Rachid Taha, le rocker de casbah, est décédé

Le chanteur Rachid Taha s’est éteint mardi, des suites d’une crise cardiaque. Il aurait fêté le 18 septembre ses 60 ans. Enfant du rock, adepte des croisements musicaux tous azimuts, il fut aussi l’un de ceux qui œuvrèrent pour que la France reconnaisse tous ses enfants.

Photographie de Charlélie Marangé

Rachid Taha est parti serein, dans son sommeil. Une mort aussi précoce qu’inattendue pour l’artiste bouillonnant, fêtard et généreux qu’il était. Parti de Lyon au début des années 80 avec son groupe Carte de Séjour, il se fit d’abord connaître avec le titre « Douce France », reprise de Charles Trenet à la sauce oranaise.

Trois ans auparavant, il participait à la Marche pour l’égalité et contre le racisme (surnommée « la marche des beurs »), dont l’élément déclencheur fut une bavure policière survenue justement dans la banlieue, de Lyon. Toute sa vie, il restera porteur de ces combats, dans ses prises de position publiques comme dans ses chansons.

D’ailleurs, en choisissant pour son groupe le nom « Carte de Séjour », il avait déjà annoncé la couleur. Sa reprise de « Ya Rayah » [1997] s’inscrivait dans la même trajectoire, puisque c’était l’une des chansons de Dahmane El Harrachi, l’un des noms emblématiques du vaste répertoire de chansons nées de l’immigration algérienne en France, auquel Mouss & Hakim du groupe Zebda ou le spectacle Barbès Café rendront eux aussi plus tard hommage. La chanson en version Taha est un immense succès international. L’année d’après il est de l’album (et de la tournée) 1,2, 3 Soleils qui fait un malheur en France, en compagnie de Khaled et Faudel.

Bien sûr, parmi ses tubes, il y a aussi la géniale reprise des Clash, « Rock The Casbah ». Enfant du rock et du chaâbi, elle le résumait à merveille. Mick Jones, le guitariste des Clash, en était fan.

Le parcours de Taha, capable de débarquer tardivement sur les scènes parisiennes pour un bœuf avec ses amis, est trop long et trop riche pour tout raconter ici. Rachid Taha revendiquait toutes ses racines [y compris celles qu’ils s’était choisies] et notamment son africanité, tout en se moquant avec goût des couleurs. Comme Francis Bebey, dont il avait repris le croustillant « Agatha ».

Esprit libre, il n’aimait pas se faire enfermer. Il disait d’ailleurs qu’il était « algérien toujours, français tous les jours ».

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