Aziza Brahim, la voix des Sahraouis, (enfin) en concert à Paris

Déprogrammée en mars du festival Les Arabofolies suite aux pressions des mécènes marocains de l’Institut du monde arabe à Paris, la chanteuse Aziza Brahim revient dans la capitale française pour chanter le blues des Sahraouis.

Aziza Brahim revient à Paris pour un concert le 26 avril au Pan Piper. Pour la chanteuse magnétique, qui porte dans ses chants la peine et les espoirs des Sahraouis, ce retour doit avoir un goût particulier. Annoncée depuis janvier au festival Les Arabofolies qui se tenait en mars à l’Institut du monde arabe, elle devait clôturer la manifestation dédiée cette année au thème « Femmes et Résistance ».

Ca tombait bien, car la vie lui a appris le sens de ce mot et ce, dès la naissance.
Aziza Brahim est née en 1976 dans un camp de réfugiés du Sud Algérien, où des dizaines de milliers de sahraouis se réfugièrent peu après le départ des colons espagnols, et la prise du contrôle du Sahara Occidental par le Royaume du Maroc. 1976, c’est aussi l’année où le Front Polisario, le mouvement de libération des populations sahraouies qui vivaient là, proclame une indépendance demeurée depuis lettre morte. Le mouvement, soutenu par l’Algérie, ne contrôle aujourd’hui qu’une petite portion du territoire, et la majorité des Sahraouis continue de vivre dans les camps de réfugiés ou en exil.

Aziza, elle, eût la chance de quitter les camps à l’âge de onze ans grâce à une bourse du gouvernement cubain, et put faire ses études secondaires sur l’île. Puis, au mitan des années 90, retour dans les camps, dans la région de Tindouf, au Sud-Ouest de l’Algérie. C’est là qu’elle décide de faire de la musique sa vie. Et de mettre sa vie en musique. Or sa vie, ce sont les camps, l’espoir d’un retour et avant cela, celui d’un réferendum d’autodétermination pour son peuple.

« J’ai besoin de raconter ces histoires, confiait-elle en 2016, toute cette musique que je produis existe dans un contexte, c’est mon histoire, celle que j’ai vécue, et ces histoires j’ai besoin de les partager. C’est aussi un appel au secours lancé du désert de la Hamada, et Abbar el Hamada (« à travers la Hamada », le nom de son dernier album NDLR), c’est vraiment la synthèse de ce qu’a été l’histoire de mon peuple au long de ces quarante ans, c’est là que nous sommes réfugiés, et c’est de là que nous prendrons le chemin du retour. »
Bien qu’un cessez-le-feu ait été signé en 1991 et qu’une mission de l’ONU en garantisse depuis l’application, les négociations n’ont jusqu’ici pas abouti (même si un nouveau cycle de discussions directe est en cours).

La chanteuse, installée depuis 2000 en Espagne, voyage sur les scènes du monde entier et chante la détresse d’un peuple orphelin. Pas comme une passionaria politique, mais comme celle qui en connaît les souffrances, et en témoigne au ras du sable, du point de vue humain, avec cœur. Ses trois albums, chantés en hassaniya ou en espagnol, lancent de puissants blues qui puisent autant aux sources maliennes du genre, qu’à l’arabo-andalou ou aux musiques berbères du Sahara. Sa voix, chargée d’histoire, transmet la nostalgie et l’espoir d’une terre toujours promise, jamais encore (re)trouvée. Avec grâce, et la poésie imagée dont les peuples du Sahara sont les rois.

Elle avait donc toute sa place au festival Les Arabofolies. Las, même si les organisateurs et l’Institut du monde arabe n’ont guère voulu répondre sur ce point, la seule explication viable reste celle d’une pression des mécènes marocains de l’institution. On comprend la déception profonde, à l’époque, de la chanteuse, qui expliquait à RFI : « Cela m’a surprise et cela a surpris beaucoup de gens, parce qu’on parle d’une institution publique française et on parle d’un pays qui est l’un des piliers de la démocratie en Europe. Et cela m’a surprise qu’une institution de ce calibre puisse céder à des pressions politiques étrangères alors que l’Institut s’occupe de programmation culturelle. »

Quand la politique se met à intervenir dans l’art, cela ne donne jamais rien de bon rappelait en son temps Miriam Makeba, autre icône féminine de la résistance. Les jaloux n’ont qu’à maigrir, vendredi 26 avril à Paris, Aziza Brahim fera entendre, et sans entrave, le chant du sable (El canto de la arena) ou celui du fils des nuages (Hijo de las nubes) de son Sahara. Et parce qu’en dehors de tout cela, elle est une grande artiste, il ne faut surtout pas la rater.

Gagnez vos places pour la soirée au Pan Piper du 26 avril à Paris en envoyant votre nom et prénom à agenda@pan-african-music.com, avec « Aziza Brahim » en objet.

Écouter Abbar el Hamada ici 

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