Soul Bang’s, au nom des femmes

La star guinéenne se raconte à travers les femmes de sa vie.

Avec son 4e album, Yelenna, l’auteur-compositeur et interprète guinéen entend prouver au monde qu’il est bien plus que le « Boss du RnB », un surnom dont il a hérité dès l’adolescence au pays. Et parce que le lauréat 2016 du prix Découvertes RFI y célèbre les femmes en soussou, en poular, en malinké, mais aussi en lingala, en français et en anglais, on a profité de son passage à Paris pour savoir qu’elles étaient celles qui avaient façonné sa vie.

Après « Miraboloba » (Je te t’abandonnerai pas) qui figurait sur ton 2e album, ton nouvel opus s’ouvre par le titre « N’na Lé » qui signifie « c’est ma mère » en soussou. Pourquoi est-ce important pour toi de lui dédier à nouveau un titre et que dis-tu dans cette chanson ?

Ma mère est fondamentale dans ma vie. Si j’étais restaurateur, je viendrais tous les jours chez elle lui apporter des plats bien garnis pour lui prouver à quel point je l’aime (rires) ! Je chante pour des personnes qui ne me connaissent pas, pourquoi pas pour la personne qui m’a mise au monde ? C’est important. Dans « N’na Lé », je pris Dieu de lui donner la santé et une longue vie. 


Était-elle effrayée lorsque tu as choisi de faire de la musique ton métier ou t’a-t-elle toujours soutenue ?

Au début c’était chaud ! Chez nous, en Afrique, quand le papa ne veut pas, même si la maman veut, elle doit se rallier derrière le papa. Et mon père, que son âme repose en paix, ne voulait pas que je sois chanteur. Ma maman, au début, elle avait peur parce qu’au quartier on disait que la musique c’était un monde de débauche. La première fois que je suis monté sur scène (à l’âge de 11 ans avec le groupe de rap Micro Méga NDRL), elle m’a attrapé par les oreilles et m’a fait descendre du podium parce qu’on lui avait dit que je fumais, ce qui n’était pas vrai. J’étais en larmes. On est allé chez le grand frère chez qui on répétait et il lui a dit : « votre enfant, c’est le plus sage de tous ceux qui viennent ici, il ne faut pas vous en faire ». Mais elle n’était pas vraiment rassurée, elle tenait à ce que je reste concentré à l’école et donc j’ai toujours été premier de ma classe. Et puis on a commencé à jouer mes chansons à la radio, on parlait de moi de gauche à droite dans le quartier. Les gens sont venus lui dire « votre enfant a un talent incroyable, il faut le soutenir. » C’est ce qu’elle a fait et aujourd’hui elle est fière de moi. 
 


Le titre « 
Un sens à ma vie » est dédié à ta femme, Manambé Kanté, la fille d’une autre icône de la musique guinéenne, Mory Kanté. Tu lui donnes plein de petits noms dans cette chanson : « ma chérie » ; « ma sublime » ; « ma beauté » ; « ma sexy ». Qu’est-ce que tu lui dis d’autre ?  

En soussou, je lui dis que c’est ma préférée, qu’elle est la seule et aussi que c’est ma dulcinée. Lorsqu’on s’est mariés, elle avait 21 ans et moi 24. Les gens sont venus me dire que j’étais trop jeune, que j’avais ma carrière à gérer. Je leur ai répondu que j’avais trouvé la bonne personne qui, en plus, a été validée par ma mère. À travers ce morceau, je tenais à la remercier. Non seulement on se comprend et on se complète, mais, en plus, elle m’accepte comme mari malgré le fait que je sois une star aux yeux des Guinéens et donc une personne autour de laquelle les filles courent. De pouvoir l’accepter et rester avec moi, c’est énorme.


Manambé Kanté est chanteuse elle aussi. De quoi parle son premier single « 
Nany Baly«  ?

Quand un homme aime une femme ou inversement, cette personne s’appelle « nany baly » en malinké. Cela signifie que l’on ne doit pas l’insulter ou la frapper, on doit la respecter. Cette chanson parle de la valeur de la femme au sein d’un foyer. C’est aussi le titre de son 1er album qui sortira le 26 avril sur le label que j’ai fondé, Rnb Boss Musik. On y chante un morceau ensemble. Et aussi un morceau tous les trois avec son papa, Mory Kante. Le nouveau phénomène du rap guinéen, pour ne pas dire africain, Gnamakalah (l’autre groupe du label Rnb Boss Musik, NDRL) sera également sur l’album.


En parlant de tes influences, tu cites de nombreux chanteurs (Mory Kante, Salif Keita, R. Kelly ou Craig David), mais aucune chanteuse…

Il y en a pourtant : Brandy et Mary J Blidge en tête. Et puis il y a aussi une chanteuse arabe qui me faisait pleurer toute la nuit quand je l’écoutais petit. Si je voyais la pochette, je la reconnaîtrais tout de suite ! Mais malheureusement j’ai oublié son nom. 
 


Avec quelle chanteuse aurais-tu rêvé de collaborer ?

Shola Ama ! Elle chantait avec Mory Kante sur « Nin Kadi« . J’adorais le morceau à cause d’elle.


Avec quelle chanteuse rêverais-tu de collaborer ?

Sans aucun doute : Alicia Keys. Sur mon 2e album, le titre « Essanamindé«  reprend l’instrumental de « Fallin » », il fait pleurer les gens !


Quelles sont les femmes qui t’inspirent ?

Il y en a beaucoup, car j’ai toujours été aidé par les femmes. Je pense notamment à Maman Odile. Je l’ai connu il y a 10 ans à Dakar. À l’époque, je pensais qu’il fallait que je sorte mon album ailleurs pour revenir ensuite au pays. Une fois arrivés au Sénégal, on a eu pas mal de déconvenues avec mon manager. On s’est retrouvés sans argent et on a commencé à dormir dans la rue. De fil en aiguille, on a rencontré Maman Odile. Il n’y avait pas de place où dormir chez elle, mais, chaque soir, elle nous arrangeait la terrasse et on sortait les matelas. Elle nous a hébergés pendant près de trois mois ! À chaque fois que je suis à Dakar, je vais la voir. Cette femme est d’une générosité incroyable, tout le quartier vient manger chez elle.

Parmi les femmes qui m’inspirent, il y a aussi, chez nous, Domani Doré (femme politique, ex-ministre en charge des Sports, NDRL). C’est une battante, quelqu’un qui a un grand cœur. Pour moi c’est une référence. Elle m’a toujours conseillé. À chaque fois qu’on s’est rencontré, même dans la rue, elle me disait : « il faut croire en ton talent, tu vas aller encore plus loin ».


Tu as la possibilité de vivre ailleurs, mais tu as choisi de rester en Guinée pour, je te cite, « prouver à la jeunesse que l’avenir est aussi possible chez nous, bien que ce ne soit pas facile ». Tu milites, entre autres, pour la lutte contre Ebola et le paludisme. Est-ce que tu serais prêt à apporter ton soutien à des mouvements, comme le collectif
#PasSansEllesGN
, qui se battent pour que les femmes soient davantage représentées dans tous les domaines d’activités de la société guinéenne ?

Bien sûr, si on me contacte, je répondrai présent. Souvent, dans notre société, la femme est seulement considérée comme une femme au foyer. Mais si on estime que la femme est la base de la vie, pourquoi l’éloigner ? Pourquoi le dire verbalement et ne pas l’appliquer ? Il est temps de pouvoir mettre tout ça en évidence. Moi je le fais dans mes chansons en faisant comprendre que rien ne peut fonctionner sans les femmes. Dans Yelenna (Souris-moi, en malinké) je parle de la beauté des femmes, de leur dévouement à assurer l’équilibre et les besoins de la famille, mais aussi de leur engagement dans les luttes émancipatrices, de leur humanisme. Avec ce morceau, je souhaite leur redonner confiance et rappeler à tous l’importance de leur rôle dans la société. On me dit : « toi tu es trop amoureux ! » Mais si je chante les femmes ce n’est pas pour ça, c’est parce que je crois en la femme, je crois en elles.

Soul Bang’s, Yelenna, 2019 (Sony Music)

En concert le 10 avril à Atlantic Music Expo au Cap Vert.

Lire ensuite : Sous la lune, avec Mayra Andrade