFerrin – No Time To Lose

A la base, j’avais imaginé organiser une soirée dédiée à la famille McFerrin avec Bobby évidemment, mais aussi ses enfants Taylor et Madison. Une famille qui décidément fut bénie tant leurs parcours artistiques respectifs mettent au centre la voix et ses multiples facettes. Hasard du calendrier, Bobby ne tournait qu’en novembre mais qu’importe, sa fille ouvrira le Théâtre de la Manufacture, seule sur scène avec sa loop station. Une salle cosy, à l’acoustique parfaite, afin de profiter du r’n’b et de la pureté de la voix de Madison en ouverture d’Hailey Tuck.

Retrouvez toute la programmation de Nancy Jazz Pulsations.