Hommage à Franco, 30 ans après sa mort

Le géant de la musique congolaise, s’est éteint le 12 octobre 1989 à Bruxelles. C’était il y a trente ans. Sa musique et son héritage demeurent plus que jamais vivants. Cette semaine, PAM lui rend hommage.

De mi amor. Parmi les multiples surnoms de François « Franco » Luambo, c’est sans aucun doute le plus affectueux. Il sonne comme un bolero ou un cha-cha cubain, de ceux qui bercèrent l’enfance de la rumba congolaise et de l’OK Jazz, l’orchestre de sa vie, fondé en 1956.

De mi amor, c’est aussi un petit nom qui en dit long sur l’amour que lui portaient les Zaïrois en général, et les habitants de Kinshasa en particulier. Kinshasa était une scène, et Franco observait ses personnages inventer chaque jour de nouvelles pièces de théâtre où se racontait la condition humaine. Son surnom de « Balzac africain » n’était pas volé. Car la comédie kinoise se retrouvait toute crue dans ses chansons : souvent drôles, provocatrices, poétiques (avec le renfort de son second, Simaro Lutumba), pétries d’images et de mots-couverts, et surtout, toujours pleines de vérité.

C’est d’ailleurs ce que rappelait le prêtre qui, en la cathédrale Notre-Dame du Congo, prononça son oraison funèbre : « Oui, Franco était un prophète. Et si on le considérait comme un agitateur, c’est seulement parce que son message était franc, et direct, mettant à l’épreuve la conscience des auditeurs. Comme lui-même le disait, sa mission était de provoquer, de dénoncer et de dire la vérité ». En ce 17 octobre, son cercueil rejoignit le cimetière de la Gombe, suivi par d’inconsolables fidèles et tout un pays, qui observait, comme l’avait annoncé Mobutu, quatre jours de deuil national.

Moins d’un mois auparavant, alors qu’il était éprouvé par la maladie, il avait insisté pour quitter son lit à Bruxelles pour rejoindre l’OK Jazz qui se produisait en Hollande. Arrivé sur place, il était monté sur scène, et avait égrainé quelques notes de guitare, sans pouvoir terminer le concert. Ce furent les dernières d’un homme dont la vie avait été si pleine que les 140 kilogrammes qu’il pesait quand il avait la santé ne pouvaient pas contenir.

Photo : Jean Depara

Self-made man, Franco était parti du plus bas de l’échelle sociale, à l’école de la rue. Il était devenu le compositeur le plus prolifique de l’histoire du Congo, avait géré une machine de guerre musicale (l’OK Jazz), une boîte de nuit, créé son propre label, dirigeait le syndicat des musiciens, et entretenait avec Mobutu une relation ambigüe. Au point de ne plus savoir si c’était Franco qui avait besoin du « roi du Zaïre » pour faire briller sa carrière, ou si c’est le Maréchal qui s’appuyait sur le chanteur pour conserver sa popularité. En 1989, quand Franco décède, c’est d’ailleurs le début de la fin du règne du président zaïrois. Bientôt les pillages meurtriront Kinshasa, et le chef vieillissant se murera à Gbadolite, dans son exil intérieur de la province de l’Équateur.

Mais Franco n’était pas seulement la voix du peuple, il était aussi celui qui avait insufflé dans la rumba les rythmes traditionnels de son pays, à commencer par ceux du Bas-Congo dont il était originaire. Se détachant peu à peu des influences cubaines, il fit de la guitare une reine capable de danser dans les cérémonies traditionnelles. Son sebene a nul autre pareil portait la marque des likembe, ces pianos à pouce qui tournent sur eux-mêmes et peu à peu, s’intensifiant, amènent tout naturellement à l’extase et la transe. Les esthètes de l’école du Grand Kalle le trouvaient sans doute vulgaire, mais c’était là aussi sa force de frappe, et sa flèche capable de toucher le cœur des Congolais. Paroles et musiques, tout leur ressemblait. Et leur ressemble encore. 

De mi amor.

Cette semaine, PAM vous propose de retrouver articles, chronique d’albums et vidéo de Franco. Ainsi qu’une playlist, à découvrir sur Spotify / Deezer

Lire ensuite : Le Grand Maître Franco à son apogée

Franco 1956
photo Jean Depara