La musique, soft power cubain en Afrique

Fidel Castro & Malcom X, à l'hotel Teresa (Harlem, 1960)

Fidel Castro n’est plus. Avec lui s’éteint pour de bon une époque. Celle où Cuba faisait des émules en Afrique : par sa révolution, tout autant que sa musique !

Cuba menait la fronde permanente contre l’hégémonie des Etats-Unis, et plus largement celle des puissances occidentales. Un combat politique, militaire, mais aussi culturel qui trouva en Afrique son meilleur terrain d’expression. Dans la guerre froide que se livraient Washington et Moscou, Cuba jouait en Afrique les premiers rôles et tentait d’exporter son socialisme tropical. En Afrique, la révolution cubaine était auréolée de légende : elle avait réussi à s’imposer contre le géant américain, et ce, dans une période où la plupart des Nations africaines s’impatientaient d’accéder à l’indépendance. Enfin, cette révolution triomphait dans une île qui jouissait d’un immense capital sympathie sur le Continent, où la vogue des musiques afro-cubaines battait son plein. Ce capital sympathie, la politique étrangère cubaine sut en tirer profit.

Castro dès son accession au pouvoir avait proclamé sa solidarité avec les peuples encore colonisés, en particulier ceux d’Afrique, mais aussi avec les Noirs des Etats-Unis qui vivaient toujours sous le régime de la ségrégation, guère plus enviable que le joug colonial. En septembre 1960, lors de son premier voyage à New York, où il doit s’adresser à l’Assemblée des Nations Unies, il s’installe à Harlem.  C’est là, à l’hôtel Theresa, lieu de réunion des intellectuels et politiques Noirs-Américains, que Gamal Abdel Nasser, Malcom X ou Nikita Kroutchev lui rendent visite. Le quartier où depuis les années 30 bat le cœur créatif de l’Amérique noire devient quelques jours durant le centre du monde, et la tribune du Tiers-monde.  Un lien étroit se tisse dès lors entre les mouvements révolutionnaires noirs et Castro.

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Non content d’accueillir des milliers d’étudiants venus de tous les pays socialistes, en particulier ceux d’Afrique, Cuba invitait régulièrement les dirigeants africains, escortés pour l’occasion par les meilleurs artistes de leur pays. En 1978, c’est aussi à la Havane que se tint le Festival mondial de la jeunesse, une grand-messe culturelle où chaque « pays frère » envoyait ses meilleurs artistes.

Les membres du Super Mama Djombo (Guinée Bissaau) furent de l’événement. Un an auparavant, leur chef d’orchestre Atchutchi, ancien maquisard durant la guerre d’indépendance du Mozambique, était parti à la Havane pour une année d’étude en sciences politiques. Pour le Festival mondial de la Jeunesse de 1978, il écrivit une chanson dédiée, que le Mama Djombo interpréta pour la première fois à Cuba.

Le Mama Djombo accompagnait alors le Président Luis Cabral, demi-frère d’Amilcar Cabral, le héros et martyr de l’indépendance du Cap Vert et de la Guinée Bissau.

C’est que la Révolution ne pouvait que s’accompagner d’une révolution des mentalités, et pour cela la musique restait le meilleur des vecteurs.

Avant cela, le Bembeya Jazz, Les Bantous de la Capitale, et bien d’autres encore avaient fait partie des heureux élus invités à la Havane, la « Mecque des musiciens » comme l’appelait Sekou le Growl Camara, trompettiste et animateur du Bembeya Jazz. Il se souvient de ce voyage dont le clou fut assurément la rencontre de l’orchestra Aragon, dont les disques avaient suscité tant de vocations chez les musiciens africains. Demba Camara, la voix d’or du groupe, avait même interprété à Abelardo Barroso son fameux titre « En Guantanamo »  que reprendront plus tard aussi en Afrique Laba Sosseh et Tabu Ley.

Quant à Nino Malapet, le chef d’orchestre des Bantous de la capitale, il avait été bluffé par l’incroyable rencontre avec ses cousins d’Amérique, qui vivaient la musique comme on le faisait chez lui au Congo.

Tous ces musiciens furent marqués par leur séjour à Cuba : moins tant pour l’expérience révolutionnaire qu’ils pouvaient y acquérir que pour l’incroyable variété de ses musiques qui, toutes, devaient quelque chose à l’Afrique. Et de facto, avec la figure du Che, c’est bien la musique qui servit de meilleur ambassadeur au pays de Fidel.

Cette semaine, PAM vous propose de revenir sur l’incroyable influence des musiques cubaines en Afrique. Bienvenue dans la saga de l’afro-cubain : Episode 1, Episode 2, Episode 3, Episode 4.

Photo couverture : Fidel Castro & Malcom X, à l’hotel Teresa (Harlem, 1960)