Issa Cissokho, décès d’un baobab

Le célèbre saxophoniste, qui a marqué de son empreinte la scène sénégalaise s’en est allé. Retour sur son parcours, et sur l’émotion que sa disparition suscite au pays de la Teranga.

Le saxophoniste sénégalais Issa Cissokho est décédé dans la nuit de dimanche à lundi. Membre du mythique Baobab Orchestra, le musicien était âgé de 73 ans. Avec sa disparition, c’est la musique et la culture qui perdent une véritable icône.
Musicien hors pair, Issa Cissokho était aussi un sacré personnage. Une gueule comme on dit au cinéma. Son jeu plein d’entrain, sa présence scénique inégalable et sa jovialité permanente, influençaient tous les membres de son groupe et envoyaient une tonne d’énergie au public lors des concerts. Que ce soit avec le Baobab Orchestra son groupe de cœur qu’il intégra en 1972, ou le Super Étoile band de la star Youssou Ndour, dont il fut longtemps membre à part entière, le longiligne saxophoniste ténor, issue de la grande tradition griotte mandingue a laissé une empreinte indélébile sur la scène musicale et marqué évidemment plusieurs générations de mélomanes. De l’autre côté de la vie, Cissokho est parti rejoindre son cher ami, le regretté sculpteur et peintre Joe Ouakam (Issa Samb).

C’est pourquoi, dès l’annonce de son décès, une floraison d’hommages s’est répandue dans la presse et les réseaux sociaux. Le monde des arts dans son ensemble – sa seconde famille – a réagi avec émotion.

« Toujours fidèle en amitié » selon Abdou Ba du laboratoire Agit’Art, un « grand » de la musique sénégalaise » s’en est allé se confie Iba Gaye Massar de l’Association des Métiers de la musique du Sénégal, quant à son complice sur scène, le sage Thierno Koité (saxo alto & soprano) salue le « grand frère » qui lui a tout appris. Le claviériste Jean Philippe Rykiel avec qui il a joué au Super Etoile,  rend hommage à l’ami « chaleureux » et « jovial ».

Au-delà des éloges, c’est une foule immense qui a accompagné, ce lundi le défunt à sa dernière demeure au cimetière de Yoff à Dakar.


L’Orchestre Baobab à nouveau orphelin

À ses débuts dans les années 60, Issa Cissokho accompagne Labah Sosseh et se fait un nom avant de poser ses valises au Baobab qu’il ne quittera que pour rejoindre le Super Étoile. Il faut dire aussi que ce riche compagnonnage avec Youssou Ndour correspond avec la période de léthargie du Baobab (fin des années 80 jusqu’à la fin des années 90). Au début, des années 2000, le Baobab reprend du service par l’entremise de Youssou Ndour et surtout de Nick Gold patron du label World Circuit. S’ensuit une période d’intenses activités. Entre longues tournées aux quatre coins du monde et les séances de studio, Issa Cissokho et le Baobab Orchestra connurent une nouvelle jeunesse des plus remarquées.

C’est un sacré coup dur qui vient de frapper à nouveau le légendaire groupe. À peine avait-on fini de pleurer Ndiouga Dieng un de leur chanteur disparu il y a moins de trois ans, le Baobab enregistre un nouveau décès avec celui d’Issa Cissokho. 
Comment finir sans ne pas citer ce beau témoignage du cinéaste Sawalo Cissé, qui, en réaction à la disparition du musicien dira : « va, comme dit Alain, promener ton âme, puisqu’elle seule, a le privilège de refuser le corps, mais qui accepte tout de même l’esprit de cette flûte enchanteresse que tu as choisi pour gagner notre amitié : TON SAXO » ! Repose en paix !

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