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The Pan African Music Magazine
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PAM présente Gidam : un film en immersion dans les rues de la révolution

Gidam (jusqu’au bout), c'est un film d’Arthur Larie et Bastien Massa tourné en décembre au Soudan. On y suit Enas, une jeune percussionniste qui accompagne les manifestations demandant le départ des militaires du pouvoir. À voir absolument.

Gidam, entendez « jusqu’au bout ». La détermination des manifestants dans les rues de Khartoum saute aux yeux. Depuis que les militaires ont confisqué le pouvoir, le 25 octobre dernier, en arrêtant le premier ministre et en prenant le contrôle du gouvernement de transition, combien sont-ils à descendre dans la rue ? Tous ont été choqués : la révolution qui avait fait chuter une dictature de trente ans ne pouvait être ainsi escamotée par des hommes en treillis, pour beaucoup issus de cet ancien régime. Ce qui frappe aussi, à regarder ce court documentaire (11 minutes) d’Arthur Larie et Bastien Massa, c’est que les femmes, et en particulier les jeunes femmes, sont à l’avant-garde de cette mobilisation populaire.

« Durant la révolution déjà, explique Arthur Larie, il y avait beaucoup de femmes dans les manifestations, et là tu te rends compte que c’est ultra mixte : je ne sais pas quelles conclusions il faut en tirer. Ça change l’image qu’on se fait souvent des femmes dans le monde arabe ; dans la révolution elles avaient beaucoup plus à gagner qu’à perdre, disent-elles, car y’a des lois très discriminantes. Elles ont en tout cas une vraie présence. »

La première séquence du film est à ce titre aussi belle qu’édifiante, puisque ce sont deux jeunes femmes qui mènent le ballet des slogans, et nous font entrer directement au cœur de cette mobilisation. Pour les accompagner et les soutenir, une autre jeune femme, que sa haute et gracieuse stature distingue, frappe son djembé. Elle s’appelle Enas.

© Arthur Larie

« Le jour où on est arrivés, raconte Arthur, il y avait une manifestation, et c’est ce jour-là qu’on a tourné la première séquence du film, et qu’on est tombés sur Enas. À ce moment là on ne savait pas qu’elle deviendrait le personnage du film. » La jeune femme, qui a le même âge que nos réalisateurs, leur ouvre ses portes, et le film nous permet, sur ce fond socio-politique explosif, d’entrer dans l’intimité d’une famille, et de comprendre comment se jouent dans le contexte qui a suivi la Révolution une mise à jour des relations entre les générations, mais aussi entre les hommes et les femmes. « Accéder à cette intimité, c’était pas gagné d’avance, précise Bastien, et on a rencontré d’autres personnes aussi comme Mahmoud, qui connaissait Enas et nous a accompagnés chez elle…. Il y a eu beaucoup d’imprévus, de hasards qui ont rendu la chose possible ». Chez Enas, la télé est souvent allumée, elle y suit notamment les dernières nouvelles du front des manifestations, avant de les rejoindre. Elle met son voile safran, attrape son tambour et saute dans un touk-touk pour rejoindre le convoi. Et y faire résonner son djembé.

« La musique est très prégnante dans les manifs, et Enas joue du djembé : c’était une image forte, elle incarnait vraiment cette place centrale des femmes dans la révolution. Elle était aussi emblématique de cette jeunesse soudanaise qui aspire à changer son pays ». La jeune femme d’ailleurs explique à merveille la relation entre les percussions, qui traditionnellement appelaient à la guerre, et la révolution. Avec son djembé, elle devient un canal entre les manifestants et leur cause, entre leurs rêves et leur matérialisation. On la voit épanouie au centre de cette communion.

« La musique, appuie Bastien, avant c’était à la maison, en tout cas dans l’espace privé. Ce qui a changé depuis la révolution, c’est que les artistes ont pu faire sortir leur art dans la rue : graffiti, musique, l’art est passé de l’intérieur de la maison (qui devait rester secret) à quelque chose de public, qui se fait dans la rue. »

© Arthur Larie

Si le film nous plonge, non sans poésie, dans l’enthousiasme de ce mouvement qui entend protéger les acquis de la révolution de 2019, les inquiétudes affleurent. La conversation d’Enas avec son ami Mahmoud est révélatrice : les deux jeunes gens discutent, assis sur un lit de l’avenir du mouvement. Et Mahmoud, auquel les militaires ont rasé la tête de force, paraît moins optimiste que son amie : les militaires semblent vouloir revenir à l’ordre antérieur. D’ailleurs, depuis cette discussion, Mahmoud a quitté le pays. Il faut dire que la répression n’a fait que s’accroître (le bilan, depuis le coup d’état, avoisine les 80 morts) et nombreux sont les militants qui ont été embastillés ces dernières semaines.  

« L’histoire d’Enas est emblématique, et pourtant c’est pas tous les jours qu’on voit ces images-là du Soudan : tu te rends compte qu’Enas elle nous ressemble, elle ressemble aussi aux jeunes de son âge. On a pas été chercher la super militante, mais la banalité de la jeunesse qui descend dans la rue et qui veut protéger les acquis de la révolution… »

L’issue de ce bras de fer entre manifestants et militaires n’en demeure pas moins incertaine : « ce que veulent les gens, martèle Bastien, c’est que les militaires retournent dans les casernes… le fait qu’il y ait des négociations au niveau international, la rue voit ça un peu comme une reconnaissance des militaires comme interlocuteurs (sur le mode : comment ceux qui ont pris le pouvoir peuvent aller vers une transition), or pour la rue c’est : d’abord les militaires partent, après on construit une transition. Et puis, en parallèle de ces négociations, la répression des militaires s’est accrue… ils augmentent la pression. »

Réaliser ce genre de film, en prise directe avec les manifestants, prend d’autant plus de sens. Voilà pourquoi PAM tenait à vous le présenter. On vous invite à le voir, et à massivement le partager.

© Arthur Larie
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