Dans les disques de Franck Descollonges : musique des Antilles

Avant dernier épisode de notre série d’été avec Franck Descollonges. Cette semaine, on s’envole pour les Antilles sur fond de jazz, cadence ou samba.

J’ai gardé ce gros dossier pour la (presque) fin et malgré des semaines de réflexion, je me frotte encore le crâne pour savoir quels disques je vais vous proposer…

Pour ceux qui suivent les aventures du label, vous savez que depuis quelques années nous nous sommes intéressés à la musique de Guadeloupe et Martinique, avec les compilations Kouté jazzDigital Zandoli 1 &  2 (réalisés avec Julien “Digger’s Digest” Achard et Nicolas Skliris), les albums de Edmony Krater et Roger Raspail et enfin, le “Best of” des Vikings de la Guadeloupe. Ces pétillants septuagénaires m’ont permis de vivre une des aventures musicales les plus folles depuis que je bosse dans la musique (1998) et m’ont reçu comme un prince sur leur magnifique île. Beaucoup de souvenirs, de rires et d’émotions.

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Guadeloupe Réflexions – Un jeudi à l’Arawak (1980)

Voilà typiquement le genre de disque de jazz que j’adore. Un private press qui mélange jazz, musique brésilienne et surtout antillaise ! Derrière ce nom énigmatique se cache en fait Camille Soprann Hildevert, le saxophoniste “soprano” des sus-nommés Vikings de la Guadeloupe et un des musiciens les plus importants de Guadeloupe. Il est même surnommé le “Charlie Parker” des Antilles. Le quintet monté par Camille joue tout en finesse, avec Eduardo Filho (musicien brésilien fraichement débarqué)  déchainé au piano électrique, et trompette, sax, clarinette au diapason. L’album revisite samba, musique latine et jazz plus classique avec une vraie identité antillaise. “De toute beauté” comme dirait un de mes amis DJ barbu.

 

En tout cas, c’est pour moi un des plus beaux disques de jazz antillais, au niveau de ceux de Michel Sardaby ou Alain-Jean Marie. Pour la petite histoire, l’Arawak (du nom des premiers habitants des Antilles) était un hotel renommé de Gosier et le quintet de Soprann’ s’y produisait tous les jeudi, ramenant de nombreux fans de jazz et autres touristes.

J’ai mis de longues années à trouver ce disque en état correct, ce qui est chose faite depuis peu, après avoir appelé au secours Cetelem 😉



La Perfecta  – Perfecta (1978)


Les “Beatles” Martiniquais ! D’une part parce qu’il s’agit d’un des groupes les plus connus de l’ile mais aussi pour la perfection de leurs harmonies vocales.

Sur cet album, il y a tout ! Musicalement, ça groove à mort (basse, batterie, percussions)  avec une section cuivre à faire pâlir la Fania All stars, des solos de guitares, de claviers, et vocalement c’est la folie grâce aux 3 chanteurs. En prime, des mélodies imparables composées par le chef d’orchestre et légende antillaise Daniel Marie-Alphonsine. N’en jetez plus !

Les paroles, elles, sont parfois moins joyeuses et décrivent la dure réalité économique et sociale de l’ile à la fin des 70’s. Un très bon album de cadence, emblématique du son “La Perfecta”, même si mon tube préféré “La divinité” (imparable sur le dancefloor) n’est pas sur ce LP.

Et surtout pour les amateurs de vinyles, on trouve les albums de La Perfecta facilement et à des prix raisonnables, alors que les prix de la plupart des bons vinyles antillais se sont envolés. Malheureusement, sans faire la richesse des musiciens d’origine.

Pour finir, une petite anecdote. Il y a quelques années je déjeune avec mon ami et néanmoins journaliste (à l’époque) David Commeillas. Je lui explique mon projet avec les Vikings de la Guadeloupe : compilation, reformation du groupe pour une tournée et un documentaire. Il me regarde droit de les yeux et me demande très sérieusement “Tu rigoles là ?”. Il avait exactement le même projet mais avec La Perfecta. Au final, il réalisera un superbe documentaire que je vous recommande chaudement sur les 2 groupes :  “Kadans Kreyol – Une histoire musicale française”.



Exile House  – The Bomb 

Voilà un album qui porte bien son nom. “De la bombe, bébé” comme dirait un antillais célèbre. Je ne sais rien de cet album, même pas son année d’enregistrement mais la seule certitude est que c’est un autre excellent disque de cadence, bien funky et dansant.

Plusieurs titres taillés pour les pistes de danse et notamment “We The Youth”, un des classiques des soirées tropical discoteq, LA soirée de référence pour écouter de la musique des caraïbes et d’ailleurs. A ne pas rater s’il y en a une qui s’organise près de chez vous.


Edmony Krater  & Zepiss –  Tijan pou vélo (1988)

Un grand disque !

Je ne sais plus si c’est les copains de Sofa Records ou David Jaloux qui me l’ont fait découvrir il y a de  longues années. Dès les premières notes, j’ai senti que cet album était différent, comme si Don Cherry était allé enregistrer un album en Guadeloupe, avec des musiciens de gwoka. Un album à la fois naïf et profond, aux ambiances variées mais qui se tient du début à la fin, ce qui est rare.

Edmony Krater est chanteur, trompettiste, percussionniste et s’est immergé jeune dans le gwoka moderne avec le groupe Gwakasonné avant de partir en métropole pour jouer avec de nombreux musiciens aussi variés que Bernard Lubat ou Nougaro. Ce qui donnera naissance à son groupe Zepiss, avant d’enregistrer cet album sous son nom, avec la participation du bouillonnant percussionniste Roger Raspail.

Un disque que j’ai eu la chance de rééditer grâce à Julien “Diggers Digest” et l’excellent blog Les mains noires avant d’entamer une collaboration à long terme avec Edmony. Nous préparons actuellement un nouvel album mais dans le même temps, des jeunes producteurs anglais viennent de remixer “Chimin Spirit” et un label allemand sort un EP de titres live enregistrés à Berlin l’année dernière. Comme quoi cet album garde une étonnante modernité et continue à émerveiller les chanceux qui le découvre.

J’ai cherché ce vinyle pendant de longues années, et finalement c’est Fred, le spécialiste n°1 de la musique des Vikings (il a tous leurs disques !) qui me l’a offert. Un beau souvenir, merci encore à lui et comme chaque semaine, la boucle est bouclée donc rdv la semaine prochaine,  pour la dernière !

NB : Cet article est dédié à mon guide guadeloupéen, Ipomen Léauva, qui a fait tout son possible pour me faire découvrir son île, ses amis, la musique guadeloupéenne  sous son meilleur jour.  

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