Tôt ou tard, l’indépendance congolaise viendra

#CongoFreedom part. II

On avait laissé le Congo-Léopoldville (actuelle RDC) de l’après-guerre, en train d’accoucher d’un nouveau son et de nouvelles idées : celles qui mèneront le pays à l’indépendance, le 30 juin 1960. La musique a bien évidemment, accompagné le mouvement.

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Ata Ndele, « tôt ou tard », la chanson d’Adou Elenga sort en 1956. Elle annonce, à mots couverts, l’impatience des Congolais à gérer leurs propres affaires. Cette même année 56, le jeune Patrice Lumumba débarque à Léopoldville, aujourd’hui Kinshasa. Deux ans plus tôt, il avait obtenu sa carte d’immatriculation alors qu’il travaillait à la poste dans le Nord-Est du pays. Elle lui donne, comme à un petit nombre de Congolais, des droits se rapprochant de ceux des Belges. Dans la capitale, il se fait embaucher par la Brasserie Polar comme directeur commercial. Brillant orateur, il vante les mérites de sa bière et en même temps, ceux de la liberté dont le peuple a soif. L’écrivain Aimé Césaire le met en scène dans sa pièce Une saison au Congo, parue en 1966.

« Mes enfants, les blancs ont inventé beaucoup de choses et ils vous ont apporté ici, et du bon, et du mauvais. Sur le mauvais, je ne m ‘étendrai pas aujourd’hui. Mais ce qu’il y a de sûr et certain, c’est que parmi le bon, il y’a la bière ! Buvez ! Buvez donc ! D’ailleurs, n’est-ce pas la seule liberté qu’ils nous laissent ? On ne peut pas se réunir, sans que ça se termine en prison. Meeting, prison ! Ecrire, prison ! Quitter le pays, prison ! Et le tout à l’avenant…

Mais voyez vous-mêmes, depuis un quart d’heure je vous harangue et leurs flics me laissent faire… et je parcours le pays de Stanleyville au Katanga, et leurs flics me laissent faire ! Motif : je vends de la bière et je place de la bière ! Si bien que l’on peut affirmer que le bock de bière est désormais le symbole de notre droit et de nos libertés congolaises ! (…)

Polar, la fraîcheur des pôles sous les tropiques ! Polar,  la bière de la liberté congolaise ! Polar, la bière de l’amitié et de la fraternité congolaise »

Lumumba s’impose vite comme un tribun, et des artistes comme Vicky Longomba le chantent, lui et son mouvement, le MNC.

Le MNC, c’est le mouvement national congolais, le parti fondé par Lumumba à la fin de 1958. Le nom du parti est tout un programme, il est dit National, quand d’autres partis politiques sont des émanations d’associations de ressortissants de la même région, comme l’Abako, qui regroupe les Bakongo, les gens du Sud, où la capitale Léopoldville a été bâtie.

Mais trêve de divagations éthyliques, on ne va pas se contenter de lire l’histoire dans le fond du verre de bière. Ce qui est sûr, c’est qu’un meeting de l’Abako, l’autre grand parti (pour schématiser), est interdit à Leopoldville, le 4 janvier 1959. Des échauffourées avec la police dégénèrent : la ville est en état de siège, et 47 congolais sont tués (d’après les bilans belges, forcément amoindris).

Les autorités, à Bruxelles, se mettent à envisager l’indépendance, espérant calmer les esprits. Mais peu après, dans le Nord, les partisans de Lumumba sont aussi pourchassés… Quant au leader du MNC, on le jette en prison… avant de l’en ressortir – sous la pression des délégués congolais – pour le mettre dans un avion, destination Bruxelles. C’est là que doit se tenir, un mois durant, la conférence de la table ronde qui réunit les autorités belges et les représentants des partis politiques. Objectif, discuter de l’indépendance, de ses conditions, et de sa date.

Dans ses bagages, la délégation congolaise avait emporté le grand orchestre du moment : l’African Jazz de Joseph Kabasele. Nous sommes en janvier 1960, et celui-ci chante « table ronde ».

À Bruxelles où se tient la conférence de la table ronde, un jeune homme né au Cameroun, mais qui a grandi en France dans la Sarthe, est arrivé depuis quelques mois. Il s’appelle Emmanuel N’djoké Dibango : oui, oui, le Grand Manu Dibango. Dans la capitale belge, il devait poursuivre ses études, mais il passe plutôt son temps à jouer du saxo dans un club de la capitale : Les Anges Noirs. C’est là que chaque soir, les délégués congolais se retrouvent, pour se détendre, tout en poursuivant leurs discussions sur la stratégie à tenir dans les négociations.

À la Table ronde, la date de l’indépendance est enfin arrêtée. Ce sera le 30 juin de la même année, soit à peine 5 mois plus tard. En mai, les élections législatives donnent la victoire au MNC de Lumumba, mais sans majorité suffisante, il doit former un gouvernement de large union, avec tous les compromis que cela suppose. Les trois quart de ses membres avaient moins de 35 ans et le plus jeune, 26 ans, était le premier Congolais a avoir obtenu un diplôme universitaire. Mais enfin, le jour tant attendu arriva.

À Léopoldville, le Roi Baudouin de Belgique fait un discours sur l’œuvre accomplie par ses prédécesseurs au Congo. Lui succède Kasavubu, le leader de l’Abako qui a obtenu d’être président. Il prononce un discours de circonstance, policé et consensuel. Et puis, enfin, Lumumba prend la parole.

Évidemment, le discours de Lumumba fâche les Belges. Mais dehors, dans les rues, dans les nganda, les bars, on chante et danse l’indépendance Cha-Cha.

Série #CongoFreedom
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épilogue