Toumani Diabaté fait danser l’expo Mali Twist à la Fondation Cartier

Samedi dernier, le griot virtuose de la kora enflammait le public de la Fondation Cartier, au beau milieu des photos de Malick Sidibé. Un bal poussière comme ceux dont le photographe capturait l’ambiance dans les années 60 et 70, quand soufflait encore le vent de l’indépendance.

C’était un sacré pari. Faire un bal poussière à la mode bamakoise en plein Paris, et dans une salle d’expo qui honore, pour quelques jours encore, le plus célèbre des photographes maliens. Un nouveau genre de club pour accueillir Toumani Diabaté, l’homme aux deux Grammy Awards, couronné huit jours plus tôt à Paris avec –M- d’une Victoire de la Musique pour le disque Lamomali. Il faut dire que le virtuose de la kora était à l’aise, entouré par les clichés de celui qui fut l’ami des jeunes bamakois, l’œil témoin de toutes les surprise-parties qu’ils donnaient dans les années 60 et 70. C’est d’ailleurs au même Malick Sidibé, dans son désormais fameux studio du quartier Bagadadji à Bamako, qu’il avait demandé de faire les photos de son disque A curva da Cintura, enregistré avec les brésiliens Arnaldo Antunes et Edgar Santurra.



Et c’est donc avec une certaine fierté, celle de représenter l’excellence artistique malienne au même titre que Malick Sidibé, qu’il monte sur scène en ce samedi 17 février. Avant lui, Baba la star, un jeune franco-malien qui a grandi en région parisienne, vient de chauffer la salle, pleine à craquer quand débute le bal de Toumani Diabaté. A ses côtés, l’orchestre Symmetric Orchestra, qui anime chaque vendredi les soirées dansantes du Diplomate, un des clubs courus de la capitale malienne.

Drappé dans son beau boubou de bazin rouge-carmin, portant sur ses épaules le poids et l’exigence des 70 générations de Diabaté qui l’ont précédé, Toumani pince les cordes de son instrument. Le bal peut commencer. Au dessus de sa tête, les portraits insouciants ou concentrés d’une jeunesse malienne qui posait à l’époque où lui, Toumani, faisait son entrée sur la terre des hommes. Autant dire que l’endroit était habité.

 


Très vite, l’ambiance monte. Toumani Diabaté s’est pris au jeu. Ce soir, le froid de Paris vire à l’ambiance moite des nuits bamakoises. Pour rendre hommage à cette époque où les yé-yés français, l’Afro-Cubain et les stars de la soul américaine étaient les rois, il entonne « 
Mali Twist », la chanson de Boubacar Traoré qui a donné son nom à l’exposition. Une chanson phare de l’indépendance, enregistrée en 1963 à Radio Mali et rediffusée chaque dimanche à la demande des auditeurs. Mountaga Diabaté, au chant, fait exploser la foule pourtant serrée. Impossible de résister. Une parisienne d’âge vénérable se déchaîne, monte sur scène et fait une démonstration de twist à la jeunesse ébahie.

©Philippe Cap


C’est l’heure d’une petite pause, dont les spectateurs profitent pour faire ou refaire un tour de l’expo, qui présentait près de 250 clichés (une infime partie des 400.000 négatifs que le vieux Malick avait patiemment archivés). 
On sent dans ces images toute l’ambiance d’une époque : celles des surprise-parties et des clubs que formaient les jeunes, en les dotant de noms aussi évocateurs que les Marioles, les Dragueurs sans-souci, les Beatles… Ce sont eux qui organisaient ces soirées où les garçons et les filles tournaient sur eux-mêmes comme les disques vinyles sur les platines.

Un yéyé en position, 1963, Malik Sidibé ©Fondation Cartier

Il y a de quoi se perdre en rêveries sur la dolce vita africana qui régnait à Bamako dans ces belles années. Mais l’actualité- non moins joyeuse- reprend ses droits : Toumani Diabaté et le Symetric Orchestra envoient Mami Wata, air panafricain dont le Bembeya Jazz fit autrefois un succès. Puis vient El Manicero, le morceau afro-cubain sur lequel des générations de musiciens africains apprirent à jouer. De grands classiques, comme on ne peut les manquer dans les clubs et cabarets de toute l’Afrique de l’ouest. Une fois l’ambiance a nouveau montée d’un cran, le temps se suspend pour une parenthèse de recueillement : voici Lampedusa, un des titres enregistrés avec son fils Sidiki, qui évoque le triste sort de ceux qui, traversant la Méditerranée, ont perdu la vie. Et Toumani, bien sur, met à aussi l’honneur les grands airs du Mali multiséculaire : Mali Sadio, la légende qui raconte les amours contrariés entre une jeune femme et un hippopotame (Mali, en bambara) du côté de la ville de Bafoulabé. Le final, Ya’fa (autrefois si bien chanté par Amy Koita) voit son refrain repris par un public ravi. Un public insouciant, le temps d’une soirée, dont les sourires n’étaient pas sans rappeler les garçons et les filles que Malick Sidibé a immortalisés.

La soirée a été captée par RFI, pour la revivre c’est iciL’exposition Mali Twist à La Fondation Cartier, c’est jusqu’au 25 février.

Nuit de Noel, 1963, Malik Sidibé ©Fondation Cartier

Photo Une : Regardez-moi, 1962, Malick Sidibé ©Fondation Cartier