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The Pan African Music Magazine
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Paris c’est l’Afrique : Le mbalax dans tous ses états (épisode 2)

PAM met en ligne sur sa chaîne Youtube un nouvel épisode de la série Paris c’est L’Afrique (1989, réal. Philippe Conrath). Youssou Ndour, le Xalam, Touré Kunda, Doudou Ndiaye Rose, Omar Pene… de Dakar à Paris, ils sont tous là, et racontent le mbalax dans tous ses états.

Après l’épisode 1 consacré aux précurseurs qui ont donné de la visibilité et un début de reconnaissance aux musiques du continent en France, l’épisode 2 se concentre sur la scène sénégalaise, alors qu’explose le mbalax (écrit aussi mbalakh). Le Sénégal, qui vient de « fêter », confiné, son soixantième anniversaire, est un pays qui depuis son indépendance a conservé des liens étroits avec la France, notamment à travers ses ressortissants installés à Paris*. Dans ces années 80, l’arrivée puis le succès des musiques africaines en France doit d’ailleurs beaucoup à ce pont culturel ininterrompu entre les pays de l’ancien empire colonial français et leur diaspora. La création du label Syllart au début de la décennie par Ibrahima Sylla en est l’un des plus patents témoignages. Dans le sens inverse, la visibilité de ces artistes va faire beaucoup pour la reconnaissance des communautés africaines en France. 

C’est d’ailleurs ce que raconte dans le film Ismaël Touré, l’un des frères du groupe Touré Kunda qui, formé à Paris à la fin des années 70, fait une entrée remarquée sur la scène française au début des années 80. « Cette percée, explique-t-il,  a permis une reconnaissance de la culture black et de l’existence black dans ce pays. Une reconnaissance de l’identité de ces gens qui rasaient les murs et qui, à un moment, se sont retrouvés dans une situation ou ils pouvaient marcher la tête haute ». Touré Kunda est l’un des piliers de cette grande histoire qui a vu les musiques africaines percer en Occident, mais aussi un maillon de l’histoire particulière de la musique sénégalaise.

 

De Doudou Ndiaye Rose à Touré Kunda, en passant par le Xalam

Car cet épisode est dédié au mbalax dans tous ses états. Le rythme a donné son nom à un genre qui s’est peu à peu forgé au cours des années 70, quand les orchestres sénégalais qui jouaient beaucoup d’afro-cubain ont commencé à y introduire des percussions et des rythmes typiquement sénégalais. Le mbalax est l’un d’eux, mais c’est son nom qui est resté, pour désigner cette musique de fusion qui a modernisé la tradition. Ce genre, très large, a de nombreux artisans. Et cet épisode en présente certains des plus éminents. A commencer par le doyen Doudou Ndiaye Rose, docteur des rythmes, qui explique – tambour à l’appui – les différents rythmes traditionnels du mbalax, joués avec un set de plusieurs tambours. Mais aussi les membres du Xalam 2, fondé en 1969 par une bande de copains qui vont tenter toutes sortes de fusions, mélangeant les rythmes des terroirs sénégalais avec le jazz et la funk.

Au Sénégal, rappelle Henri Guillabert, le pianiste du groupe , « on a essayé de jouer la musique traditionnelle sénégalaise avec les instruments modernes, mais la première fois qu’on l’a fait dans un bal, l’organisateur nous a demandé d’arrêter. On était les premiers à faire du mbalax, mais à l’époque les organisateurs voulaient de la salsa, du rock, de la funk ». Installés dans une parcelle avec un bout de jardin, les copains du Xalam se sont recréés en banlieue parisienne un petit bout d’Afrique, où, tandis qu’on fait braiser de la viande, Jean-Philippe Rykiel pianote sur son clavier en cette après-midi ensoleillée.

Et de Youssou Ndour à Omar Pene 

Bien sûr, on retrouve aussi dans le film Youssou Ndour, déjà roi du mbalax moderne. On le découvre d’abord à Abidjan, participant aux côtés d’une brochette de stars anglo-saxonnes au grand concert organisé par Amnesty International en 1988. Sur scène, avec Peter Gabriel, Sting, Tracy Chapman et Bruce Springsteen, il chante l’hymne « Get Up, Stand Up » de Bob Marley devant la foule compacte du stade Felix Houphouët Boigny qui leur répond en chœur. Puis on retrouve Youssou en studio, expliquant comment, comme les autres, il avait d’abord été intimidé par tout l’arsenal technique dont on dispose en Occident pour faire de la musique. Mais c’est aussi justement cela qu’il vient y chercher. Philippe Conrath, auteur et réalisateur du film, se souvient que Youssou, à l’époque, « notait la position de chaque réglage sur la console, pour mieux comprendre le travail de studio : il était en train de s’instruire par la même occasion ». Pour le reste, celui qui est déjà bien connu à l’international l’explique clairement dans le film, il préfère vivre à Dakar, où il trouve son inspiration et où vivent ses parents, eux aussi interviewés dans le documentaire. 

Quant à Omar Pene, lui aussi vient à la même époque enregistrer en France, où vivent son producteur et son tourneur. Interviewé à Paris, on le retrouve dans la foulée à Dakar au Thiossane, le club où il fait fureur avec le Super Diamono. Les voilà partis pour une répétition à laquelle ceux qui regardent Paris c’est L’Afrique sont conviés, histoire d’apprécier la très belle version de Nkrumah, hommage au fervent panafricaniste et premier président du Ghana, et à ceux qui comme lui, de Sankara à Mandela, ont œuvré pour la libération de l’Afrique.

Comme le précédent, ce nouvel épisode de la série ne se contente pas d’un instantané d’une scène (ici sénégalaise) à la fin des années 80. Il témoigne de l’évolution des musiques africaines (qui en trente ans ont trouvé leurs propres compromis originaux entre influences étrangères et héritage traditionnel), et laisse aussi place à des réflexions sur les rapports Nord-Sud qui, trente ans plus tard, sont toujours pertinentes. 


 * Une pensée pour feu Youssou Diop, longtemps taximan à Paris, et mélomane averti qui a fait découvrir à l’auteur de ces lignes Youssou Ndour et Omar Pene.