Leçon d’enjaillement avec le collectif Moonshine à Paris

Crédit photos : Fiora Lumbroso

De passage à Paris, le collectif montréalais Moonshine prenait les commandes du NF34 à Paris samedi dernier en compagnie de Kiddy Smile, Uproot Andy et Para One.

Arrivée sur les lieux du crime à 23h. Bien caché, aux pieds de la Cité de la Mode et du Design, bordé par la Seine, le NF34 voit pourtant passer du monde devant ses néons rouges. Le quai est animé, les démarches parfois un peu zigzagantes, et un peu plus loin de nombreux petits groupes profitent de la température relativement agréable pour célébrer le début du week-end au bord de l’eau.

De l’autre côté des grilles métalliques du club, on s’affaire aux derniers préparatifs avant l’ouverture des portes. Nous sommes accueillis par Félix, co-fondateur du collectif, qui arbore un grand sourire et un sweat rouge du crew, à l’image de leur Boiler Room qui comptait comme invité d’honneur DJ Lag.

Depuis environ cinq ans, nos dignes héritiers de feu Douk Saga font bouger la scène québécoise au rythme du calendrier lunaire. Leurs soirées se tiennent tous les samedis après la pleine lune, dans des lieux secrets, dévoilés seulement à la dernière minute par SMS. Et si la recette fonctionne aussi bien, c’est que ces fêtes sont avant tout des grandes réunions de famille, une famille multicolore qui est fière de ses influences musicales : on y retrouve aussi bien du coupé décalé, du dombolo, du zouk, de la deep house, du gqom, du baile funk… Ce sont ces styles qui se retrouvent mélangés dans les sets syncrétiques des DJs résidents du collectif, ainsi que dans ceux des invités de marque qu’ils reçoivent dans leurs soirées.

 

 

Pour leur seconde édition parisienne, ils n’ont clairement pas dérogé à la règle : le collectif s’est entouré de la légende de Brooklyn Uproot Andy, connu pour son goût prononcé pour les rythmes festifs du monde entier, ainsi que des français Para One, Kiddy Smile, roi de la scène ballroom parisienne et Petit Piment, étoile montante de la scène global-club parisienne. L’éclectisme est au rendez-vous, mais une identité s’y dessine clairement. Et les premières vibrations émanant de la salle se font entendre depuis l’entrée.

C’est dans des coulisses étriquées et enfumées que nous rencontrons le reste de la famille Moonshine. Près de l’entrée, assis sur un canapé, nous trouvons Pierre Kwenders, chapka noire sur la tête. Leader et directeur artistique du collectif, il a façonné avec Hervé Kalongo, son manageur – assis de l’autre côté de la pièce – l’esprit Moonshine. Originaire du Congo (RDC), Pierre Kwenders flirte dans sa musique avec l’esthétique afro-futuriste et multiplie les collaborations, comme sur le single issu de son nouveau projet : ABAKOS.

Plus qu’un collectif, le crew se mue en label, avec déjà à son actif deux compilations, SMS for location dont le volume 2 accueillait l’excellent titre « Douk Saga » de Pierre Kwenders que PAM vous a présenté il y a quelques mois. Plus récemment, l’EP du jeune Jerico témoigne de la créativité qui émerge de ce collectif multiculturel.

 

 

Même à travers l’épaisse fumée qui occupe la pièce, on se rend rapidement compte de l’ambiance qu’il y a au sein du crew. Bienveillant et décontracté, comme le look du jeune artiste Poté qui vient de nous rejoindre dans la salle. Nous décidons d’aller prendre l’air, mais à peine sortis des loges, nous nous faisons happer par la piste.

La salle semble s’être remplie en un instant pendant notre absence. Après le warm-up de Fabio Chantre, Uproot Andy prend la main sur les platines. La température monte rapidement dans la salle, en même temps que le point de gravité des danseurs s’abaisse. La syncope s’impose comme fil directeur de son set éclectique. Une heure plus tard et pas mal de calories en moins, c’est au tour du parisien Para One, producteur et fondateur de Marble Records, de se retrouver face à un public déjà chauffé à bloc. Les sonorités se font plus électroniques, le rythme plus binaire, la house prend le contrôle de la soirée et des corps.

Une heure de set pour chaque artiste, c’est court, et ça se ressent. Pas le temps d’y aller par quatre chemins, et surtout pas de faire retomber la pression. Kiddy Smile enchaîne sur la même veine, avant de laisser la place à Pierre Kwenders. On retrouve les mélanges de styles, tout en restant sur une base électronique. De notre côté, on commence à fatiguer. « Moonshine m’a tuer ». Dans le bon sens du terme.


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