Africolor, 28 ème édition : tout un programme !

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Petit tour du très alléchant programme du festival Africolor, qui aura lieu du 18 novembre au 24 décembre prochain.

Voilà 28 ans qu’Africolor cultive les découvertes et les rencontres du troisième type. Sans quitter son terroir de prédilection – la banlieue de Paris, le festival fondé par Philippe Conrath nous a mené par le bout des oreilles dans toutes les Afriques, et dans tous leurs possibles. Avec une fidélité non démentie pour l’Afrique de l’ouest et l’Océan Indien, les deux pôles d’un continent entre lesquels jaillissent les musiques d’un continent qui ne se fatigue jamais de créer, et, à sa manière, de résister.

Depuis ses débuts, Africolor résiste aussi. Aux modes notamment, tout en gardant l’oreille rivée sur les vents qui balaient le continent. Ici, on s’intéresse à l’Afrique qui bouge, et pas seulement à celle qui fait bouger-bouger. Et puis, Africolor est un terrain d’aventures, où se croisent les traditions musicales d’Afrique et d’ailleurs, comme si les frottements culturels – des caresses aux frictions- réveillaient les faces cachées des musiques que l’on croyait connaître. Voilà pour les préliminaires. Juste de quoi vous inviter à vous y plonger les yeux fermés.

Réveil des rues
C’est donc à des voyages tous azimuts, et parfois des voyages azimutés que vous êtes conviés. Sebastien Lagrave, qui a repris la direction du festival en 2013, a continué de creuser le sillon tracé par son prédecesseur, en ouvrant notamment la programmation aux rappeurs d’Afrique, et particulièrement à ceux dont « la bouche ne porte pas caleçon » (comme on dirait à Abidjan).

Les Sénégalais de Keur Gui, les Mauritaniens d’Ewlade Lebled ont été des clients habitués des services de sécurité de leur pays respectifs. On comprendra pourquoi en allant les écouter au Tamanoir de Genevilliers le 19 novembre. Tout comme leurs camarades Lexxus Legal (RDCongo), Valsero (Cameroun), Kajeem (Côte d’Ivoire) et SamsK le Jah (Burkina Faso) qui se relaieront trois jours plus tard à Bobigny (Canal 93) pour un concert où rap et reggae rappelleront à qui veut l’entendre que la musique est loin de n’être qu’un divertissement, quand elle véhicule les messages qui, doucement doucement, finissent par déboulonner les Présidents un peu trop collants. Dignes héritiers de Fela, ils enverront le 22 novembre leur « lettre aux présidents ». Billy Billy, le truculent chroniqueur de Wassakara, son ghetto abidjanais, les rejoindra sur scène pour envoyer en primeur son « recommandé ».

Parviendra-t-il jusqu’à la Réunion, terre sacrée du maloya et du festival Africolor ?

C’est de là que viennent deux voix singulières, celles d’Ann O’aro et de Jean-Didier Hoareau, réunis pour un duo inédit le lendemain à l’atelier du Plateau (paris 19). C’est aussi de la Réunion que partira le grand périple musical que propose l’équipe du Bal de l’Afrique enchantée, qui explore les liens qui unissent l’Afrique à ses sœurs insulaires de l’Océan Indien. Rajery, magistral joueur de valiha (cithare en bambou de Madagascar) et Bernard Joron (l’une des grandes voix du groupe réunionnais Ousanousava) seront les invités de cette fête où les musiques et l’histoire cheminent et dansent de concert.

Intimes convictions
Retour à Paris, au bord de la Séné-Seine. Là, on peut s’arrêter dans la chambre de Léontina Fall, dont le kamele ngoni (harpe traditionnelle qu’on retrouve dans les territoires ouest-africains de l’ancien empire du Mali) convolera en juste noces le 25 novembre à Bondy avec violoncelle et guitare. Des cordes donc, pour porter ce frêle bout de femme dont l’apparente timidé vole en éclats, lorsqu’elle lance ses mélopées qui enflent comme une fièvre et finissent par contaminer le public. Inutile de vous dire que ce dernier refuse tout médicament. Car cette fièvre vous fait voir des chemins, des émois, des pays insoupçonnés. Les yeux fermés, Léontina Fall chante, habitée.

Toujours dans les labyrinthes de l’intime,  la malienne Fatoumata Diawara entreprend un dialogue accoustique inédit avec le Burkinabé Patrick Kabré, découvert l’an dernier lors du festival. A voir la complicité qui s’est installée entre eux, leur série de concerts promet non seulement la simplicité nue des émotions que leurs voix respectives savent transmettre… mais aussi quelques fous rires. La cour de Ouagadougou dans laquelle ils ont travaillé ensemble se transportera le 7 décembre au théâtre du Garde-Chasse des Lilas, à l’heure bleue de Ouaga. L’heure bleue, c’est aussi celle d’Abou Diarra, virtuose malien du kamele ngoni, qui se produira le 24 décembre à Montreuil, histoire de rappeler que le blues est né en Afrique aux gars de Memphis, Tenesse.

Transafricaine, du Nord au Sud
Mais avant d’en arriver à cette conclusion, il ne faudrait pas manquer le détour par l’Algérie et la détonnante rencontre entre la doyenne Cheika Rabbia et les mordus de l’ensemble Mazalda Super Orion qui, si vous êtes morts, vous garantissent la Raï-surrection (à vivre une fois dans sa vie, c’est à Pantin le 02 décembre). Après ça, tant qu’à faire, autant se mettre la tête à l’envers en touchant la pointe Sud du continent et les transes martelées par les BCUC (Bantu Continua Uhuru Consciousness) pour mieux raconter le feu qui couve toujours à Soweto aujourd’hui. De l’acide de batterie pour un very good trip, à Pantin le 6 décembre. Avec en prime, la visite du furieux saxophoniste Shabaka histoire d’atteindre la surchauffe à la Dynamo (du nom de la salle où se tient le concert).

Bref, Impossible d’égrainer un à un les concerts et les voyages que propose cette nouvelle édition du festival. Du coup, obligé, Pan African Music y reviendra.
En attendant, n’hésitez pas !

Africolor, c’est 25 concerts, de quoi résister avec bonheur à l’hiver.

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