Tony Allen : Back to the source

Dans The Source, Tony Allen se replonge avec bonheur dans le jazz, et signe un de ses plus beaux disques.

Voilà bien un des albums les plus inattendus de Tony Allen. À 76 ans, le génial bâtisseur d’afrobeat, compagnon de route de Fela et de l’Afrika 70’, continue de surprendre.
Il faut dire que depuis qu’il s’est installé en Europe, à la fin des années 70, Tony Allen a joué avec tout le monde, et s’est lancé dans toutes sortes d’expérimentations, plongeant avec sa batterie aussi bien dans le hip-hop que dans la pop, la musique gnawa ou celle du Wassoulou, frappant sur de l’électro comme avec les tambours d’Haïti. Un vrai chercheur, dont l’inimitable « touch » se reconnaît entre mille, même lorsque de manière discrète, il est invité sur les disques des autres – comme récemment dans l’album Mogoya d’Oumou Sangaré.


SI LES RÉFÉRENCES ET LES ANCÊTRES SONT IMPORTANTS, LES MORCEAUX DE THE SOURCE  S’EN DÉTACHENT ET OUVRENT LEURS PROPRES CHEMINS AU MILIEU D’UNE FORÊT DE CUIVRES.


2017, son année du Jazz

The Source. Son nouvel album porte bien son nom, car Tony Allen y revient aux origines. Celles de sa passion pour la batterie, inspirée par les géants comme Art Blakey ou Max Roach qu’il écoutait jeune homme. Car celui qui allait devenir le métronome de Fela n’a pas commencé par les percussions Yoruba, mais bien par cet instrument inventé aux Etats-Unis, adaptation urbaine et métisse des traditionnelles peaux d’Afrique.

Cette année, Tony Allen l’avait commencée avec un EP en hommage à Art Blakey. Avant de s’attaquer, dans un dialogue permanent avec le saxophoniste Yann Jankielewicz qui l’accompagne depuis bientôt neuf ans, à la préparation de The Source. Pour commencer, ils se livrent à des pings-pongs discographiques autour des Grands qui les inspirent : Art Blakey toujours, mais aussi Charles Mingus ou Gil Evans. Et de fait, l’album s’ouvre sur « Moody Boy », titre qui rappelle le fameux disque Blues & Roots de Mingus. Mais si les références et les ancêtres sont importants, les morceaux de The Source s’en détachent et ouvrent leurs propres chemins au milieu d’une forêt de cuivres. La batterie y avance, royale, entourée par les arabesques sophistiquées que dessinent les sax, le trombone ou le tuba. Comme dans le magnifique « Tony’s Blues », où les polyphonies cuivrées virevoltent autour de la batterie d’Allen et de la guitare du Camerounais Indy Dibong.

Si cet album, signé sur le mythique label Blue Note, sonne terriblement jazz, l’afrobeat
n’est jamais loin, et refait irruption avec son implacable rythmique (Wolf Eats Wolf). Rien de surprenant finalement, puisque le jazz a puisé en Afrique et que l’afrobeat s’est nourri de jazz, formant un boucle vertueuse et toujours actuelle. C’est ce que démontre Tony Allen.

Tony and friends

Dans The Source, les instrumentistes – tous brillants –  sont bien servis, et déploient chacun leur solo. Quant à Tony Allen, il est partout : devant, derrière, autour… subtil et omniprésent, sans jamais se mettre en avant. D’autres compagnons de route, comme Damon Albarn (piano sur « Cool Cats ») ou Vincent Tarrière (clavinet) rejoignent Tony le maître de cérémonie sur ce disque de toute beauté, enregistré à l’ancienne, sur bande, comme on le faisait au temps, justement, d’Art Blakey (et de Fela aussi).

Certains des musiciens qui accompagnent le génial batteur sur The Source seront sans doute de la partie samedi 9 septembre, puisque Tony Allen se produit à Paris, au Festival Jazz à la Villette. Une bonne occasion de se re-sourcer.

Regardez l’interview ‘Tony Allen, le pionnier de l’afrobeat‘ :