Damily : quand la musique épouse les Esprits

Le guitariste du sud malgache et sa bande reviennent avec Valimbilo. Attention : ascenseur pour la transe garanti.

On ne peut que se réjouir d’avoir des nouvelles de Damily, guitariste virtuose du sud malgache installé en France depuis quelques années. Ce nouvel album, tout comme les précédents, ouvre une fenêtre sur le grand sud malgache, et notamment la ville de Tuléar, « capitale » de la région qui a vu naître le guitariste. Une ville qui fait face au Mozambique, et dont on sait partout à Madagascar qu’elle ne dort jamais (« tsy miroro » en malgache, une expression qui a inspiré une des chansons de l’album).
Là-bas, le jour est brûlant, le soleil vous cuit, le sable blanc vous éblouit, et seules les nuits apportent la fraîcheur et le répit au corps et aux esprits. Dans les rues de la ville souffle alors le tsapiky, genre musical de prédilection dans lequel une batterie fatiguée, une basse et une guitare saturée invitent à la danse, comme pour purger les fatigues du jour et remettre les compteurs à zéro dans l’attente du prochain lever de soleil, implacable.

Damily est depuis longtemps passé maître de ce jeu qui consiste à lancer un train à toute vitesse dans la brousse sans que les passagers, auditeurs ou danseurs, sachent jamais quand il va s’arrêter. Les boucles de guitare et leurs mille variations sont soutenues par une batterie survoltée. Quant à la basse, tel un cavalier, elle fouette ce cheval au galop. Et parfois, tente de le freiner : l’animal se cabre, on croit alors que la musique va s’arrêter, mais il est trop fougueux et les musiciens reprennent leur invraisemblable course.

Et c’est bien ce qui fait la force, la beauté et la folie de cette musique héritée des musiques traditionnelles destinées à appeler les ancêtres pour qu’ils viennent danser parmi les vivants. D’ailleurs « Valimbilo », le titre du disque, rappelle les cérémonies où l’on soigne spirituellement une personne atteinte de dépression, ou qui est frappée d’un mal que l’on a du mal à identifier. C’est sans doute que le Bilo, un esprit fort comme une tempête, est en train de tourmenter le malade.

Il va falloir l’amadouer, déjouer sa méfiance, lui faire baisser la garde et enfin lâcher prise. La musique est le meilleur moyen d’y arriver : alors on joue ces musiques échevelées devant sa victime. Longtemps, longtemps… de quoi envoûter le Bilo et le faire sortir de ce corps. La famille bien évidemment doit assister à la cérémonie, car souvent le Bilo est le symptôme d’un désordre dans les rapports familiaux, qui affecte le malade. Pendant toute la cérémonie, ce dernier est assisté d’une personne qui ne le quitte pas d’une semelle, et qu’on appelle « Valimbilo », l’époux(se) du Bilo. Voilà pour le titre du disque, qui fait référence à l’univers spirituel des Masikoro, des Vezo ou des Antandroy qui habitent le Sud. Le zébu, valeur cardinale dans la culture sociale et économique des Malgaches, en fait évidemment partie, avec les multiples noms qui détaillent la couleur des animaux. Ainsi, l’aomby mazavaloha, noir avec une tache blanche sur la tête, donne son nom à l’une des chansons.

Comme dans ces trois disques précédents, enregistrés en France (où résident depuis quelques années le chanteur et le fidèle quartet qui l’accompagne), Damily prend soin d’alterner les morceaux épileptiques avec des balades plus calmes, faites pour reposer le corps et l’esprit. Il passe avec aisance de l’électrique à l’acoustique, et associe à merveille les génies malgaches des cordes et des voix. Bref, ce nouveau disque, publié sur le label suisse Bongo Joe, ravira les fans de Tsapiky et tous ceux qui ne connaissent pas encore ce genre débridé qui, à présent que le concept de world music est enterré, gagnerait à monter sur toutes les scènes ou le rock et l’électro sont programmés.

Retrouvez toutes les dates de Damily ici.

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