Système K : quand les ghettos de Kinshasa réinventent la protestation artistique

PAM soutient le KissKissBankBank du film Système K, voyage dans l’univers halluciné des performers de rue de Kinshasa. Un film signé Renaud Barret.

Renaud Barret, réalisateur, connaît bien la musique. Celle des rues de Kinshasa. Avec son compère Florent De La Tullaye, voilà plus de dix ans qu’ils arpentent les couloirs d’une ville en perpétuelle ébullition, toujours prêts à déborder.

Victoire Terminus, La Danse de Jupiter, Staff Benda Bilili, Pygmée Blues, autant de films qui explorent les personnages aussi romanesques que réels, héros se débattant pour sortir des fleurs merveilleuses du chaos ambiant. Deux de ces longs-métrages documentaires font le portrait de musiciens dont la carrière a depuis décollé : Jupiter et Okwess, qui continue à un rythme frénétique ses tournées de concert dans le monde entier. Idem pour Staff Benda Bilili, qui de la rue aux grandes scènes internationales, a connu un extraordinaire succès, même si le groupe s’est par la suite scindé, comme le font tant d’orchestres congolais. Le dernier groupe en pleine ascension s’appelle Kokoko!. Un ovni électro sorti tout droit des ghettos kinois, laboratoire à ciel ouvert pour artistes aussi géniaux que précaires. Sans même avoir sorti leur disque, ils tournent déjà en Europe et entament une longue série de concerts ces jours prochains.



Kokoko fait résolument partie de l’univers de Système K, le prochain film de Renaud Barret. Et pour cause, avec leurs tenues de techniciens tout droit sortis d’une centrale nucléaire, leurs instruments qui en eux-mêmes sont des œuvres d’art, et leur énergie branchée sur triphasé, ils font partie de ces artistes pour qui la rue est le cadre, la source d’inspiration, et même la scène où ils se produisent.



Les autres protagonistes que l’on verra dans le Système K, en cours de postproduction, sont de la même trempe. Freddy Tsimba, le génial sculpteur et plasticien qui compose des œuvres à partir de douilles, de machettes, bref des déchets de toutes les armes qui ont ensanglanté la RD Congo.

Il y a aussi Kongo Astronaute, un personnage aussi mystérieux et solitaire qui arpente la ville dans une tenue spatiale de sa fabrication, ou encore Flory et Junior, deux performers qui avec leur tête bidon ou leur tête-téléviseur, dénoncent sans mots dire le manque de courant et d’eau dans une ville située au bord d’un des fleuves les plus puissants au monde.



Tous ces artistes, dont Kokoko, font partie de ces incroyables performers qui, confrontés à une situation politique tendue, à la crise qui s’éternise et aux espaces de liberté qui s’amenuisent, dénoncent la situation des Congolais, sans avoir le plus souvent besoin des mots pour ce faire.

PAM soutient Système K, et le KissKissBankBank lancé pour terminer ce film aux images hallucinantes qu’on a hâte de voir sortir. Un film, comme le dit Renaud Barret, « où la survie est un art et l’art une survie ».

Pour soutenir le projet et découvrir les artistes, c’est ici.

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