Hugh Masekela, géant du jazz sud-africain, s’est éteint

Hugh Masekela est parti. C’est ce qu’a annoncé sa famille ce matin. L’an dernier, à 77 ans, il avait dû annuler ses concerts, pour se consacrer à la lutte contre le cancer qui l’avait attaqué. Lutteur, Masekela l’aura été sa vie durant. Et c’est tout autant son génie musical que son infatigable militantisme qui font de lui un géant. On retrace son parcours en quelques morceaux.

Dans les années 50, à Johannesbourg, il joue avec l’un des plus fameux groupes de jazz : les Jazz Epistles, où figuraient le pianiste Abdullah Ibrahim, et le saxophoniste Jonas Gwangwa. En 2016, les trois se réunissaient, 60 ans plus tard, lors des cérémonies commémorant le quarantième anniversaire des émeutes de Soweto.

Au début des années 60, il part pour étudier à Londres mais embarque assez vite pour les Etats-Unis, où il fréquente Miles Davis et Dizzy Gillespie. Harry Belafonte le prend sous son aile.

La comédie musicale King Kong, qui rend hommage à un boxeur noir, quitte l’Afrique du Sud pour partir en tournée internationale. Miriam Makeba est du voyage, elle y prend le rôle titre. Masekela y joue la trompette solo. Les deux stars sud-africaines se marient.

1962. New York. Il enregistre son premier album : Trumpet Africa.

Makeba et Masekela, qui ne perdent pas une occasion pour dénoncer le régime d’apartheid qui sévit en Afrique du Sud, ne peuvent plus y rentrer. Leur exil va durer trente ans, et ne prendra fin qu’avec la disparition de l’apartheid et la libération de Nelson Mandela, au début des années 90.

1968. Sortie de Grazing in the Grass, un titre qui le porte en haut des charts américains.

Années 70. Masekela collabore avec les jazzmen et les musiciens de funk américain, mais il garde le contact avec le continent et ses musiciens. Il fait ainsi le pont entre l’Afrique et sa diaspora. Voilà comment il se retrouve, aux côté du producteur Stuart Lewin, directeur artistique du fameux festival musical « Zaïre 74 » qui précède le combat du siècle opposant, à Kinshasa, Mohamed Ali à George Foreman.

Lire aussi : Zaïre 74’, le mythique concert enfin accessible 

1976. Pétri de convictions panafricaines, Brother Hugh publie Colonial Man, un album qui revient sur les grandes figures (Christophe Colomb, Vasco de Gama) de la colonisation européenne. Le titre éponyme est resté célèbre : Vasco de Gama, he is no friend of mine.

La même année, le régime sud-africain décide de faire de l’Afrikaans la langue générale de l’enseignement. Des émeutes ont lieu à Soweto, le grand township noir de Johannesbourg. Elles sont réprimées dans le sang. Masekela et Makeba, bien que divorcés, ont gardé de bonnes relations. Il écrit pour elle ‘Soweto Blues’, en hommage aux martyrs des émeutes.

Années 80. Au début de la décennie, il installe un studio mobile au Botswana, à deux pas de la frontière Nord de l’Afrique du Sud. L’occasion de renouer avec le mbaqanga, le genre musical qui fait fureur au pays. Toujours engagé, il publie en 1987 une chanson qui deviendra l’hymne de tous ceux qui luttent pour la libération de Mandela.

‘Bring Him Back Home’. Hugh le joue lors de la grande tournée qui suit la parution de l’album Graceland par Paul Simon accompagné par une pléiade d’artistes sud-africains.

Au début des années 90, Masekela rentre au pays. Dès lors, il continue d’enregistrer des disques, tandis que ses premières œuvres sont republiées. Il a la cinquantaine, et plus que jamais , il arpente les scènes du monde entier. Lors d’un de ses derniers concerts à l’étranger, à Wizburg en Allemagne en 2016, il rendait hommage à ses amis musiciens de toujours (Miriam Makeba, Babatunde Olatunji, Manu Dibango) et aux récents disparus comme Papa Wemba.

Aujourd’hui, c’est à lui que les musiciens rendent hommage. Les politiques aussi :
« Il a gardé vivante la flamme de la liberté en luttant, grâce à sa musique, contre l’apartheid » déclarait ce matin Jacob Zuma, le président sud-africain.

Hugh Masekela a pris le train qui mène au paradis des musiciens. Bien différent du train minier (Coal train) qu’il chantait autrefois. Celui qui menait les ouvriers noirs des campagnes du sud de l’Afrique vers les mines d’or de la région de Johannesbourg.