La playlist du sergent Dida, le héros du premier roman d’Olivier Rogez

Pour nous, Olivier Rogez a bien voulu imaginer la playlist du sergent Dida, le héros de son premier roman.

Paru à la rentrée, L’ivresse du sergent Dida est le premier roman d’Olivier Rogez, grand reporter à RFI, qui depuis 25 ans use ses semelles sur les routes et les pistes du continent. Et cela ce sent : cette fable sur la conquête et l’exercice du pouvoir par un petit militaire subitement arrivé aux commandes d’un pays à la dérive est, à n’en pas douter, pétrie de l’expérience du reporter et de ses années d’observations. À le lire, on croirait être en Guinée, et son héros, le sergent Dida, a de furieux airs de ressemblance avec le capitaine Dadis Camara qui prit le pouvoir à Conakry fin 2008.

Comme lui, le sergent Dida vient de nulle part. Il est, quoique sergent, un mendiant en treillis, et n’a, dans l’attente d’un hypothétique versement de sa famélique solde, que son uniforme fatigué pour lui servir de carte de visite. A côté de lui, le Cousin Militaire chanté autrefois par Donny Elwood est un nabab!!!

À la faveur d’une rencontre fortuite, celle du colonel Zoumana, Dida saisit sa chance et entre au service de ce baron d’un régime pourri jusqu’à l’os. Dida devient responsable de la gestion des stocks de carburant de l’armée, une vache à lait qui engraisse les gradés. Dadis Camara, lui aussi, est passé par là. Son homologue romanesque, Dida, finit par doubler son patron et, grâce à ses frères d’armes, sous-officiers et hommes de troupe, il s’empare du pouvoir.

Dadis Camara
Dadis Camara

Mais c’est là que le roman, qui ne prétend d’ailleurs pas coller à la réalité politique ou historique d’un pays en particulier, s’éloigne complètement de la Guinée et de son improbable capitaine vociférateur, dont le pouvoir est entaché du sinistre massacre de civils dans le stade de Conakry (le 28 septembre 2009). Tout aussi inexpérimenté, le capitaine Dida aurait pu devenir un nouveau prédateur, prêt à tout pour se maintenir au pouvoir. Bien au contraire, le pouvoir le change et, au lieu de la gaspiller, Dida choisit de saisir cette chance unique de changer le pays, de le révolutionner. Utopie ? Le capitaine Dida prend alors des accents qui rappellent ceux de Rawlings ou de Sankara. Et avec lui, on voudrait y croire. L’ivresse du sergent Dida pourrait-elle, après nous avoir fait craindre le pire, accoucher du meilleur ?

Thomas Sankara et Jerry Rawlings
Thomas Sankara et Jerry Rawlings

En réalité, malgré les analogies commodes ici soulignées, les personnages comme les situations sont un patchwork de mille personnages, mille situations qui donnent au roman son ancrage dans les réalités contemporaines africaines, et parsèment ses pages de figures truculentes comme seule la réalité peut en accoucher.

La grande force du livre est justement de nous les présenter dans leur profondeur, jamais manichéenne, pétris de contradictions comme tout bon être humain normalement constitué (qu’il soit chef de gang, ambassadeur d’une puissance étrangère, vendeuse au marché ou sergent devenu chef d’Etat). En cela, L’ivresse du sergent Dida est bien une fable qui dépasse les frontières africaines pour s’interroger sur le pouvoir politique et la manière dont il change, ou plutôt, dont ils révèle ceux qui un jour s’en saisissent.

Et parce que le sergent Dida lui aussi est mélomane, parce qu’il n’a pas dans son téléphone que de la musique militaire, Olivier Rogez a bien voulu imaginer la playlist qu’il a dans son téléphone, pour la partager avec vous.

La voici, à écouter en lisant L’ivresse du sergent Dida , éditions Le Passage, 2017 :

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