L’étoile noire du Ghana, au firmament des indépendances

#GhanaFreedom part. I

À l’aube des années 60, la plupart des pays d’Afrique subsaharienne s’émancipent de la tutelle coloniale. Depuis la fin de la seconde guerre mondiale, la donne a changé. Les vieux empires ont été affaiblis par la guerre. La France a perdu à Diên Biên Phu et se bat en Algérie, l’Angleterre a du lâcher l’Inde, joyau de sa couronne, et les soldats africains des armées coloniales, qui ont combattu aux côtés des européens, reviennent au pays avec des désirs d’égalité. Sur place, un peu partout, des élites africaines se sont formées, et elles aussi aspirent à se gouverner elles-mêmes.

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C’est le cas en Gold Coast, territoire d’Afrique de l’ouest colonisé par les Anglais. Le 6 mars 1957, Kwame Nkrumah, premier ministre de la Goald Coast, proclame l’indépendance d’un nouvel état qu’il baptise Ghana, du nom glorieux d’un des anciens empires de l’ouest africain. Le Ghana, premier état d’Afrique subsaharienne à se libérer, fait figure d’étoile dans le ciel de ceux qui rêvent d’émancipation. Et dans tout le monde noir, en Afrique bien sûr, mais aussi aux États-Unis ou dans les Caraïbes, on fête la naissance du Ghana. Birth of Ghana, c’est le nom de cette chanson du Trinidadien Lord Kitchener, enregistrée à Londres en 1957.

Le 6 mars 1957, à Accra, devant le parlement, sur l’ancien terrain de polo cher aux Britanniques, une foule immense entend la fanfare jouer pour la première fois l’hymne du Ghana. Avant cela, Nkrumah, enthousiaste, solennel et plus que jamais combatif, prononce l’un de ses discours entré dans l’histoire de l’Afrique, et du panafricanisme :

« Our independence is meaningless unless it is linked up with the total liberation of Africa. »

« Notre indépendance n’a aucun sens si elle n’est pas liée à la libération totale du continent africain. »

Évidemment, ce n’est pas sans heurts qu’on est en arrivé là. Le parcours du premier ministre Nkrumah en témoigne : rentré en 1947 au pays après des études aux Etats-Unis et à Londres, il prend la tête du principal syndicat. Il fonde ensuite le CPP, la Convention of People’s Party, premier véritable parti de masse qui réunit des ouvriers aussi bien que des employés de bureau commis à l’administration britannique. À Accra, la capitale, leurs meetings et manifestations réunissent des foules massives, qui font de l’indépendance leur premier mot d’ordre. Leur leader, Kwame Nkrumah, est emprisonné.

Mais aux élections de 1951, son parti remporte une large victoire qui oblige les Britanniques à le relâcher. En février 1951, de prisonnier, il devient premier ministre. Dès lors, la marche vers l’indépendance se précise. E.T. Mensah, le roi du Highlife, y jouera sa partition.