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Ave Francis, tes enfants te saluent #3 : Patrick Bebey
Francis Bebey et son épouse Made dans l’appartement familial, rue du champ des alouettes.(photo P.R. Worms)

Ave Francis, tes enfants te saluent #3 : Patrick Bebey

Francis Bebey nous a quitté il y a vingt ans. Après Kidi et Toups, c’est au tour de Patrick, musicien, d’évoquer un souvenir musical de son père : il nous replonge dans l’album Dibiye, qui vient d’être réédité. Interview.

Sur cet album, Dibiye, vous êtes en famille. A partir de quand as-tu commencé à accompagner ton père sur scène ? 

On a commencé en 1983 à accompagner mon père sur scène, moi et mon frère Toups. Il avait une belle tournée en Tunisie, une dizaine de dates dans le cadre du festival de Carthage, et c’est là que ça a commencé : moi j’avais 19 ans. C’était génial. On était avec un bassiste qui s’appelait Ahmed Barry, et même notre maman était venue : elle ne venait jamais, mais là c’était comme s’il fallait qu’elle soit témoin de nos débuts. 

C’était vraiment une tournée particulière, parce que lui savait que sa chanson « Agatha » avait marqué pas mal de pays d’Afrique noire, mais il ignorait totalement qu’elle était très connue en Tunisie. Et pendant cette tournée, dès le premier concert, on monte sur scène et avant de commence la première chanson, le public demande « Agatha ! Agatha ! ». On avait bien prévu de la jouer mais plus tard dans le concert, donc… on s’en tient à notre programme. Après la chanson, le public applaudit poliment, et réclame encore Agatha… on a tenu jusqu’au 5 ème morceau ! Il fallait jouer « Agatha », sinon pas moyen que le public se calme. Donc au bout de deux ou trois dates notre père a décidé qu’on la jouerait au début, une autre fois au milieu du concert, et une fois plus courte à la fin. 

Francis et Patrick Bebey jouent « Essok’am », un titre repris sur l’album Dibiye

16 ans plus tard, Toups et toi êtes avec votre père pour enregistrer dibiye, son avant-dernier album. Comment cet album (de famille) est arrivé ?

Depuis longtemps, je voulais qu’on fasse un disque comme ça. Mon père, quand on sortait le matin pour aller au lycée, on revenait et il avait un nouveau morceau qu’il nous faisait écouter. Il nous demandait ce qu’on en pensait, et des fois je disais : « c’est bien mais ici tu pourrais remonter la guitare, et cette voix-ci, peut-être la baisser un peu ». Et il disait « ah non c’est fini ! Moi j’ai fait comme je l’entends. Vous en faites ce que vous voulez, mais moi j’avance. » Il n’avait pas de gros magnétos multipistes, donc il ne pouvait plus modifier les choses. Il a fait plein d’albums comme ça et parfois je me disais ah c’est dommage, en produisant un peu différemment on pourrait peut-être aussi toucher un public un peu plus large… Et puis, dans les années 90, j’ai fait la connaissance de Vincent Mahey (ingénieur du son et fondateur des studios Sextant, NDLR), on est devenus copains et en 1995 on part en tournée avec Papa Wemba. Je fais écouter à Vincent un album de mon père, qui aimait cette musique que son grand-frère lui avait faite écouter… je lui dis, écoute je sais que tu as un studio, j’aimerais bien qu’on arrive à le convaincre de venir enregistrer, ce serait génial. Mon père a dit « Oui, bon…d’accord ! ». On s’est donc retrouvé dans le studio mais l’idée c’était quand même de répéter un peu avant : il y avait de nouvelles chansons notamment « Dibiye » qu’on avait commencé à monter dans une chambre d’hôtel en Allemagne. Et on s’est mis à répéter, et petit à petit, Vincent installait un micro, puis un second, et enfin au bout de trois jours tout était en place, et nous aussi on était en place. Jusque-là, notre père avait été assez gentil pour nous faire croire que c’est nous qui menions la danse. Mais au moment d’enregistrer, laisse tomber, c’était lui dirigeait tout… mais avec beaucoup de délicatesse. C’étaient des séances incroyables, on a tellement rigolé ! 

Il nous a laissé la main sur le mixage. Tout avait été enregistré en live et on a juste rajouté deux trois épices, comme dans Stabat Mater Dolorosa. Il était très content d’écouter le mixage final, il était ému.

Dans Dibiye, il y a bien sur la sanza, et aussi la flûte pygmée qu’il aimait et dont il était devenu une sorte d’ambassadeur. Cette flûte, on t’a vu en jouer dans un des tubes du groupe Arcade Fire : elle fait partie de l’héritage que ton père a légué au même titre que la sanza?

Il m’a rendu fort, en me disant : « n’oublie pas ces instruments-là, c’est la base ». Il m’a permis de les apprivoiser, et j’ai réalisé à quel point c’était magique, à quel point ils étaient importants dans ma vie…  c’est vrai qu’il les défendait énormément, et moi aussi j’aime les emmener partout. Même si une fois, en Allemagne, il m’est arrivé ceci : à la sortie d’un concert, une personne me dit : « c’était magnifique le concert, j’ai adoré ! Surtout les morceaux que vous avez joués avec la sanza-là. Et… vous en jouez parce que vous l’avez entendue dans le dernier album de Whitney Houston ? » 
(NDLR : Patrick rit, car cette chute n’est pas sans rappeler l’absurdité de celle de Cousin Assini). 

Dibiye, Pee Wee Music, réédition augmentée à paraître le 28 mai 2021.

À suivre : la page Facebook consacrée à Francis Bebey.

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