Jocelyn Balu : « l’aigle de la révolte » fait escale au Cap Vert

À 29 ans, le jeune aigle Jocelyn Balu s’est posé pour la première fois à Praia.

À la veille de son concert à l’Atlantic Music Expo, il ne cachait pas son anxiété. Les aigles de la révolte, son groupe, devaient prendre l’avion à Kinshasa pour le rejoindre, mais les manifestations qui secouent la ville risquaient de compliquer leur trajet. Alors il a passé des coups de fil pour se rassurer. L’enjeu est de taille. Certes, il a déjà joué à Brazzaville, à Zanzibar, Dar es Salam ou Abidjan, mais c’est la première fois qu’il doit se produire devant un parterre de professionnels venus des quatre coins du monde. Lui-même, ses fans, ses amis ont participé au financement de son voyage au Cap Vert.


Répétition à Kinshasa

Petit frère spirituel des aînés Jupiter, Konono N°1 ou Mbongwana Star, il compte aussi faire entendre ici d’autres couleurs venues de son pays, dont la rumba rayonnante a pendant cinquante ans envahi toute l’Afrique, au point d’étouffer les autres musiques, souvent qualifiées (non sans une certaine dose de dédain) « musiques de recherche » par les ayatollahs de la rumba. D’où l’aigle. Un oiseau qui voit loin. Car si les poules se moquent de l’aigle quand il a du mal à prendre son envol, ensuite il plane dans le ciel plus haut que tous les animaux. D’ailleurs, la rumba des années 2000 s’est épuisée, rongée par le cancer des mabanga, dédicaces tarifées ayant pris peu à peu la place des paroles autrefois si léchées des lointains grands prêtres du genre. Et tandis que les rumbistes s’interrogent, les voies du public et des scènes étrangères se sont ouvertes aux dissidents musicaux.

Pourtant, comme la plupart des chanteurs de rumba, il a fait ses classes à l’église, dans le gospel. Remarqué par les musiciens, il a prêté sa voix à divers projets musicaux, notamment de rock et de jazz. De quoi incorporer de nouvelles couleurs à sa palette. Grand admirateur de Fela, certains de ses morceaux portent la marque de l’afro-beat, sans oublier les chants traditionnels, en particulier le kintweni typique de l’ancien Empire Kongo (à cheval sur les deux Congos actuels et l’Angola). Une fois mélangées dans le shaker, cela donne son style à lui, qu’il a baptisé kintweni punk !

Quant à la révolte, il la porte dans ses chansons. Le recrutement des enfants soldats, les appétits de pouvoir des puissants, et tant d’autres problèmes qui minent le continent défilent dans les titres de son premier disque, enregistré live à Kin, et de son nouvel EP, disponible sur les plateformes de téléchargement. Reste à voir si avec ses aigles, il décollera de Praia en ayant convaincu le public et les programmateurs présents à l’AME. Avant de rentrer à Kinshasa, il fera, c’est sûr, escale à Dakar. Il jouera vendredi 15 avril à 20H au Bastion Pirate dans le quartier de Ouakam.

BONUS : On a enregistré Jocelyn chanter une superbe version acoustique de son morceau Lekela lors de l’Atlantic Music Expo.

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