La Guinée-Bissau vient de fêter ses 44 ans d’indépendance

Le 24 septembre 1973, l’indépendance de la Guinée Bissau était définitivement proclamée. En l’absence de celui qui fut son héros et penseur : Amílcar Cabral.

Au matin du 24 septembre 2017, le président bissau-guinéen Vaz a déposé une gerbe sur la tombe d’Amílcar Cabral (1924-1973), l’un des fondateurs du PAIGC (Parti africain de l’indépendance du Cap-Vert et de la Guinée Bissau). Né à Bafata (actuelle Guinée-Bissau), Cabral fit à Lisbonne des études d’agronomie. C’est là aussi qu’il rencontre ceux qui deviendront les leaders des luttes d’indépendance des autres territoires africains colonisés par le Portugal (Agostinho Neto d’Angola, Eduardo Mondlane du Mozambique).

« LES COLONIALISTES ONT L’HABITUDE DE DIRE QUE EUX, ILS NOUS ONT FAIT RENTRER DANS L’HISTOIRE. NOUS DEMONTRERONS AUJOURD’HUI QUE NON : ILS NOUS ONT FAIT SORTIR DE L’HISTOIRE, DE NOTRE PROPRE HISTOIRE, POUR LES SUIVRE DANS LEUR TRAIN, A LA DERNIERE PLACE, DANS LE TRAIN DE LEUR HISTOIRE » A. Cabral (1965)

En 1952, on l’affecte en Guinée-Bissau, dont il arpente le territoire, prenant profondément conscience de la situation des masses rurales qui joueront un rôle fondamental dans la lutte de libération. Quatre ans plus tard, le PAIGC est fondé, associant les deux territoires, Guinée-Bissau et Cap-Vert, dans la lutte politique pour  l’indépendance. Face à la répression portugaise, qui –entre autres- massacre les dockers du port de Pidjiguiti à Bissau, en 1959, le PAIGC entame une guerre de libération. (1963). L’essentiel se déroule dans les forêts profondes de la Guinée Bissau, mettant en échec l’armée portugaise.

Dans cette archive de l’INA, Cabral explique, en 1969, la situation sur le terrain et l’esprit de sa lutte de décolonisation.

Pendant dix ans, Cabral est partout, au front, dans les territoires libérés par le PAIGC (les deux tiers du pays en 1973), dans les grandes réunions panafricaines ou non-alignées (Alger, la Tricontinentale de la Havane), mais aussi en Guinée Conakry voisine, où le PAIGC a ses bases arrière.

Cabral y est assassiné le 20 janvier 1973. Il ne verra pas la chute du dictateur Salazar au Portugal, ni la proclamation d’une indépendance pour laquelle il a tant lutté.

« LA LIBERATION NATIONALE, LA LUTTE CONTRE LE COLONIALISME, LA CONSTRUCTION DE LA PAIX, LE PROGRES ET L’INDEPENDANCE SONT DES MOTS VIDES DEVOUES DE SIGNIFICATION S’ILS NE PEUVENT PAS ETRE TRADUITS PAR UNE VERITABLE AMELIORATION DES CONDITIONS DE VIE »

L’un des plus beaux hommages musicaux lui a été rendu par l’orchestre Super Mama Djombo de Guinée Bissau.

Sol Maior Para Commandante est un éloge funèbre enregistré à la fin des années 70 à Lisbonne, à l’intérieur duquel est lue la biographie de Cabral. Ici, le morceau est illustré par les images du photographe norvégien Knut Andreasson qui fit en novembre 70 le tour des zones libérées par le PAIGC pour témoigner de la vie des populations dans les zones contôlées par le PAIGC.

PAM reviendra sur ce titre mythique, épopée contemporaine inspirée du Regard sur le Passé que le Bembeya Jazz avait consacrée à Samory Touré.