L’icône zimbabwéenne Oliver « Tuku » Mtukudzi est décédée

La légende Oliver Mtukudzi, père de la « Tuku » music, a succombé à son combat contre le diabète à l’âge de 66 ans.

Le guitariste autodidacte, auteur d’une soixantaine d’albums, est décédé ce mercredi 23 janvier dans un hôpital de la capitale, Harare. À l’annonce de son décès, de nombreux artistes du continent, mais aussi politiciens nationaux ont pris la parole pour lui rendre hommage. Mtukudzi devrait être sacré héros national à titre posthume, décoration généralement réservée aux personnalités politiques du Zimbabwe.

Si son décès émeut de manière aussi consensuelle la nation, c’est que sa musique dépassait les clivages politiques, évoquant plutôt le quotidien des Zimbabwéens. Il était notamment connu pour son engagement envers la jeunesse de son pays, mais aussi pour ses paroles sensibilisant à des questions telles que le VIH, l’alcoolisme et la place des femmes dans la société (notamment dans son tube « Neria »). En 1980, il célèbre l’indépendance du Zimbabwe en chantant le nouvel hymne national, « Ishe Komborera Africa » (Dieu bénisse l’Afrique). Seule prise de parti reconnue, même à mots couverts : son morceau « Bvuma Wasakara » sorti en 2001, dont le titre signifie « accepte d’être vieux » en shona, fut interprété comme un message à Robert Mugabe, à la tête du pays depuis 1980, pour qu’il prenne sa retraite.

Influencé par Thomas Mapfumo , il développa un mélange très personnel des genres traditionnels zimbabwéens (dont certains sont cousins de ceux de l’Afrique du Sud voisine). « J’ai essayé de combiner tous nos différents rythmes (traditionnels), qui sont la libre et véritable expression des zimbabwéens de toutes régions, et d’en faire une musique nationale« .  « Tuku music« , ainsi baptisa-t-il ce style qui n’appartenait qu’à lui. Oliver « Tuku » Mtukudzi chantait en shona, la langue majoritaire, mais s’appliquait aussi à faire traduire ses textes pour en faire des versions en ndebele, comme pour mieux indiquer qu’il n’était pas l’homme d’une ethnie, mais de toute le Zimbabwe.

Le même Thomas Mapfumo, autre géant de la musique zimbabwéenne moderne, lui rendait la nuit dernière un hommage appuyé sur sa page Facebook :

« Oliver était un homme du peuple. Ce qu’il chantait venait du coeur, il parlait avec clarté, sans arrière-pensées.  Son succès reposait sur une solide confiance dans sa culture, son sens de la cohésion (ubuntu), et sur le sujet qui fut le plus important dans sa vie : les gens.  »

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