Un concert, une école : l’African Revolution de Tiken Jah Fakoly passe par l’éducation

Le week-end dernier, le reggaeman ivoirien inaugurait en Guinée Conakry la sixième école Tiken Jah Fakoly. Grâce au programme Un concert, une école, le chanteur basé à Bamako poursuit avec ses partenaires son effort en faveur de l’éducation en Afrique. Reportage à Sokoro, dans le Nord de la Guinée, par Mory Touré.

Vendredi 10 novembre au soir

Tiken Jah, tout heureux, quitte Bamako pour Siguiri (Guinée-Conakry, à 205 km de Bamako). En route, quelques escales : Siby pour commencer, à 50 km de la capitale, où Tiken Jah a construit son ranch, et où il organisa la première édition du festival historique du Manding. Cap ensuite sur Kouremale, la ville frontalière. A l’approche du véhicule du chanteur, les corps habillés (terme générique pour tous ceux qui portent un uniforme) s’attroupent en désordre. Qu’on ne s’y trompe pas, ils se pressent non pour le contrôler, mais pour faire des photos souvenir avec lui. Côté guinéen, même traitement mais le bouche à oreille nous a déjà précédé, et partout en route les bramoghos, les gars du quartier viennent le saluer. Du coup, de journaliste, me voici devenu garde du corps, comme les autres confrères qui nous accompagnent. Jusqu’à Siguiri, on traverse une zone aurifère surpeuplée, dont les villes sont brusquement sorties de terre à la faveur de la fièvre de l’or. Cette région est devenue un eldorado pour des aventuriers de tous les pays voisins. Un petit far west où les services publics font défaut, et où les enfants suivent les parents à la mine pour travailler dans des conditions extrêmement périlleuses. C’est sûr, ils seraient mieux à l’école.

Samedi 11 novembre

C’est la foule des grands jours à Sokoro, un gros village de 5000 âmes non loin de Siguiri. Le ministre de l’éducation Guinéen, Ibrahim Khalil Konaté a fait le déplacement, tout comme les autres partenaires qui ont contribué à la construction de cette nouvelle école primaire publique. Trois classes flambant neuves, quand le village jusqu’ici n’en comptait qu’une, où s’entassaient près de 100 élèves.

« Celui qui a construit une école a fermé 1000 prisons, celui qui construit une école a empêché 1000 jeunes guinéens d’emprunter la voix de la Méditerranée »

Cette école est née des deux concerts que Tiken Jah a donnés en 2015 à Clichy et Epinal, deux villes françaises. A Epinal, dans les Vosges, le groupe français Sinsemilia a rejoint Tiken sur scène, apportant sa contribution au projet. Grâce à la recette des deux soirées, 50.000 euros ont été collectés pour financer cette nouvelle école. Caritas France et l’ONG enfants du Globe ont également complété l’enveloppe.

Devant les parents et enfants rassemblés à l’école, le ministre guinéen de l’éducation (qui a affecté les enseignants dans cette nouvelle école) salue l’initiative : « Celui qui a construit une école a fermé 1000 prisons, celui qui construit une école a empêché 1000 jeunes guinéens d’emprunter la voix de la Méditerranée, celui qui a construit une salle de classe a empêché l’analphabétisme. » Aux adultes du village, il demande qu’on épargne les enfants, qu’on ne les envoie plus à la mine. De fait, cette région où l’on exploite l’or a l’un des plus faibles taux de scolarisation du pays. Le symbole de cette nouvelle école n’en est que plus fort. Certains profitent d’ailleurs de la présence du ministre pour appeler l’Etat Guinéen a renforcer son investissement sur place, en construisant de nouvelles classes pour l’école et en l’équipant d’une pompe à eau et d’une cantine scolaire.

« Mon rêve, c’est de construire une école dans chaque pays africain : que dieu me donne longue vie pour que ce rêve se réalise, car l’école reste la base de tout développement. »

Depuis le lancement d’ « un concert, une école » en 2007, Tiken Jah et ses partenaires ont fait sortir de nouvelles écoles au Mali, en Côte d’Ivoire, au Niger, au Burkina Faso, et désormais en Guinée.

« Mon rêve, dit le chanteur, c’est de construire une école dans chaque pays africain : l’Afrique fait 54 nations, que dieu me donne longue vie pour que ce rêve se réalise, car l’école reste la base de tout développement. »

Tiken Jah, le ministre et ses partenaires sont allés voir les élèves dans les classes, en leur prodiguant des conseils. L’artiste en a profité pour rappeler son credo : « Personne ne viendra changer l’Afrique à notre place », et interpeller les Etats africains : « il faut que la population soit éduquée, que le taux d’alphabétisation soit élevé comme dans les pays développés. Une fois à ce niveau, l’Afrique changera automatiquement. Que nos Etats encouragent de plus belle l’éducation, parce que notre révolution et notre développement passeront par là. »

« Un concert, une école » suit son bonhomme de chemin. Avant de reprendre la route vers le Mali, les confrères de la presse guinéenne n’ont pas manqué d’interroger le reggaeman sur la perspective d’un 3ème mandat pour le président Guinéen, Alpha Condé. Sobre, ce dernier a simplement répondu qu’Alpha Condé rentrerait dans l’histoire s’il y renonçait. Autant, en effet, éviter la tentation de la troisième dose, très en vogue ces derniers temps sur le continent africain.

Photo une : AFP PHOTO / FLORY MUMENA. photos à Sokoro Mory Touré.