L’album African Rhythms du mythique groupe Oneness of Juju ressuscité

Le label Strut réédite ce bijou paru en 1975, véritable bombe des dancefloors.

Oneness of Juju est une comète qui a traversé le ciel des années 70, et qui n’a jamais cessé sa course depuis. Le groupe, rebaptisé Plunky and Oneness en 1988 continue d’exister sous la houlette de l’un de ses fondateurs, le saxophoniste James Plunky Branch.

Plunky forme le groupe en 1971 avec des camarades embauchés comme lui sur un spectacle théâtral : La résurrection des morts, signé du dramaturge Marvin X. Tous ont en commun d’être, comme on dit à l’époque, « afro-centrés », et prennent des noms africains pour revendiquer leur lien avec la Terre mère (Motherland) africaine dont les Noirs américains ont été arrachés. Kent Parker, le bassiste et compagnon de route de Plunky (avec lequel ils formèrent le groupe The Soul Syndicate à la fin des années 60) se rebaptise ainsi Ken Shabala. Réunis à San Francisco pour le spectacle, les musiciens décident de rester ensemble à la fin de la production et se baptisent Juju, le mot anglais qui désigne aussi bien les talismans, les gri-gris, que la magie ouest-africaine.

À l’avant-garde des expériences jazz de l’époque, jouant dans les grands rassemblements militants avec Pharoah Sanders, Sun Ra ou Bill Summers, ils enregistrent leur tout premier album – A Message From Mozambique en 1972. Le titre est évidemment une marque de soutien à ce pays d’Afrique, alors en pleine guerre de libération. Il paraîtra sur le label Strata-East Records. Dans la foulée, le groupe quitte San Francisco et s’installe à New York où le saxophoniste Ornette Coleman les accueille dans son loft de Soho. Après un second album en 1974, la formation évolue, et le bassiste comme le percussionniste décident de rentrer à San Francisco. Leurs remplaçants Ronnie Toler (percus) et Muzi Branch (le frère de Plunky, à la basse) insufflent un nouveau groove dans le groupe, désormais rebaptisé Oneness of Juju. Ils intègrent également la chanteuse Jacqueline Holoman (aka : Lady Eka-Eté).

Désormais, le son du groupe se pimente de funk, gonfle ses percussions afro-cubaines, flirte avec les sentiers du disco et de ce qui bientôt, deviendra le hip-hop. C’est exactement ce son : militant, festif et souvent psychédélique qui explose dans African Rhythms, le premier disque de la formation, nouvelle mouture. L’album paraît en 1975 sur le label Black Fire Music. À sa sortie, le disque marque les esprits, en particulier à Washington DC où le groupe est souvent invité à se produire, et où il partage à plusieurs reprises la scène avec Gill Scott-Heron, Hugh Masekela, mais aussi Funkadelic, Kool and the Gang, Mandrill…

African Rhythms marque certainement le début de l’âge d’or du groupe, qui connaîtra également son heure de gloire dans les clubs londoniens au début des années 80 avec le single « Every way but loose » (12 minutes). On a dit du groupe qu’il était le chaînon manquant entre Pharoah Sanders et Kool and the gang, à la croisée du jazz psychédélique, du funk et de la disco. Et toutes ces couleurs brillent déjà magnifiquement dans African Rhythms, à écouter absolument.

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