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The Pan African Music Magazine
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YUNIS, traditions synthétiques

Avec son nouvel EP Mulid El-Magnuon, le musicien égyptien YUNIS s’inspire des musiques traditionnelles de mariage et des fêtes du Mawlid pour les réinterpréter à coups de flûte ney et de synthétiseurs. L’artiste a répondu à PAM depuis sa résidence à la villa Nyege Nyege (Ouganda). 

On a découvert YUNIS à travers l’excellent morceau « Hajar El-Sha’yan », qui faisait figure d’alien parmi les aliens sur la compilation éphémère L’Esprit de Nyege 2020, sortie en marge du festival en ligne. Dans la foulée, le producteur égyptien sortait Mulid El-Magnuon, un EP intense dans lequel la musique électronique fait la cour aux musiques traditionnelles de mariage et à celle des fêtes du Mawlid, ces évènements populaires religieux célébrant la naissance du prophète, où le divertissement pur sert de prétexte à l’élévation spirituelle. Il exploite ce thème à travers les rythmiques, les boucles et les instruments qui lui sont propres, donnant du fil à retordre à qui voudrait essayer de dater cet EP. Comme beaucoup de producteurs émergents, Ahmed Younes a commencé à faire des beats hip-hop, avant de réaliser que la musique traditionnelle de son pays avait sans doute énormément à offrir. Ce chercheur musical et compositeur de bandes originales s’imprègne alors de son héritage pour le transposer dans le monde contemporain, à l’image de son album The Blue Djinn Dance sorti en 2019. Ses compositions sont centrées sur le synthétiseur et le ney, flûte ancestrale qu’il utilise à bon escient dans ses productions, comme au sein de son label qui porte le nom d’une ville égyptienne, Kafr El-Dauwar, dont sont originaires les artistes qu’il réunit, et qui poussent la musique locale dans ses retranchements. Interview.

Tu es un joueur ney. Pourquoi as-tu décidé d’utiliser cette compétence au service de  compositions électroniques plutôt que de manière « traditionnelle » ?

Depuis que j’ai commencé à jouer de la musique, mon rêve était de produire de la musique contemporaine inspirée de l’héritage traditionnel égyptien, qui comporte beaucoup de styles et d’instruments. Il y a environ deux ans, j’ai commencé à sentir que le ney en tant qu’instrument dans son utilisation traditionnelle ne me suffisait pas pour exprimer les idées que j’avais en tête. J’ai donc décidé de me tourner vers le synthétiseur et la musique électronique pour me créer un espace d’expérimentation. Au début, je me suis tourné vers la musique électronique parce que je n’avais pas assez d’argent pour enregistrer avec des musiciens professionnels, mais plus tard, j’ai commencé à prendre conscience de son esthétique et du potentiel qu’elle me donne. 

Ta biographie nous dit que tu « crois au renouvellement ». Est-ce un vrai challenge de renouveler la musique traditionnelle égyptienne ?

C’est toujours un défi de traiter les arts folkloriques. Avec le temps, ces formes d’art acquièrent une sorte de sainteté, donc les traiter devient très difficile et sensible. Je crois que le véritable artiste est celui qui peut sagement déconstruire l’esthétique de son héritage, le ressentir et le présenter avec son propre concept et son imagination. Dans les pays profondément enracinés dans les traditions comme l’Égypte, les gens se sentent fiers de leur patrimoine et de leur culture, et essaient toujours de les présenter de différentes manières. Jouer avec le folklore est très courant et perçu positivement dans mon pays, et nous avons de grands artistes qui expérimentent sur ce terrain.

Quel genre d’artiste essaies-tu de mettre en valeur sur ton label Kafr El-Dauwar Record ?

Kafr El-Dauwar Records est un label digital indépendant qui s’intéresse à la musique contemporaine et expérimentale. Il a été fondé par Suliman avec à ses côtés Fathi Hawas, VII, Ibrahim X et moi-même, dans le but de créer un mouvement musical dans la ville, en aidant un groupe d’artistes à sortir leur musique. Nous essayons d’y présenter tout artiste de la ville qui a quelque chose en lui à exprimer.

The Blue Djinn Dance était une sorte d’hommage aux chansons de mariage populaires. Mulid El-Magnuon ajoute la dimension Mawlid, peux-tu nous en dire plus sur la manière dont tu t’appropries cette influence ?

Dans mon traitement de la musique traditionnelle égyptienne, j’essaie d’aller au-delà de l’esthétique formalisée, je cherche les principaux piliers dont dépend le style traditionnel sur lequel je travaille. Puis j’essaie de comprendre ces piliers, de les ressentir, de les étudier, d’expérimenter avec, et de les présenter selon mon concept et ma propre esthétique. Dans mon travail, j’essaie d’atteindre ces piliers en me posant plusieurs questions. Si nous prenons mon travail sur la musique zâr par exemple, je me suis demandé : comment construisent-ils la chanson ? D’où sont-ils partis et à quel point veulent-ils arriver ? J’essaie aussi d’explorer la relation entre le rythme et la mélodie; la mélodie simule-t-elle le rythme ? Y-a-t-il plutôt un contraste ? Comment jouent-ils les percussions ? Pianissimo ou fortissimo ? Comment construisent-ils la mélodie ? Quels sont les motifs qui reviennent fréquemment ? etc.

Cela te permet-il de mieux comprendre ce patrimoine ?

Je crois que grâce à ce genre de questionnement, nous pouvons comprendre notre héritage et l’absorber. Quand nous atteignons ce moment, et seulement à ce moment-là, nous ne devenons pas une expression de cet héritage, mais nous nous exprimons à travers lui. C’est ma conception du renouveau.

Récemment, tu as joué au festival en ligne Nyege Nyege. Comment as-tu « rencontré » l’équipe et qu’est-ce que ça représente pour toi de faire partie de cette famille ?

Ce fut un honneur pour moi de participer au festival Nyege Nyege (la version en ligne). Je suis le festival depuis deux ans et j’étais très excité de jouer avec eux. J’aimerais pouvoir participer à nouveau mais dans une version réelle, pas en ligne. En ce moment, je suis en Ouganda en tant que résident de la villa Nyege Nyege à Kampala, je passe d’excellents moments avec quelques-uns des meilleurs producteurs de musique en Afrique et c’est un grand honneur pour moi de faire partie de ce groupe.

Découvrez un mix inédit de YUNIS, diffusé le mardi 6 avril sur les ondes de la web radio Beshknow à Téhéran qui stream worldwide émissions et mixs signés David Hasert, Eddie C, Ko Shin Moon ou Nuri. Une sélection commissionnée par la plateforme culturelle Mahalla

L’EP Mulid El-Magnuon est disponible via Kafr El-Dauwar Records.

Retrouvez YUNIS dans notre playlist afro + club sur Spotify et Deezer.

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