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The Pan African Music Magazine
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Graphisme par @claude.joyeux

Les 30 meilleurs albums électroniques de 2021

Revivez l’année 2021 avec le meilleur de l’amapiano, de la batida, du baile funk, de la techno, de la jungle, du gqom, de l’afro-house, et de tout ce qui a secoué les clubs du continent.

L’Afrique est électronique. Qu’il s’agisse des expérimentations doom-step de l’Ougandais Don Zilla, de la deep-house polymorphe de Sio, de l’Ikembe saturé des Tales of Utopia d’Onipa ou des enregistrements de terrain d’Emeka Ogboh à Lagos, il existe un puit époustouflant d’inspiration technoïde sur l’ensemble du continent. Les collectifs locaux, comme le Nyege Nyege de Kampala, et ceux de la diaspora, comme Moonshine à Montréal ou 99GINGER à Paris, méritent également d’être reconnus pour leurs compilations, qui ouvrent une fenêtre sur le pannel haut en couleur des talents émergents. Extatique et méditative, terrifiante et joyeuse, voici notre sélection panafricaine des meilleurs projets électroniques de 2021. 

Retrouvez la sélection en playlist sur Spotify et Deezer.

African Electronic Dance Music
Sun-El Musician

Le concept d’« African Electronic Dance Music » est devenu le sujet de nombreuses conversations ces dernières années avec le gqom, l’amapiano, l’afrohouse et bien d’autres styles touchant les limites les plus éloignées du discours de la culture club, se détachant pour la première fois de sa caractérisation de « niche » mondiale. Sun-El Musician a démoli et réinventé ces frontières avec des productions imaginatives, démarrant en solo et créant sa propre écurie El World Music sous laquelle des artistes comme Simmy, Msaki, Azana, Claudio et Kenza ont trouvé leurs marques. En juin 2021, le producteur aux multiples récompenses et son équipe ont reçu rien de moins que 12 nominations dans plusieurs catégories aux South African Music Awards, après que ses albums Africa to the World et To the World & Beyond aient éveillé de nouvelles façons de créer chez les producteurs afropop-soul d’Afrique du Sud. AEDM, cependant, développe un son qu’ils ont créé collectivement, et combat l’idée que la musique électronique appartient à l’Occident en présentant des timbres et des talents techniques tous nouveaux et entièrement afrocentriques. Parfaitement intercalé entre la nature expérimentale et envoûtante de « Portia’s Chant » et la dernière pièce maîtresse du dancefloor « I.C.U. », « Spiritual Bomb », coproduit par Thackzin, combine des sons d’orgue avec des sonorités nocturnes juxtaposées à des progressions d’accords solaires, tandis que Bholoja, en provenance d’Eswathini, crée des images musicales entièrement nouvelles pour Sun-El sur « Esibayeni » et « Amateki ». Les amies et collaboratrices Msaki et Ami Faku agrémentent respectivement « Best Friend » et « I Like It Anyway » de sentiments de familiarité et de nostalgie. Avec AEDM, les possibilités sont infinies, et nous espérons de tout coeur voir Sun-El nous conduire vers un avenir qui puisse explorer pleinement les paysages électroniques de l’Afrique à l’échelle mondiale. —Shiba Melissa Mazaza

Afro Jazz Giants, Vol. 1: Ratau
Spoek Mathambo

Spoek Mathambo a sorti quelques-unes de ses meilleures œuvres en 2021, et les mots sont pesés. Afro Jazz Giants, Vol. 1: Ratau est un titre aussi long que son contenu musical est profond. Comme à son habitude, le producteur sud-africain aux accents hip-hop assure le supplément d’âme. Sa musique est riche et pleine de détails, et donne souvent l’impression d’avoir laissé deux radios allumées en même temps, offrant accidentellement une combinaison musicale magique. Bien que sa voix semble lointaine lorsqu’il rappe sur ses productions délibérément foutraques, il n’en oublie jamais d’être sentimental, comme si un on pouvait entendre en arrière-plan un classique de la soul. « Hawk’s in Flight » et « Estrella Perdida » sont assurément les moments marquants du disque. « Estrella Perdida » joue l’écho à la perfection, laissant l’auditeur nager dans une mélodie de science-fiction. Quant à « Hawk’s in Flight », c’est sans doute ce que le hip-hop aurait été si le Bronx avait pu mettre la main sur Ableton Live dans les années 90. Le « Vol. 1 » laisse entendre qu’il y en aura d’autres, mais avouons que ce premier sera difficile à surpasser. —Christian Askin

Angústia Nos Corações Da Tia
Tia Maria Produções

Le collectif lusophone Tia Maria Produções a sorti en 2021 son EP Angústia Nos Corações Da Tia (« Angoisse dans les cœurs de la Tia »), pur produit de la frustration des membres après l’annulation d’un concert à l’étranger. En seulement quatre titres brûlants mêlant influences batida, funk carioca et kuduro, l’EP est produit d’un geste assuré et enthousiaste, rayonnant d’un optimisme prompt à partager la formidable résilience qu’amitié et imagination combinées ne manquent jamais de fournir. Réalisé en à peine 48 heures – le temps qu’il aurait fallu au collectif pour assurer le concert annulé, voyages compris –, l’EP est un témoignage fort de l’esprit créatif typique du groupe, et de leur conviction à faire du son, quelles qu’en soient les circonstances. « Ele é bom » transporte le « boom / clap / clap » du baile brésilien vers de nouveaux sommets, parsemé ici et là d’un tom plein d’écho et d’un synthé tordu, capturant aussi le minimalisme DIY qui donne leur saveur aux productions brutes (il suffit de voir la pochette du disque, immanquablement signée Márcio Matos). L’intro de « Favela Maluca » laisserait soudain croire à quelque chose de plus soft, mais les gars de Tia Maria sont bien trop heavy pour laisser s’installer ce genre d’ambiances. À l’image de « Bend Down », quand la basse pleine de reverb big room assure le drop. Le sentimentalisme ici n’a pas de place : tout pour le rythme. —Christian Askin

BAILE
FBC, VHOOR

Sur BAILE, les deux natifs de Belo Horizonte puisent dans les liens profonds de la région avec le funk, le hip-hop et la Miami bass ainsi que dans la musique des favelas brésiliennes pour une soirée baile funk de dix titres. Belo Horizonte est connue pour avoir été le berceau de certains héros de la musique brésilienne, notamment le chanteur baroque Milton Nascimento qui, comme FBC et VHOOR, s’appuient sur les références américaines de la soul, du funk, du jazz et autres pour les agrémenter d’un son autochtone, pour un résultat surprenant et totalement nouveau. Dans le cas de BAILE, c’est un autre ensemble de racines qui est exploré : la Miami Bass, ce sous-genre de hip-hop popularisé dans les années 1980, produit par des Roland TR-808, des basses lourdes et des paroles sexuellement explicites autour de la culture des clubs de Miami. FBC & VHOOR s’inspirent des branches de ces arbres musicaux pour un album qui accueille des jeunes brésiliens comme UANA, Mac Júlia, Mariana Cavenellas, et plus encore. Les titres les plus marquants sont l’introduciton « Vem pro Baile », un banger électro-club avec des airs de MPB, et « Se Tá Solteira », qui sonne comme un morceau de hip hop du Harlem espagnol des années 90. L’album explore finement l’histoire du baile et de la bass music, tout en offrant un regard nouveau sur ce que les deux genres peuvent devenir lorsqu’ils sont astucieusement mélangés. —Christian Askin

Beyond The Yellow Haze
Emeka Ogboh

Emeka Ogboh est un artiste nigérian spécialisé dans les sons et les installations. Actuellement basé à Berlin, l’homme n’a jamais perdu de vue son amour pour le lifestyle de Lagos, plein d’excitation, d’activité et de créativité. Beyond The Yellow Haze, qui combine des couches subtiles d’électronique ambiante, de musique de danse et d’enregistrements sur le terrain de la ville préférée de l’artiste, tente de refléter électroniquement les paysages sonores de la capitale nigériane, sans se plonger dans les sonorités évidentes de l’afrobeats. Sur ce projet, les compositions d’Ogboh nous présentent un véritable orchestre de klaxons, de moteurs, de systèmes de sonorisation, de stands de vente sur les trottoirs et de divers artefacts sonores des centres de circulation et des rues animées de Lagos. Le producteur dédie même l’intégralité des 11 minutes de « Danfo Mellow » aux célèbres bus jaunes Danfo, connus pour faire partie du folklore de la ville. Les enregistrements ont été inclus à l’origine dans le cadre de l’exposition No Condition Is Permanent d’Ogboh en 2018 à la Galerie Imane Farès et auto-édités sous la forme d’une édition d’artiste tamponnée et signée. —Nils Bourdin

Bubbling Inside
De Schuurman

De Schuurman est le genre de talent qu’il faut voir pour en croire l’existence. PAM l’a rencontré en chair et en os à Utrecht, aux Pays-Bas, après son passage sur la scène de Nyege Nyege pendant le festival Guess Who? Surprise : son mix d’une heure qui a enflammé le club ne contenait que ses productions originales, un détail qu’il a mentionné en toute désinvolture, ce qui n’est pourtant pas courant dans le milieu. Parmi elles, le track « Bubbly » qui figure parmi les treize titres du premier album, Bubbling Inside, est complètement unique, avec son mélange de techno hardcore et de synthé nerveux. On entend bien quelques steel drums chaleureux comme sur « Pier Je Bil!! » mais cette ambiance est rapidement sabotée par le kick et le snare qui poussent le BPM au-delà du standard de la musique club. Même chose pour la basse G-Funk de « Domina » ou le synthé très eurodance de « I’m Ritch Bitch! » ponctué de son hilarant sample de Dave Chappelle samplant Rick James. Ces éléments sonores flottent en surface, alors que les véritables bulles émergent des profondeurs de la rencontre imparable et agressive de percussions ultra-rapides et de synthés métalliques aiguisés. Si vous voulez vraiment perdre la tête, écoutez « Poeng Ka Poeng Ka ». Et pour une double dose de « bulles », je suggère un « Na Ga Je Dansen ». De Schuurman est assurément un producteur talentueux, un DJ fou furieux, et un artiste à surveiller pour une prochaine livraison de bulles ultra-énergiques. — Christian Askin

Crazy Times
Vanyfox

La folie de ces derniers temps n’a pas empêché le prodige de la batida de trouver l’inspiration. Bien au contraire, elle lui a même été cathartique. Sur Crazy Times, le producteur luso-angolais, partagé entre la France et le Portugal, transforme ses frustrations en beats hautement percussifs mais jamais dénués de son sens du groove si singulier. En l’espace de 15 minutes et cinq titres addictifs qui ne sont pas prêt de quitter nos playlists, Vanyfox apporte de nouvelles nuances, toujours plus mélodiques, au style « do guetto » né dans les banlieues de Lisbonne. Véritable exutoire pour son auteur, cet EP signé sur Boukan Records ne fait que confirmer à ceux qui en doutaient encore que l’avenir de la batida, et pourquoi pas son exposition à une plus grande échelle, sera bel et bien associé au nom du jeune producteur. —Simon Da Silva

DOXA
ANTI-MASS

Il est difficile de communiquer la puissance cinétique d’un album comme DOXA dans un article. La « sélection de pistes mutantes » assumée par le collectif n’entre pas dans la catégorie « musique facile », c’est certain. Il ne s’agit pas non plus d’un exercice zélé, mais plutôt d’une expérience « étrang(ère) et désorientante ». Chacun des six morceaux est le signe à la fois d’un hommage à la tradition et d’une nouveauté absolument acharnée. « Le track d’ouverture, ‘Galiba’, et sa vidéo s’inspirent du Kadodi – le rituel de circoncision masculine de l’est de l’Ouganda – et du Baksimba – une danse royale de la région du Buganda – et choisit de les déconstruire-reconstruire à travers un regard résolument pervers. » Pour parvenir à prendre plaisir à ce processus, il faut savoir d’où vient le collectif : de l’une des scènes de musique électronique underground les plus excitantes du monde, celle qui s’épanouit à Kampala, montrant un profond respect pour l’expérimentation et offrant un espace safe pour tous les modes de vie – souvent entravés par la culture conservatrice de l’Afrique de l’Est. C’est après avoir vu les deux-tiers du collectif en concert à de multiples occasions que se sont ouvertes en grand les portes de ma propre perception. ANTI-MASS, c’est une foule de corps qui gesticulent, des préjugés qui s’évaporent (musicalement et socialement) et quelques producteurs et DJs au talent de haut vol qui fabriquent un nouveau standard, dans un travail acharné. DOXA est le genre de disque qui offre un point de vue sur une expérience élévatrice, le retour au simulacre de sacrifice que la musique était censée être. —Christian Askin

Drum Temple
OMAAR

Le bien nommé Drum Temple, nouvel album du producteur mexicain Omaar, est paru cette année sur NAAFI, label basé à Mexico où la jungle, la techno, le hip-hop mexicain et le son de l’Afrique du Sud rencontrent le reggaeton, la cumbia et autres musiques traditionnelles latines. Avec quatre sorties à son actif, Omaar en est l’un des piliers. De son vrai nom Omar Suárez, le producteur a été sensibilisé très jeune à la musique électronique, obsédé par le son des ghettos de Londres et démarrant sa carrière en 2012 en mêlant ses influences drum’n bass, grime et UK garage aux sons clubs ou traditionnels d’Amérique latine et d’Afrique. Sur les sept morceaux percussifs et introspectifs de Drum Temple, il tente d’exprimer ses rêves et expériences. Le projet construit sa propre vision et interprétation des styles deep house, dembow, techno ou même gqom, à l’image du morceau « Ritmo », revisite tribale et singulière du genre sud-africain. —Nils Bourdin

Ekizikiza Mubwengula
Don Zilla

Kisakye Kingsamuel Donzilla, plus connu sous le nom de Don Zilla, sort son deuxième album sur Hakuna Kulala, sous le label du collectif Nyege Nyege. Il continue de nous surprendre, comme il l’affirme lui-même : « Dans mon pays, les gens me disent que je fais de la musique extra-terrestre. Je ne les blâme pas, ça me fait rire. » Il y explore toute une ambiance futuriste, mêlant doom-step, uptempo, trap ou tout simplement des cacophonies. Très audacieux, Don Zilla illustre parfaitement la vivacité de la scène club électronique d’Afrique de l’Est. —Pan African Music

Features
Sio

Sio se considère elle-même comme « une snob de la musique » et le titre de l’album en est la preuve évidente, avec un jeu de mots qui ne laisse pas de place au doute. Sio, chanteuse trop habituée à l’étiquette du « featuring » comme c’est la norme dans la musique house, est désormais l’hôte de tous ces producteurs et auteurs-compositeurs qu’elle invite à être les « features » dans son propre univers. Elle a beau se croire snob, on ne peut que la trouver brillante. Features est un projet polymorphe absolument unique qui fait appel autant à la poésie qu’à la deep house. « Lucid Lunacy », intro en forme de spoken word, donne le ton d’un album qui ne se fige jamais : « des formes incertaines suivent des tempêtes de foudre à travers des paysages oniriques, […] mais quand nos yeux se touchent, tous les doutes soudain s’évaporent » (« undecided forms tracking lightning storms across dreamscapes […] but when our eyes touch, all the doubt goes out the window »). C’est à peu près ce qu’on ressent à l’écoute de cet album et « nos yeux se touchent » enfin dès que résonne « Reverse Flight » featuring DUNN, un tube méditatif de sept minutes qui pourrait durer une éternité. L’influence de FKA Twigs se fait sentir, mais sans faire d’ombre à Sio, qui déroule le fil rouge de sa créativité intrépide : qu’il s’agisse de regarder en face le racisme sur « Racist Child » ou le féminisme et le sexisme sur « Sex Pot », le message ne subvertit jamais le son, ce qui fait de cet album un objet musical à la fois effrontément activiste et profondément groovy. —Christian Askin

Frame of a Fauna
Ouri

Ourielle Auvé, de son nom d’artiste Ouri, a grandi en France dans une famille d’origine afro-caribéenne avant d’arriver à Montréal à l’âge de 16 ans pour poursuivre des études de composition. C’est là que son talent artistique et sa vision ont pu grandir, s’établissant dans la communauté musicale de la ville en tant que productrice, instrumentaliste et vocaliste dans la riche culture rave underground locale. Après une année 2019 riche en collaborations qui l’aura vue parcourir le monde, le dernier projet développé par l’artiste a été un EP en duo avec Helena Deland sous le mystérieux nom d’Hildegard, sorti en juin dernier. Cette année, la musicienne aura dévoilé son premier album solo avec l’énigmatique Frame of a Fauna. « Mélangeant le classique, les enregistrements de terrain et le trip-hop électronique et futur, cet album fournit une bande sonore pour refléter vos propres formes et votre espace dans cette vie », avait expliqué Ouri. De fait, sans grande présence de paroles, le projet impose une atmosphère très intime, les sonorités étant souvent sombres, cinématographiques tout en révélant une certaine tendresse. Le visuel de « Chains », dévoilé en single, présentait efficacement l’ambiance de l’album, mettant en scène Ouri dans un studio obscur, programmant le corps d’une danseuse humaine sur son écran d’ordinateur. —Nils Bourdin

Ha-bb5
Ikram Bouloum

Ikram Bouloum, musicienne et chanteuse d’origine marocaine, doit beaucoup à la ville de Barcelone : « je suis arrivée ici il y a une dizaine d’années », nous a-t-elle raconté. « J’avais dix-sept ans, je débarquais de ma province catalane… Initialement, je suis arrivée à Barcelone pour étudier les sciences humaines. Mais je m’en suis vite détournée, pour m’intéresser à la photographie. Le Deejayjing est arrivé dans ma vie il y a quatre, cinq ans je dirais. À partir de ce moment, les choses sont allées très vite. Je jouais tous les week-ends, dans toutes les salles et dans les événements possibles. C’était hyper excitant de participer, et d’appartenir à cette nouvelle scène du clubbing barcelonais des années 2010 ». La DJ et productrice a dévoilé cette année Ha-bb5, son premier 5-titres annonçant une série de d’EPs. Après quelques années au sein du collectif barcelonais Jokkoo, le projet lui sert de carte de visite, mêlant ses vocalises en amazigh à une production rythmique complexe, saturée et riche. Mention spéciale à « Nhara », faisant le parfait équilibre entre une composition électronique nerveuse et la voix envoûtante d’Ikram. —Pan African Music

Heartbeats
UNIIQU3

Après son dernier projet Club Queens sorti en 2018, l’autoproclamée « Reine du Jersey Club » revient avec un ensemble de bangers club terriblement efficaces. Le projet représente à la fois une nouvelle phase créative pour UNIIQU3 et son projet le plus ambitieux et le plus personnel à ce jour. Il aborde les thèmes de « l’amour de soi, les peines de cœur, l’intimité et de la luxure » à travers six morceaux narratifs qui mettent en valeur sa production, son chant et son rap les plus accomplis. Bien qu’il ne s’agisse pas de l’album le plus long de sa carrière, en termes d’ampleur, de détails, de profondeur et d’honnêteté, Heartbeats représente un véritable tournant pour elle. La productrice est ici accompagnée d’artistes alternatifs américains underground tels que R3LL, Sjayy, DJ K-Deucez et Dai Burger. « Je l’ai fait pour les romantiques sans espoir, les filles qui tombent amoureuses au club, c’est pour vous ! », a expliqué UNIIQU3 sur ses réseaux sociaux. « Ce projet conceptuel est une histoire d’amour du Jersey Club ». —Nils Bourdin

KIKOMMANDO
STILL

Le projet KIKOMMANDO a vu le jour lors d’une résidence dans la villa Nyege Nyege en 2018, lorsque le producteur et artiste Simone Trabucchi alias STILL a ouvert la porte de son studio temporaire à huit artistes basés à Kampala. Fusionnant des sons issus de la trap, de la drill, du cut-up, du kuduro, de l’électro et du RnB, ces collaborations transcontinentales ont permis à STILL d’explorer davantage son style « digital dancehall » sur douze morceaux particulièrement expérimentaux. Alternant entre des nappes de synthétiseurs éthérées et rêveuses (« Ntwala », « Ahlam Wa Ish السماء هي الحد ») et des morceaux surexcités aux influences rap ou ragga (« Tukoona Nalo », « Rollacosta »), l’EP échappe avec succès à des identités musicales marquées et stéréotypées, pour créer quelque chose d’entièrement nouveau. Dans l’ensemble, KIKOMMANDO fait bien écho à la nourriture de rue ougandaise faite de pain plat et de haricots dont il porte le nom, une nourriture de soldats offrant une énergie maximale, des épices fortes et un goût savoureux. —Nils Bourdin

Lycoxera
DJ Lycox

Autre figure majeure de la nouvelle scène batida, DJ Lycox remet le couvert après le tendre Kyzas do Ly l’an passé. Exit les kizombas lascives et tarraxos sensuels, le natif d’Almada, en banlieue de la capitale portugaise, hausse le ton et les bpms sur Lycoxera. Dès la tonitruante ouverture « Eu Mbora Dou Bué Show », le producteur de l’écurie Príncipe et du crew Tia Maria Produções annonce la couleur avec ce pur ego trip, où il affirme être à son meilleur niveau sur une instru qui dévaste tout sur son passage. Extrêmement intense rythmiquement malgré sa courte durée, Lycoxera est un concentré de noirceur taillé pour les clubs qui ne laisse que peu de répit à l’auditeur. Il suffit de s’imprégner du rugissant « Southside » ou « Wildin » et son groove aussi hypnotique que diabolique pour se rendre compte que DJ Lycox est en pleine possession de ses moyens. Avec ces sept nouveaux morceaux, le discret producteur luso-angolais offre un condensé nerveux de ce qu’il a délivré de meilleur jusqu’à présent, en attendant la suite. —Simon Da Silva

Medieval Femme
Fatima Al Qadiri

Née à Dakar, la productrice koweïtienne Fatima Al Qadiri se nourrit de toutes les influences rencontrées sur son chemin d’immigrée, de l’Afrique de l’Ouest au monde arabe, pour nous offrir une musique profondément cinématographique et ambiante sur Medieval Femme, publié par Hyperdub. Son précédent travail sur la bande originale du film Atlantique de Mati Diop a laissé des traces, les différents titres de l’album nous plongeant tous dans des atmosphères vives, graphiques et puissantes imposées par des arrangements minimalistes mais forts. Les émotions transmises sont renforcées par les esprits d’Al-Khansa et d’autres poétesses arabes classiques dont Fatima s’est inspirée, ce qui en fait un « album fantastique d’arabesques follement romantiques » nous transportant dans un jardin islamique où le présent semble totalement dissous, laissant place au lâcher prise. Poésie et musique s’entremêlent constamment, le thème de l’album explorant l’état de nostalgie mélancolique illustré dans les écrits de l’époque médiévale. La compositrice utilise le luth, instrument omniprésent en ces temps anciens, et le place dans un cadre futuriste, avec des voix qui nous bercent comme un mantra. —Nils Bourdin

MELT
Slikback

Basé à Kampala en Ouganda, Slikback est à l’origine de la création de Hakuna Kulala, sous label du collectif Nyege Nyege en collaboration avec les artistes Don Zilla et Rey Sapienz. Cette joyeuse troupe s’est faite un nom bien connu dans le milieu électronique à coup de productions intenses, sombres et profondément expérimentales, repoussant les limites des musiques est-africaines comme celles de la musique électronique globale. MELT, la dernière œuvre de Slikback, n’est pas en reste de ce mouvement. Le projet sonne comme un cri, venu des tréfonds les plus obscurs de l’imagination et de l’inspiration du producteur. Travaillés aux côtés de noms comme Objekt, Ziúr, KMRU, Tzusing, Khorne ou Brodinski, les 16 titres ne livrent quasiment pas de mélodies, et complètent le vident avec des bruit stridents, des décibels en pleine saturation, des batteries affolées et des synthétiseurs probablement créés en enfer. Une nouvelle fois en 2021, les équipes Nyege Nyege et Hakuna Kulala ont largement prouvé que le futur de la musique électronique se situe bien du côté de l’Afrique de l’Est. —Nils Bourdin

Müguu
99GINGER

Pour célébrer sa troisième année d’existence, le collectif parisien 99GINGER, adepte des croisements musicaux et culturels en tout genre, a fait preuve de flair. Sur Müguu, compilation internationale de 9 titres aussi variés que la provenance de ses invités, les sorciers de la batida lisboète que sont Vanyfox, Danifox, et Bandicut croisent l’afrobeats crépusculaire des montréalais Marvin Caleb et NoKliché, sans oublier l’amapiano addictive et militante de DJ Kwamzy, MOJVKI et KNVL. À l’image de leurs soirées éclectiques qui mettent en effervescence la scène afro-diasporique parisienne, le collectif rassemble ici une collection de morceaux solaires et placent sur nos radars des artistes prometteurs à surveiller de près. Malgré sa sortie discrète au printemps dernier, Müguu fait assurément partie des découvertes underground les plus enthousiasmantes de l’année . —Simon Da Silva

Na Zala Zala
Rey Sapienz & The Congo Techno Ensemble

Rey Sapienz est un roi tapi dans l’ombre. Cofondateur de Hakuna Kulala Records, le sous-label hyper-expérimental de Nyege Nyege Tapes, il est aussi producteur résident de ce  même collectif qui propulse les nouveaux talents alternatifs d’Afrique à travers le monde pour épater la planète et inventer de nouveaux horizons musicaux. Tout cela est évident sur Na Zala Zala, album unique de « techno du Congo », comme aime le décrire Rey. À l’image d’une colère grondante qui exige patience, ouverture d’esprit et tolérance pour aborder le côté le plus obscur de la musique. Avis aux auditeurs prêts à encaisser les sons menaçants de lames affûtées, rochers brisés et autres samples maison terrifiants, ils trouveront ici un univers psychédélique de musique congolaise et ougandaise réinventée par la puissance de l’informatique. Rey m’a d’ailleurs confié que c’est après avoir passé deux semaines à éplucher jour et nuit le manuel d’utilisation d’Ableton Live qu’il a pu transposer en audio les sons qu’il avait en tête. Il va jusqu’à affirmer que le titre « Hakuna Kulala » signifie « sans sommeil ». Et s’il faut avouer que « Esala Rien » et « Sontage » sonnent comme un gros trip d’insomniaque, « Posa Na Bika » traverse la membrane psychotique pour y coller une série interminable de sessions de prod. Bien sûr, on y trouve aussi les tracks taillés pour les clubs : « Zuwa Ba Risk » est un énorme son dance porté par un kick massif, et « 96 » est ce qui se rapproche le plus des racines urban music du MC. Mais pas de méprise : ces tubes font également la part belle aux kicks glitchés, explosions sonores et cris à glacer le sang. Na Zala Zala est un album qui vaut la peine d’être écouté précisément parce que c’est le genre de musique impossible à imaginer par soi-même. Un rabbit hole dont on ne peut connaître la profondeur qu’en y plongeant toutes oreilles ouvertes. —Christian Askin

Petle Petle
King Deetoy, Kabza De Small, DJ Maphorisa

Cette liste ne serait complète sans compter avec les productions de Kabza de Small et DJ Maphorisa. Mais ce qui rend ce Petle Petle exceptionnel, c’est la présence d’un troisième larron, King Deetoy, qui transporte l’amapiano des Scorpion Kings dans une toute nouvelle dimension de l’afrotech. Comme pour éviter tout malentendu dès le début, l’album s’ouvre avec le tonitruant « Godzilla », soit la B.O. parfaite d’un improbable remake new age version horreur japonaise de ce classique du cinéma de monstres. Imaginez donc un lézard vert géant détruisant Tokyo en slow motion au son des synthétiseurs de Kavinsky. Une ambiance qui tranche avec l’idée du tunnel sonore que l’ascension fulgurante de l’amapiano avait jusqu’ici imposée. Et plutôt que de recycler l’ossature « émo » qui généralement conduit les compositions du genre au coeur de la rugosité de la musique club, Petle Petle opte pour sa version space-age (cet ovni planant au-dessus de la tête de King Deetoy sur la pochette de l’album). Les interviews de King Deetoy sont rares et il est difficile de trouver des informations concernant l’artiste en dehors de son fil Twitter, qui justement y laisse entendre qu’il compte enchaîner les tournées pour faire l’apologie de sa version lasérisée de l’amapiano, la branche électro favorite de l’Afrique du Sud en ce moment. —Christian Askin

Pretty Girls Love Amapiano 3
Kabza De Small, MDU aka TRP

Si ce que MDU aka TRP et Kabza De Small disent est vrai, à savoir que « les jolies filles aiment l’amapiano », ces mêmes jolies filles sont sûrement insatiables : le troisième volume de la série de Kabza contient 50 titres et dure 5 heures et 51 minutes. En plus de la qualité des productions de MDU et Kabza, ce projet mérite une ovation ne serait-ce que pour son volume, comme si les deux artistes nous rassuraient en nous disant « ne vous inquiétez pas, le puits d’amapiano est loin d’être vide ». Écoutez ce projet pendant une journée au bureau, mettez-le pendant l’happy hour, ou mieux encore, allez le voir en concert ou dans un club et laissez-vous emporter par le swing irrésistible des deux agitateurs. Sa longueur implique une certaine capacité de métamorphose du genre. Peut-être le couronnement de la « musique ambiante » avec un pas de plus, non seulement cette musique peut se fondre dans n’importe quel environnement, mais elle peut aussi prendre le devant de la scène et déplacer une masse de personnes avec facilité.  Si vous n’êtes pas prêt à manger cinq heures d’amapiano pour le dîner, découvrez « Dlala » avec DJ Maphorisa, « Airplane Mode », « Samba » ou « Burning Bridges ». L’album s’amuse aussi avec malice sur certains titres comme « Squid Game » (bien qu’après écoute, je ne sois pas sûr de la référence) et « 51 Issa Lot » (sans blague!). Bien qu’il soit plaisant de voir cet album comme un défi, une sorte de prétention ultime qui poserait la question « qui d’autre peut lâcher 50 titres dans un side project ? », la réponse reste en suspens… —Christian Askin

SMS for Location, Vol. 4
Moonshine

Le collectif montréalais, toujours à la pointe du meilleur de la musique afro-électronique du continent et de la diaspora, signait cette année le retour de leur série de compilations, SMS For Location. Avec ce quatrième volume, l’équipe emporté par l’inimitable Pierre Kwenders redéfinit ses ambitions et s’affirme véritablement comme un tremplin pour les artistes qui font la vitalité de la scène afro-club underground. Au long de ces 19 morceaux et sa quelque vingtaines d’invités, le projet fait la part belle à une jeune garde de producteurs qui en veulent : Vanyfox, Banga, Deekapz, Bamao Yendé, et des pointures internationales qui laissent exprimer l’étendu de leur talent : Sango, Georgia Anne Muldrow, Boddi Satvah et Florentino entre autres. Dans le même état d’esprit positif, pluri-disciplinaire et sans barrières qui anime Moonshine depuis ses débuts en 2014, ce quatrième volume permet de prendre le poul de ce qui secoue les soirées les plus chaudes de Kinshasa à São Paulo, en passant par Paris ou encore Lisbonne. —Simon Da Silva

Sounds of Pamoja
VA (Nyege Nyege)

La Tanzanie est un pays jeune : près de la moitié de sa population a moins de 15 ans. Le singeli, cette musique de danse effrénée ayant rapidement quitté Dar es Salaam pour se répandre dans le monde entier, ne déroge pas à la règle. Duke a commencé à faire de la musique à l’âge de 13 ans et à 18 ans, il avait déjà ouvert le studio Pamoja Records. Sounds of Pamoja, publié sur Nyge Nyege, met en avant la grande variété des MCs sous l’égide de la structure, avec une production principalement assurée par le jeune producteur tanzanien. La musique est fraîche et imprévisible, changeant de rythme toutes les quelques mesures et passant d’un style de danse à un autre avec une aisance joyeusement irrégulière. Les nombreux MCs (Pirato MC, 20 ans, Dogo Kibo, 19 ans, MC Kuke, 20 ans, Dogo Lizzy, MC Dinho, MC Kidene et MCZO) participent également à emmener le projet à un niveau supérieur, capitalisant sur la vitalité du paysage musical de Dar es Salaam en s’échangeant des couplets, en changeant de flow et en suivant tant bien que mal les productions rapides de Duke. La performance de MC Kono sur le titre « Il Jini Song Wapi » est un parfait exemple de la jeunesse hyper dynamique et exubérante que Sounds of Pamoja met en valeur. —Nils Bourdin

Tapes of Utopia (Mixtape)
Onipa

Le collectif Onipa – entendez « humain » dans certaines langues du groupe akan, nous gratifiait en 2021 d’une détonante mixtape rétro-futuriste, accouchée durant le premier confinement au Royaume Uni. Kweku of Ghana (K.O.G pour les intimes) et son camarade Tom Excell ont donc remis le couvert pour 10 titres terriblement groovy : à commencer par le premier, « Chicken No Dey Fly », dangereux afrobeat marqué par la frappe de feu Tony Allen, capable d’intégrer, un peu comme le jazz auquel il a puisé, toutes sortes d’influences (hip-hop, dub, trip-hop). Une grande fête qui voyage sur le continent, et combine chants et rythmes traditionnels aux arrangements futuristes, réunissant le bal poussière et le club. Tapes of Utopia, qui convie au festin la grande famille Onipa -M3Nsa (Fokn Bois) ou encore Franz Von (K.O.G), est un magnifique et joyeux laboratoire où se dessinent les musiques afro du futur, intelligemment enracinées dans le passé (écoutez donc « Future » justement, ou encore « Tami » et ses likembés saturés). Un périple qui ne redoute pas de s’aventurer jusqu’au Zimbabwe, avec un hommage réussi à Oliver Tuku Mtukudzi. Une mixtape expérimentale, faite pour durer. —Vladimir Cagnolari

TAYO
Musa Keys

Musa Keys, autoproclamé « le Michael Jackson tsonga », est un producteur et chanteur d’amapiano à succès en Afrique du Sud. Avec un goût certain pour la mode et une oreille expérimentée pour le meilleur swing amapiano, Musa Keys met tout ces talents au service de son deuxième album, TAYO, un exercice holistique et total. Le titre d’ouverture, « Selema (Po Po) feat. Loui », est une approche private school lourde en émotion, et lorsque résonne « Uy’Bambe », le dernier des huit morceaux avec Moonchild Sanelly, on a finalement atteint la face la plus sombre de l’amapiano, celle qui secoue les dancefloors des clubs. Un autre moment fort est sans conteste « Vula Mlomo » avec Musa Keys, Sir Trill et Nobantu Vilakazi, une version radio de l’énorme single qui avait annoncé la sortie de l’album. Ce titre ultra groovy qui tape dans les basses fréquences se déroule sans entraves. TAYO fait penser à une rencontre en studio haute en couleurs des meilleures voix de l’amapiano, une image évidente sur « Ke Shushu » où l’on retrouve à la fois Babalwa M, Aymos, Soa Matrix, Kelvin Momo, et Mas Musiq (une liste déjà bien fournie pour qui souhaite écouter les homologues de Musa Keys). Musa a d’ailleurs déclaré à Drum Magazine en septembre dernier : « La meilleure musique est celle qu’on fabrique à partir de bonnes vibes et d’une énergie authentique. Dans le studio, si les énergies individuelles ne sont pas connectées, la chanson sonnera comme forcée. Je ne planifie pas la manière dont je fais les chansons, ça coule naturellement. C’est d’ailleurs l’amapiano qui m’a choisi : avant de me mettre à ce genre, je produisais de la trap. » —Christian Askin

Teenage Dreams
Native Soul

En argot sud-africain, « ma 2000 » est un terme utilisé pour les jeunes nés après l’an 2000 et n’ayant pas connu l’apartheid, même dans leur enfance. Dans le langage courant, les deux producteurs qui composent le groupe Native Soul, basé à Pretoria, seraient considérés comme des « ma 2000 ». Kgothatso Tshabalala a 19 ans, Zakhele Mhlanga (DJ Zakes) en a 18 et Native Soul a été formé en 2019. Leur premier album de musique électronique Teenage Dreams, publié par le label américain Awesome Tapes from Africa, ne porte pourtant pas le poids de leur jeune âge. Si le projet présente bien un son jeune et expérimental, l’arrangement de chaque chanson et la façon dont les pistes du projet sont assemblées démontrent une maturité artistique qui dépasse largement ce que l’on pouvait attendre des deux producteurs. Ainsi, Teenage Dreams n’est pas seulement un album de dance music, mais aussi un album qui fait la synthèse entre maturité artistique et expérimentation. Les deux producteurs nous conduisent entre différentes atmosphères, entre l’orageux « The Journey », le puissant amapiano de « Teenage Dreams » et « Dead Sangoma », qui offre un clin d’œil marqué à l’afrohouse avec ses tambours percutants. Le reste de l’album continue à rendre hommage à l’héritage musical sud-africain du duo en puisant dans le kwaito old school, le trip-hop et même la house globale (le bien nommé « United As One » est teinté du « Sing It Back » de Moloko, devenu hymne en Afrique du Sud).—Nils Bourdin

Tewari
Scotch Rolex

« J’aime la basse », m’a dit Scotch Rolex lors de notre première rencontre, « la basse psychée ». Je n’ai pu m’empêcher de rire et d’admirer la description parfaite qu’il avait donnée de sa propre musique. Shigeru Ishihara, alias Scotch Rolex, est un producteur japonais qui fait fondre les esprits depuis des années avec sa musique acide. Aujourd’hui signé sur Hakuna Kulala après un rendez-vous inattendu avec le crew Nyege Nyege (et un nouveau baptême avec la street-food ougandaise qui porte son nom), Scotch Rolex est profondément ancré dans la nouvelle vague de l’underground électronique est-africain. La psycho-bass de Scotch n’a peur de rien, invitant les cris de Lord Spikeheart, moitié du groupe kenyan de métal hardcore Duma, le rap mitraillette de MC Yallah, le multidimensionnel Don Zilla, le congolais MC Chrisman, et Swordman Kitala basé à Kampala. Tewari peut être aussi chamanique que terrifiant et agressif, faisant l’effet d’un coup de poing dans les tripes ou d’un mixeur dans le cerveau, réservé aux plus méchants d’entre nous. Lancez-vous dans « U.T.B. 88 » pour un pic percussif, l’introduction « Omuzira » pour un moment collabortif puissant, ou « Afro Samurai » pour imaginer ce que deux fous (dans le meilleur sens du terme) du bout du monde peuvent concocter ensemble après avoir creusé dans leurs héritages respectifs. —Christian Askin

Uwami
DJ Black Low

Il a tout juste vingt ans, et à l’écouter- contrairement à ce qu’écrit Paul Nizan, c’est le plus bel âge du monde. DJ Black Low, inconnu de nos radars, a sans aucun doute publié la meilleure bombe pour faire exploser le dance-floor assis sur ses acquis. Depuis son home-studio de Pretoria, ce touche-à-tout a taillé onze joyaux d’art aussi brut que sophistiqué, onze leçons de savoir-faire groover aussi génialement abstrait que puissamment efficace. Auteur d’une poignée d’EP, le dénommé Sam Austin Radebe, originaire d’un des townships du Gauteng, y superpose effets de saturation et voix invitées en surimpression, mixe cadences up tempo et nappes low tempo, concasse percussions électroniques et incantations ésotériques. Avec lui, l’amapiano s’enrichit d’une bonne dose d’improvisation et de doux délires, ajoutant à ce courant majeur sorti des ghettos sud-africains une touche de l’esprit rebelle et arty DIY. Le résultat est tout bonnement renversant, au gré d’aussi imparables que jubilatoires secousses, sans céder une seule seconde aux facilités d’usage. Comme un Monk des années 2.0. —Jacques Denis

Vexillology
Guedra Guedra

Avec Vexillology, Guedra Guedra transforme l’essai et offre une suite logique à son EP Son of Sun, propulsant plus que jamais les traditions tribales dans l’univers des clubs. Le Marocain insuffle la vie à sa bass music organique en y triturant chants du désert, sons de la nature, ou percussions traditionnelles enregistrés directement à la source, convaincu qu’aucun enregistrement studio ne peut rivaliser avec la pratique du field recording. Le beatmaker a donc extrait l’énergie des montagnes de l’Atlas, là où le peuple Zayan – à qui il rend hommage en portant des masques- continue de maintenir en vie la pratique de l’Ahidous. A travers le prisme des pratiques ancestrales, il imagine alors une égalité utopique entre des sociétés séparées par des frontières tracées irrationnellement à la règle, tentant de réunir sur le dancefloor le Maghreb et l’Afrique sub-saharienne qui ont tant en commun. —François Renoncourt

Retrouvez la sélection en playlist sur Spotify et Deezer.

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