Orquesta Akokán : Cuba, du fond du cœur

L’orchestre, qui réunit un all stars de musiciens cubains et new-yorkais, ressuscite avec brio la grande époque du mambo.

Akokan, en yorouba, signifie « du fond du cœur ». Or, on le sait, le yorouba est la langue africaine qui a dominé les cultures et les cultes afro-cubains et afro-brésiliens, sources des musiques sacrées puis profanes qui, bien après l’abolition de l’esclavage, feront le tour du monde. Akokan, c’est aussi le nom que s’est choisi cet orchestre qui rappelle la Banda Gigante du « Sonero Mayor » cubain Beny Moré. Et de fait, autour du chanteur José « Pépito » Gomez, nous voici transportés dès le premier titre dans La Havane des années 50, quand le mambo régnait en maître. Car bien avant de s’installer à New York, le chanteur est né et a grandi à Cuba avec les chansons d’ « El Beny » ou de son infatigable comparse Perez Prado (dont la chanson « Babarabatiri » est même citée en clin d’œil). Devenu New-Yorkais en 2008, Pépito Gomez rencontre Jacob Plasse, fondateur du label Chulo Records ainsi que Mike Eckroth, pianiste amoureux des musiques cubaines. Ce dernier deviendra l’arrangeur d’un projet aussi ambitieux que réussi, dont la sortie est prévue pour le 30 mars.

Enregistré dans le mythique studio Areito de la capitale cubaine, il réunit autour du trio évoqué le pianiste César « Pupy » Pedrosa (Los Van Van) mais aussi la section de saxophones du célébrissime groupe Irakere et les percussionnistes du groupe NG La Banda. Bref, du beau linge, mais tout ça ne suffit pas nécessairement à faire un bon disque. Mais Orquesta Akokán, car c’est aussi le nom de l’album, est un magnifique hommage à l’une des époques, à une couleur musicale et des accents qui semblaient s’être évanouis avec la mort de ses héros d’antan (Arsenio Rodriguez, Perez Prado & Beny Moré, Israel Lopez Cachao….). Mais pas seulement…

Le « Mambo Rapidito » qui ouvre le disque est un sommet : après un prélude riche en harmonieuses dissonances du piano, voici les cuivres qui explosent pour donner le véritable coup d’envoi. Mais voici que le silence se fait. Suspense. Basse et cloche déboulent pour tenir la corde, tandis que le chanteur, José « Pépito » Gomez donne la consigne : « savoure ça mama, voici venu le mambo ! ». Les cuivres, qui prenaient leur respiration, reviennent prendre leur place avec ces motifs rythmiques typiques du mambo… L’affaire est lancée, on sait déjà que l’on n’en sortira pas indemne, ni sans une irrépressible envie de danser.

L’Orquesta Akokán se promène dans les répertoires cubains, un peu de rumba par-ci, un boléro par là – en hommage à Elegua (Legba au Bénin, la divinité messagère, qui ouvre les chemins), avec toujours un soin particulier au son : celui des percussions afro-cubaines, le lustre étincelant des cuivres, la voix de Pépito Gomez qui plane, pleine de sentiments… Bref, c’est peu dire que nous avons aimé ce disque. Il ressuscite une époque que nous n’avons pas connue, mais qui gagne toujours à l’être. D’autant qu’apparemment, grâce à l’Orquesta Akokán, elle n’est pas révolue.

Lire ensuite :  De Mada à Cuba, le maloya métisse de Lindigo : un remède à tous les maux