7 albums à écouter cette semaine

Dans notre sélection de cette semaine : le troisième album explosif du combo afro-disco futuriste Ibibio Sound Machine, la « fuji pop » sentimentale de WurlD, le jazz psychédélique aux influences multiples de Cykada et la triple connexion dancehall L.A – Mexico – Bristol portée par le badman Sikka Rymes.


Ibibio Sound Machine

Doko Mien 

Après le remarqué Uyai, Ibibio Sound Machine revient avec Doko Mien, « Dis-moi », en langue ibibio, toujours sur Merge Records.

Figure majeure de la scène afro-disco moderne, le combo anglo-nigérian né en 2013 à Londres continue de rendre hommage au passé, multiplie ses voyages dans le futur, élargissant ainsi intensément le présent.  Sur le titre « Kuka », la chanteuse nigériane Eno Williams explique : « je dis qu’il ne faut pas trop être obsédés par le passé, accepter que nos réalités soient en constantes évolutions. »

Ce troisième album alterne paroles en anglais, comme « Guess We Found a Way », et en ibibio, traduites dans le livret. Il sonne un peu différemment des précédents : « Il y a toujours de l’electro et du highlife, mais on a essayé de capturer un son live, en jouant tous dans la même pièce », décrypte Eno. « On a toujours plein d’influences, poursuit le saxophoniste Max Grunhard, Liquid liquid, les Talking Heads, le disco des années 80, les compilations Nigeria disco 70’s, Kiki Gyan… »  Doko mien interpelle à la fois l’auditeur du disque et le « créateur » sur le mode : « Dis-moi quoi faire ! » Eno Williams l’a aussi envisagé comme une pique « contre le fait qu’on dise toujours aux femmes ce qu’elles sont censées faire. « Par exemple, en studio, j’imposais ma féminité quand on se disputait sur la direction musicale de l’album. »

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WurlD

Love Is Contagious

Le Nigérian WurlD mélange afrobeats, juju, apala et influences pop occidentales dans un style de musique propre qu’il nomme “fuji pop”. Faisant suite à Evolution, sorti en 2013, le LP Love Is Contagious explore les différentes phases du sentiment amoureux, nous emmenant à travers une variété d’émotions grâce à sa voix brillante et ses compositions raffinées. Expatrié aux Etats-Unis, l’artiste originaire de Lagos prend le meilleur des influences des deux continents, et fait de ces références interculturelles une force pour ses compositions très personnelles et sensibles.

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Cykada

Cykada

Formé par plusieurs musiciens établis de la nouvelle scène jazz londonienne, Cykada allie la spontanéité du live aux musiques électroniques à travers une musique aux inspirations Ouest Africaines et d’Europe de l’Est. Piochant aussi bien dans l’impétuosité du jazz que dans les beats et riddims de la culture soundsystems, le groupe réussit le pari de tirer le meilleur d’influences aussi diverses que Pharoah Sanders, Sun Ra, J Dilla, Flying Lotus et John Coltrane.
L’album éponyme Cykada comprend 5 compositions, représentatives de l’énergie qui se dégage de la nouvelle scène jazz de la capitale britannique en pleine renaissance.

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Lafawndah

Ancestor Boy

Avec ce premier album intitulé Ancestor Boy, Lafawndah se révèle en tant qu’artiste sans limite de portée, d’ampleur et d’intensité.

Ses précédentes sorties – tels que son EP Tan sur le label Warp et sa collaboration avec Midori Takada « Le Renard Bleu » – ont dévoilé une palette d’influences hautement personnalisée. Ancestor Boy est un objet à la fois audacieux et accessible qui passe haut la main le cap délicat du premier album, confirmant un potentiel créatif déjà entendu dans les deux premiers EPs autoproduits de son auteure. Une foule de camarades et d’âme sœurs, tels que Jon Hassell, Bonnie Banane, Emily King, Jamie Woon, Gaika, Julie Byrne, Kelsey Lu, Patrick Belaga, Valentina Magaletti et Joao Pais Filipe, apporte encore davantage de relief à cet album.

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La Yegros

Suelta

La chanteuse native de Buenos Aires revient avec un troisième album, Suelta, à la fois puissant et plus sophistiqué que ses précédents. Produit par son compagnon de route depuis ses débuts, l’argentin King Coya (Gaby Kerpel) et deux nouveaux venus : Eduardo Cabra, moitié du duo portoricain Calle 13 (plusieurs fois récompensé aux Latin Grammy Awards), ainsi que le Néerlandais Jori Collignon qui fomente les bombes global beat de Skip&Die.

Aujourd’hui basée entre la France et l’Argentine, La Yegros ne triche pas avec son identité, aussi composite que l’est sa musique. Cette sincérité se retrouve dans les chansons de Suelta, dont elle est majoritairement l’auteure et compositrice, puisant son inspiration dans des considérations tantôt intimes ou sociales, en exaltant la place des femmes : « Tenemos voz » (« Nous avons de la voix »), scande-t-elle avec la MC britannique Soom T.

Un album aux ambiances enivrantes à la fois originale, tout en poursuivant son exploration des folklores du Nord. Au carnavalito et à la cumbia – déjà présents sur Magnetismo – s’ajoutent désormais les rythmes du huayno et de la chacarera ou encore les sonorités colombiennes et ingrédients moyen-orientaux.

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Loya

Corail Remixed  

Sorti en septembre dernier sur Mawimbi, Corail de Loya alliait subtilement la douceur des synthétiseurs modulaires aux textures marquées des motifs percussifs et des enregistrements sonores de l’Océan Indien.

Il gagne aujourd’hui un EP de remixes, sur lequel figurent des artistes électroniques venant d’horizons variés. Certains remixes restent fidèles à l’esprit original des morceaux de l’artiste réunionnais, basé sur des rythmes ternaires et des motifs de synthétiseur répétitifs, tels que les remix des péruviens de Dengue Dengue Dengue et celui de Roscius.
D’autres artistes revisitent les morceaux d’une manière plus personnelle, tels que le brésilien Pigmalião avec sa version slow acid de « Amba », tandis que des réinterprétations telles que celles de Pouvoir Magique et Africaine 808 sont davantage taillées pour le dancefloor.

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Sykka Rimes

Love Di People

Après l’excellente Miro Tape de l’année dernière, les labels Duppy Gun de Los Angeles et Bokeh Version de Bristol continuent leur collaboration en réunissant le MC de dancehall Sikka Rymes avec le producteur Genesis Hull, basé à Mexico.
Sur ce nouvel EP, Love Di People, les productions cinématographiques et industrielles de Genesis portent le flow de Sikka sur un groove futuriste. On y retrouve le son déstructuré mais dansant caractéristique de la collaboration entre les deux labels.

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Lire ensuite : Jeff Mills, l’homme-machine et l’afrobeat