Une musique, une histoire : « Sapologie», Papa Wemba [Comme un roman]

STR/AFP source rfimusique.com
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Voilà une des chansons emblématiques de la S.A.P.E., entendez la Société des Ambiançeurs et Personnes Elegantes. Papa Wemba, décédé le 24 avril dernier à Abidjan, en fut l’un des héros, pour ne pas dire l’une des idoles. Ce mouvement, qui porte au firmament l’élégance vestimentaire, l’originalité et la créativité de ceux qui s’habillent avec soin, est né dans l’entre deux guerres à Brazzaville, avant de traverser le fleuve pour se répandre dans la capitale jumelle, Léopoldville (aujourd’hui Kinshasa). Les anciens combattants congolais, rentrés au pays avec des accoutrements européens, y furent pour beaucoup.

« Vous les Blancs vous avez inventé le tissu, mais la Sape, c’est nous »

Dada, sapeur brazzavillois

Il faut dire que s’habiller avec fantaisie était et demeure une manière de s’exprimer librement, en particulier dans des régimes qui brident voire briment les populations. Le Congo Brazzaville, socialiste, avait le goût de l’uniforme, quant au Zaïre de Mobutu, il avait excommunié le costume occidental en imposant l’Abacost (entendez : « à bas le costume », dont la veste sans col rappelait la mode maoïste). Dans les deux cas, en ne suivant pas les codes imposés, les sapeurs proclamaient leur liberté en s’habillant avec art, et comme bon ils l’entendaient.

Dans les années 80, le mouvement connut un nouveau souffle et Paris devint l’arène des défis entre sapeurs de la diaspora congolaise, notamment lors des soirées du Rex dont rendit compte Jean François Bizot dans le magazine Actuel et bientôt sur Radio Nova.
Des figures comme Djo Balard, ou encore Stervos Niarcos écrivirent alors, en lettres d’or, leur nom sur le glorieux fronton des immortels sapeurs.

Au centre, Stervos Niarcos. A sa droite, Papa Wemba. Source : mbokamosika.com
Au centre, Stervos Niarcos. A sa droite, Papa Wemba. Source : mbokamosika.com

Stervos Niarcos fut aussi un remarquable auteur-compositeur, signant par exemple la chanson Proclamation interprétée par son ami Wemba, qui grandit avec lui dans les rues de Matonge, le quartier de l’ambiance kinoise. Wemba lui même devint un des grands-prêtres de la religion Kitendi, entendez la religion du tissu. Grand amateur des couturiers japonais (Yamamoto par exemple), mais aussi de la nouvelle vague française (Marité & François Girbaud, JP Gaultier etc…), ses costumes – à la scène comme à la ville- firent du chanteur un sapeur incontournable.
Rien d’étonnant alors à ce qu’il y fasse référence dans ses chansons, comme ici, Sapologie. Wemba – qui savait surfer sur l’air du temps en invitant de nouveaux talents – y a fait place à la rapeuse Nash, qui assène ses textes en nouchi, l’argot populaire des rues d’Abidjan. De quoi faire perdurer, au delà du Congo et par delà les générations, ce qu’il faut bien désormais appeler une tradition : la SAPE.

Ecoutez le titre de Papa Wemba « Sapologie» sur :

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Dans l’émission Comme un roman consacrée au polar « Tais-toi et meurs » d’Alain Mabanckou, vous pourrez retrouver une figure clef de la Sape : Le Bachelor, styliste fondateur de la griffe Connivence et propriétaire de la boutique Sape & Co dans le quartier Château Rouge, la République africaine de Paris.

Podcast à écouter ICI <

Et ne manquez pas le RDV de Vlad sur RFI dans l’émission « Comme un roman » samedi prochain à 10h !

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