Ghetto Boy, le petit Prince d’Accra

De Hackney à Accra en passant par Londres, l’artiste du MAPA Group construit peu à peu sa place sur la scène afrobeats ghanéenne et britannique. Déjà connu comme le « Afrobeats Prince », le succès de son single « Under Lover » l’avait mis sous le feu des projecteurs en 2017. Après une tournée à travers l’Europe fin 2018, il revient sur la scène avec son dernier single « Je ». Alors qu’il prépare un nouvel EP, PAM a rencontré Ghetto Boy.


Vous êtes connu pour faire vous-même le mix et mastering de vos projets. Comment êtes-vous tombé dans la musique et qu’est-ce qui vous en a appris les rudiments ?

Je viens d’un milieu très musical. Ma mère et mon père sont tous les deux musiciens et j’ai surtout beaucoup appris à l’église : batterie, clavier, guitare… Après avoir été exposé à ça pendant quelques années, évidemment, la musicalité était en moi. Plus tard, j’ai passé trois ans dans un studio à Londres, à apprendre comment utiliser toutes les technologies musicales. Je voulais absolument m’améliorer personnellement.


Pensez-vous que grandir au Royaume-Uni et passer du temps à Londres vous a donné des influences que les autres artistes afrobeats n’ont pas ?

Oui, c’est sûr. Je dirais qu’une grande partie de la musique d’aujourd’hui est influencée par Londres, dans différents styles. Les sonorités des chansons actuelles telles que nous les connaissons viennent de Londres, et le temps passé dans cette ville m’a permis de les mettre dans ma musique. Bien sûr, l’Afrique sera toujours l’influence numéro un, mais Londres joue quand même un grand rôle. 
 


Ressentez-vous une grande différence entre enregistrer à Londres et à Accra ?

Définitivement, une différence énorme ! Je dirais qu’il y a une différence entre le paysage et ce que je fais tous les jours dans les deux villes. Par exemple, étant au Ghana, je me réveillerais tranquillement, j’irais voir les vendeurs de noix de coco, j’irais manger du waakye, j’allumerais la radio, je me préparerais calmement pour la journée… Tous mes amis à Accra sont aussi musiciens, donc ça change beaucoup mon approche à la musique. À Londres, j’ai beaucoup plus de responsabilités, je dois m’occuper de choses plus réelles. Mais je ne préfère pas une ville à l’autre. C’est juste une ambiance différente.


Comment est-ce qu’un artiste émergeant fait pour faire parler de lui dans l’industrie de la musique au Ghana ? Parlez-nous de votre ascension.

Quand il s’agit de l’Afrique en général, et pas seulement du Ghana, je pense qu’il est très important pour un artiste émergeant de se rapprocher des gens. Quand je commençais, je m’assurais toujours que les gens me voient dans la rue, à la télé… ou à la radio ! Si vous voulez percer au Ghana, il est particulièrement important d’avoir votre musique à la radio. C’est comme ça que j’ai attiré l’attention. J’ai aussi toujours essayé d’être présent aux grands événements ou spectacles, et j’ai fini par rencontrer des artistes ghanéens célèbres comme Medikal, King Promise, ou de gros producteurs comme GuiltyBeatz. Quand personne ne me connaissait, ils me voyaient en ville et ils me donnaient toujours de la force quand ils entendaient mes chansons à la radio. Ils suivent encore ce que je fais et cela m’aide beaucoup.


Comment avez-vous rencontré Mr Eazi et comment cette rencontre a-t-elle affecté votre perception de l’industrie ? 

Mr Eazi me soutenait beaucoup sur les réseaux sociaux : il publiait des vidéos de lui en train d’écouter mes chansons, et nous avons fini par parler par messages privés. Depuis, on traîne beaucoup ensemble, on discute, on se rencontre. Il m’a même dit que j’avais inspiré sa chanson « Akwaaba ». Puis il a fait un concert en Suède et m’a invité à jouer. Cela m’a donné tellement plus de détermination ! J’étais déjà allé une fois en Suède, mais pour un événement beaucoup plus petit. Avec Mr Eazi, c’était vraiment énorme. Voir tous ces gens crier et danser m’a fait réaliser une fois de plus que j’avais besoin d’être au niveau.


Avec de nombreux artistes nigérians et ghanéens s’élevant à l’échelle mondiale, certains diront que l’afrobeats est un genre de plus en plus mainstream. Qu’en pensez-vous ? 

C’est définitivement une bonne chose. Ça donne beaucoup d’espoir à des artistes en devenir comme moi, parce que c’est le genre de musique que nous faisons. Je peux me voir à leur place. Ce qu’ils font en ce moment, ça ouvre beaucoup de portes et ça nous facilite la tâche. Je dirais aussi que mainstream ne veut pas dire faux. Je pense que ça dépend des artistes. Quelqu’un comme Burna Boy est devenu extrêmement populaire, mais il reste très authentique : il y a encore beaucoup de références à Fela Kuti dans ses chansons. Il en va de même pour WizKid. Personnellement, je ne me vois pas faire de la musique qui ne serait plus authentique à moi-même.


Qu’est-ce qui vous différencie des autres artistes afrobeats ?

Parce que je fais mes propres instrumentales et mes propres masterings, je sais exactement où je veux aller. C’est pourquoi je pense que j’ai une vision différente de la musique. Mes chansons sont aussi très riches en musicalités. Parfois, ce n’est même plus de l’afrobeat. C’est toujours un mélange : je les fusionne avec du jazz, du RnB, j’y rajoute du reggae… Ma musique, c’est avant tout au feeling.


Vous êtes déjà connu comme le « Afrobeats Prince » au Ghana. Que pouvez-vous nous dire sur votre prochain EP et comment vous sentez-vous par rapport à sa sortie ?

Il s’appellera « Me vs You ». Je l’ai appelé ainsi parce qu’il y a eu un moment où j’avais l’impression que les chansons de mauvaise qualité étaient plus reconnues que les chansons de bonnes qualités. Les auditeurs s’habituent à cette mauvaise qualité. « Me », c’est moi, la bonne musique, et « You », c’est le fan qui écoute. Je suis très enthousiaste par rapport au projet. Ce sera mon deuxième EP et les chansons sont très différentes ; j’apporte une ambiance plus mature et j’ai essayé des choses que je n’avais jamais essayées auparavant. J’ai l’impression que ça va m’apporter une base de fans plus grande et plus âgée. Ça va être le feu !