Höröya, la nouvelle connexion Brésil-Afrique

Le groupe de São Paulo, avec leur troisième album, mêle avec bonheur et conviction traditions mandingues et afro-brésiliennes, jazz et afrobeat. 4 questions à son fondateur, André « Piruka » Ricardo.


Peux-tu nous parler de ton parcours et de la naissance du groupe Höröya ?

Le groupe est de São Paulo, et se compose de musiciens brésiliens et ouest-africains, c’est donc une connexion entre des cultures différentes qui établit un dialogue entre le Brésil et l’Afrique.

Pour ma part, je suis adepte du Candomblé, une religion afro-brésilienne. J’ai fait partie d’une école de samba, d’un groupe de capoeira, et je joue toujours dans quelques groupes de samba. Je travaille avec des musiciens originaires d’Afrique de l’Ouest depuis douze ans, et nous animons ensemble des ateliers de danse et de musique ainsi que des cours hebdomadaires.

J’ai déjà été en Guinée, au Mali, au Burkina plusieurs fois et j’ai joué là-bas avec des musiciens qui pour certains font partie du projet. Parmi eux, il y a Famoudou Konate, l’un des plus grands maîtres-djembé de la Guinée, et aussi Cheikh Tidiane Seck, qui est un incontournable maestro du Mali. Famoudou est le mentor du groupe Höröya. C’est lui qui a trouvé le nom du groupe, et il a joué avec nous sur le prochain album (Pan Bras’Afree’ke — Volume 2), qui sortira bientôt.

On a fait plusieurs concerts ensemble, et j’ai énormément appris de lui, en matière de musique, de culture, ou tout simplement de vie. J’ai eu le même genre d’expérience avec Cheik Tidiane Seck, un grand maestro du Mali.

Höröya est le résultat de ces expériences fondues dans une proposition musicale originale, qui distille l’essence de la culture des teirreros (les sanctuaires du candomblé, NDLR) et des villages, avec le soutien de maîtres que l’on révère. La percussion y est centrale, et le tout est fait pour la scène. Il est essentiel d’avoir des racines et une culture solide, et d’accorder de la valeur à nos origines.


Est-ce qu’en travaillant avec des musiciens africains cela vous a donné une meilleure connaissance des liens entre les musiques d’Afrique et du Brésil ? Quels sont les ponts qui vous ont le plus sauté aux oreilles ?

La musique est un pont entre les consciences, mais elle seule ne peut remplacer les relations. Ici, au Brésil, la vision de l’Afrique est très stéréotypée, creuse, et souvent baignée de romantisme. Le fait de voyager, de vivre et d’étudier auprès des maîtres dont j’ai parlé m’a aidé à construire des relations plus complexes avec la culture ouest-africaine. Les Afriques sont nombreuses, de la même façon qu’il y a plusieurs Brésil. Les liens entre l’Afrique et l’Amérique du Sud, deux continents dévastés par l’esclavage, le colonialisme et l’impérialisme, sont tortueux. L’héritage culturel des pays d’Afrique de l’Ouest (hormis celui du Nigeria), ici au Brésil, est moins connu que celui de l’Angola ou du Mozambique. Il est pourtant établi que des esclaves venus de ces régions ont été déportés ici. Dès lors, leur influence a aussi infusé la culture brésilienne. Cette partie de la culture a été vigoureusement ranimée grâce aux vagues d’immigration plus récente. Voilà pourquoi je dis que nous travaillons avec de vieilles, de nouvelles et de possibles traditions.


Dans le morceau d’ouverture, Ago, une voix féminine parle, pour définir Höröya d’une décolonisation des relations entre deux mondes qui déjoue la logique de non-communication ». Peux-tu expliquer ?

Ça veut dire que le système est organisé pour qu’il n’y ait pas de communication entre l’Afrique et le Brésil et plus généralement entre pays sous-développés. C’est difficile d’établir des relations de collaboration, d’abord parce que les communications entre nos pays sont compliquées. Comment un Guinéen aborde-t-il les relations avec une personne qui est blanche, mais qui n’est pas européenne ? Sur quoi leur relation est-elle basée ? Ces mondes ont été réunis par la force pendant très longtemps, et sont profondément liés, mais ils ne se connaissent pas entre eux. Cette connaissance, ce sont des chemins et des relations individuels qui la construisent. Jour après jour, pas à pas.


Quelle est la prochaine étape pour Höröya ?

La sortie de notre troisième album, Bras’Afree’ke Vol.2 avec la participation de Famoudou Konate, Cheik Tidiane Seck, Chico César et d’autres encore.

Bras’Afree’ke Vol.2, sortie le 15 mars 2019 via YB Music

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