Quand Youssou N’Dour sort un nouveau disque, c’est toute une histoire

Avec History, son nouvel album, Youssou N’dour fait un grand retour dans l’histoire, la sienne, mais aussi celle de doyens disparus. Le tout, entouré d’une nouvelle génération d’artistes qu’il a inspirés. Amadou Bator Dieng a aimé.

Des histoires et de très belles, Youssou N’dour en raconte dans ses chansons depuis maintenant près de 40 ans. Ses albums traversent le temps et parlent à plusieurs générations. Ce nouveau disque History est aussi une belle histoire. « Mes histoires ont inspiré des artistes plus jeunes qui sont venus naturellement vers moi me proposer de revoir certaines de mes chansons à leurs sauces. Des versions modernes et de leur époque. L’idée m’a plu », explique l’artiste parlant de son nouveau bébé. 

Le Youssou 2019 est un bon cru, avec à la baguette le producteur américain Matt Howe, collaborateur des plus grands et détenteur d’un Grammy Awards pour son travail de production sur l’album The Miseducation of Lauryn Hill.

Trois ans après Africa Rekk, History entend être un pont, un trait-union intergénérationnel. Les dix morceaux ont été produits avec une nouvelle génération d’artistes (arrangements, beats ou featuring). « Mohombi (artiste suedo-congolais, NDLR) a fait quelque chose qui m’a touché. Il s’est déplacé jusqu’à Dakar pour me dire — grand frère, je veux chanter avec toi et voilà j’ai travaillé sur cette chanson en pensant à toi » raconte Youssou N’Dour. Cela donne « Hello » enregistré à Doha par les deux artistes.

En février dernier, Mohombi annonçait la couleur sur son Twitter : « Hier, jeudi 14 février 2019, j’ai eu une énorme collaboration qui va bientôt sortir avec un grand artiste africain de tous les temps. Imaginez qui ? », a posté Mohombi sur son compte Twitter, vendredi 15 février, depuis Stockholm où il séjourne.

Youssou aime bien la Suède. En plus de Mohombi, il invite dans History la formidable chanteuse Seinabo Sey. Fille de l’artiste gambien Maudo Sey Seinabo et de mère suédoise, elle  fait partie des nouvelles voix qui comptent dans la pop et le jazz. L’artiste R & B — Prix KingSize 2014, reprend avec Youssou son fameux tube « Birima ». 25 ans après « Seven Seconds » chanté avec la Suédo-Américaine Neneh Cherry…
 


« Seinabo a grandi avec des chansons comme ‘Birima’ grâce à son papa et elle a été inspirée pour faire un duo avec moi. La version qu’elle m’a proposée m’a énormément plu. La Suède est une terre de créativité et ses enfants métis et originaires d’Afrique ont toujours apporté une grande originalité en termes de créativité et d’arrangements » soutient Youssou N’Dour.

À propos d’émigration, le chanteur dans Confession  fait un clin d’œil aux émigrés et aux histoires qu’ils peuvent vivre. À la programmation, Mike Bangerz (BRGZ) beatmaker d’origine béninoise.

« C’est l’histoire d’un immigré qui travaille en Europe pour soutenir sa famille au Sénégal. Rentré au pays pour les vacances, il tombe amoureux d’une femme qui ne partage pas ses sentiments, et ne veut plus rentrer en Europe… » explique Youssou très fier du travail de BRGZ. Ce dernier signe aussi la chanson « Macouma », une énième invitation de l’artiste à la jeunesse africaine afin qu’elle sorte de l’oisiveté. Dans cette chanson, le saxophone de Alain Oyono fait des merveilles.

History contient aussi, toujours dans ce dialogue entre générations, une excellente version du tube légendaire « Salimata » revu par l’artiste nigérian Spotless qui en a assuré les arrangements.

Côté textes, la star sénégalaise donne des conseils à ses jeunes frères et sœurs du continent et leur demande de retourner aux racines et d’y puiser les ressources nécessaires pour faire face à un monde « fou ».

« Je fais partie des traits d’union. Je disais tout le temps aux jeunes : écoutez, votre histoire, écoutez ce qui nous a fait vibrer et puisez sur cela pour mieux avancer, en leur disant qu’on a des valeurs, qu’on a de la composition, de la création, ce sont des valeurs qui vont vous aider, parce que je pense que le monde est un peu fou, je pense que je suis un trait d’union, entre les deux, c’est le rôle aussi du griot, oui, le grand frère » a expliqué l’artiste au micro de RFI.

History rend hommage aussi au virtuose nigérian des percussions à Babatunde Olatunji disparu en 2003. Cela donne « My Child » et « Takuta ».

« J’étais en tournée aux États-Unis et un neveu de Babatunde est venu me voir en me disant, voici deux titres sur lesquels mon oncle travaillait avant son décès. Je vous suis et j’aimerais que vous continuiez cela. J’ai fait appel à un arrangeur, et je les ai chantées pour transmettre les conseils de Babatunde à la nouvelle génération »   

Il n’y  pas une musique de Youssou N’Dour. Il y a des musiques de Youssou N’Dour. L’artiste a toujours su surprendre tout au long de sa carrière. Dakar-Kingston (album reggae) et Egypt (avec l’Orchestre du Caire) suffisent comme exemple. History est un peu dans cette lignée. Pendant une grande partie de sa carrière Youssou a su trouver les bons arrangements les bonnes mélodies grâce au talent aussi d’un instrumentiste comme Habib Faye, qui a été durant 20 ans son directeur musical. Décédé, il y a juste un an, le fameux bassiste est toujours dans les pensées de Youssou. C’est pourquoi History se souvient de lui et l’album s’ouvre sur un morceau dédié qui s’intitule « Habib » tout simplement.

« Habib Faye est un des artisans d’une très grande partie de ma carrière. Habib est inoubliable. Les espaces, l’épuration de ma musique. Habib c’est l’architecte de ma musique. Normal que j’ouvre l’album avec un hommage », conclut Youssou N’Dour d’une voix émue.


Amadou Bator Dieng est sur Twitter.

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