Lucibela, Sofiane Saïdi, Guiss-Guiss Bou Bess et Mawimbi au WOMEX 2O18

Lucibela

Avec plus d’une soixantaine d’artistes programmés, des conférences, projections de films, expositions, rencontres, et récompenses, le WOMEX fait parti des plus grands événements culturel au monde.

Cette année Le WOMEX – Le World Music Expo –  se tiendra du 24 au 28 octobre prochain aux Îles Canaries, au large de la côte nord-ouest de l’Afrique. En 2017, c’est plus de 26000 professionnels venus de 90 pays qui ont pris part à cet événement. Plus de 300 artistes venus de 46 pays ont donnée plus  60 concerts. L’édition 2017 a récompensé notamment le label Glitterbeat (Label Award of the Year) pour la 4ème fois d’affilé et l’artiste malienne Oumou Sangaré pour les actions menées en faveur de la promotion du Wassoulou.

La programmation de cette édition 2018 illustre bien le spectre musical de l’événement, allant du plus traditionnel à la scène underground, en passant par la folk et le jazz. L’électronique venu du monde entier est également la bienvenue.

En voici une sélection :

Sofiane Saïdi & Mazalda
25 Oct 2018

Sofiane Saidi a une voix unique. Un timbre rare et assez élastique pour avoir tourbillonner dans les courants de la world des années 90 (chez Transglobal Underground, Natacha Atlas ou Tukuleur) sans se noyer, ni perdre son grain. Il a resurgi dans les années 2000 avec Smadj, Bojan Z, Ibrahim Maalouf ou Ballaké Sissoko, et plus récemment en invité dans La Hafla du duo Acid Arab. Après presque trois décennies de hafla(fête intensive) à Paname, où il a atterri après avoir quitté Sidi Bel Abbes, Sofiane Saïdi a sorti son deuxième album, El Ndjoum avec son excellent groupe Mazalda. Son groupe, une dizaine de parisiens, biberonnés aux cassettes raï et mbalax, qui réinventent le groove oriental avec Sofiane, à coup de darbouka, bendir, gongs, sabars, guitares électriques, et synthés analogiques vintage. Un brin de nostalgie hantée par des cuivres venus ailleurs, mais habitée par cette urgence actuelle qui regarde vers le troisième millénaire sans perdre pied ni racines.

Ce dernier album  a été enregistré près de Strasbourg Saint-Denis l’hiver dernier. « On aurait pu faire ça en Algérie au studio de Rachid Baba Ahmed, construit à l’identique de Studio One, mais finalement, ici on est chez nous, et dans ce quartier, on a l’impression de vivre au milieu du monde. Ca ressemble à ma musique, explique la voix profonde de Sofiane. Moi j’ai jamais compris ce que voulais dire la world, j’ai toujours été traversé par pleins de cultures, rock, jazz, electro, etc. Mes musiciens sont de Lyon, d’Auvergne, de Sicile ou des Vosges, mais ils ont intégré les cultures africaines comme faisant partie de leur culture. Quand ils entendent des quarts de tons, ça ne les choque pas. Alors que moi arrivant en France, il y a 27 ans, j’osais pas jouer ça de peur qu’on me dise c’est quoi cette fausse note ?! »


Lucibela

Lucibela
26 Oct 2018

Lucibela est née à Tarrafal, au nord de l’île de Santiago. Une ville de garnison célèbre pour le pénitencier qui au temps colonial renfermait les prisonniers politiques. C’est aussi la ville de Cesaria Evora. C’est là que gamine déjà, elle apprend à chanter en écoutant la radio, mais aussi sa mère, qui aime emplir la maison de mornas et de coladeiras. Puis elle se met à les chanter en public au lycée, accompagnée par un groupe de copains. Elle se souvient : c’était en terminale, et la première chanson qu’elle entonna sur scène futNutridinha, qu’interprétait à l’époque Cesaria.

Avec son groupe, elle fait des reprises et commence à développer son propre répertoire,  rode sa voix et prend de la bouteille sur scène. José da Silva, producteur et manager de Cesaria, immanquablement la repère, et l’envoie terminer ses classes dans les cabarets lisboètes. Cesaria aussi était passé par là. Mais la comparaison s’arrête là : « il y a eu une Cesaria, dit-elle, et il n’y en aura jamais qu’une seule. Mais j’aimerais pérenniser ces genres musicaux. Je vais continuer, et j’espère qu’on m’acceptera… moi je veux juste être Lucibela. »

À Lisbonne, en novembre 2017, elle enregistre les treize morceaux d’un album parfois un peu poli, où elle chante avec bonheur la fugue d’une fille quittant la maison pour rejoindre son amour et qui, comme Cendrillon, voit sonner l’heure du retour à la maison (Stapora do Diabo). Ou encore son attachement pour les dix îles de l’Archipel (Mi e doda na bô Cabo Verde) auquel la musique relie tous les Cap-Verdiens partis en aventure, comme un cordon ombilical. Laço umbilical, c’est le nom du premier album de Lucibela.


Mawimbi
27 Oct 2018

Mawimbi signifie « ondes » en swahili, et ces dernières sont aussi bien magiques que sonores. Créé en mai 2013, Mawimbi a été fondé par une bande d’amis djs et musiciens désireux d’unir leurs forces au service d’un projet musical commun : créer des passerelles entre un héritage musical influencé par le continent Africain et des sonorités contemporaines.

Une première compilation en 2015, le succès de l’EP, Eclipse, du duo Pouvoir Magique cette année, la production des soirées/concerts «  La Ganzoü » au Petit Bain… Depuis trois ans le crew sort les disques de Umeme ou Umoja et tout récemment  l’album du réunionnais Loya qui son travail d’électro-isation du maloya traditionnel issu des îles de l’Océan Indien.


Guiss-Guiss Bou Bess
25 Oct 2018

Mara Seck et Stéphane Costantini sont les deux membres du Groupe Guiss-Guiss Bou Bess («La Nouvelle Vision» en français). Leur univers musical c’est l’Electro-Sabar. Un mélange de percussions sénégalaises et de sonorités électro. Mara le percussionniste, danseur et animateur et Stéphane beat-maker fusionnent leur talent pour proposer un projet des plus originaux autour du rythme.

La musique de Guiss-Guiss Bou Bess part de la terre et monte vers l’aérien. Un beau mélange de terroir profond et de cité moderne. Ça vous prend aux tripes. Le public, timide au début, a fini par se laisser aller à la transe. A l’image des derviches tourneurs, le son vous enivre et vous transporte.

« Nous proposons une nouvelle vision des percussions. Le mélange avec la musique électronique donne quelque chose de particulier et le public le ressent.» explique le natif de Dakar et fils de Alla Seck – le légendaire danseur de Youssou Ndour décédé en 1987.

« Je n’ai pas vécu avec mon père, j’avais deux ans quand il est parti, mais j’ai beaucoup pris de lui. J’écoute ses albums et regarde ses vidéos, comme son passage à Bercy en 1986 lorsque le Super Etoile faisait la première partie de Jacques Higelin. Ses paroles m’inspirent toujours. »

Mara veut à travers ses messages parler à la jeunesse africaine pour lui dire que le plus important dans la vie est de croire en soi. « Travailler beaucoup et parler peu. Le plus important, ce n’est pas ce que tu dis, mais ce que tu fais. Par exemple, pour nous Guiss Guiss Bou Bess, ce n’était pas évident au début, aujourd’hui grâce à notre perspicacité et au travail formidable de structures comme Kaani ou Sénégal éthic qui nous accompagnent, le projet commence à prendre forme »

On vous conseille aussi Labaq (Brésil), Etenesh Wassie Trio (Ethiopie / France) et Nelida Karr (Guinée Equatoriale). Enfin, car la liste est trop longue, retrouvez ici toute la programmation du festival.

Lire ensuite : l’interview d’Anthony Joseph