« Adiós Morena » de Rio Mira : la marimba afro-latine remixée

Une chanson de marimba afro-latine et ses remixes autour du monde unissent l’Équateur et la Colombie et les replacent à l’épicentre des pulsations musicales d’aujourd’hui.

Quelques notes de marimba résonnent dans l’air, quatre coups frappés sur un cununo donnent le tempo, suivi par le son végétal du guasá, une sorte de maracas. Une voix d’homme s’élève au milieu du groove instrumental – « Por ti me voy… » – rejoint par des chœurs féminins.

Adiós Morena est le premier single du prochain album de Rio Mira, intitulé Rio Mira – Marimba del Pacífico. Nouvelle sortie de Aya Records (IFÈ), branche de ZZK Records spécialisée dans « les expressions musicales contemporaines d’Amérique Latine », et responsable depuis 2008 de l’émergence de la cumbia électronique (La Yegros, King Coya…), ce maxi offre aussi les versions remixées par le Franco-Équatorien Nicola Cruz, les producteurs argentins Kaleema & Chancha Via Circuito, le duo franco-malien Midnight Ravers et le DJ allemand M Rux.

« J’ai l’impression qu’il y a un certain magnétisme vers l’Amérique du Sud pour ses nouvelles propositions très rafraîchissantes », affirme Nicola Cruz dans un documentaire vidéo produit par ZZK Records (voir les épisodes #1, #2 et #3). Et je crois que pour une bonne partie, c’est parce que les gens d’ici assument enfin leurs origines, et d’où ils viennent. » Karla Kanora, la chanteuse de Rio Mira, va plus loin : « C’est le bon moment pour que notre culture se mélange, et que nos traditions émergent à travers la musique. Grâce à la sauvegarde de notre identité musicale et de notre tradition orale, nous pouvons rester maîtres de notre culture. »

Effectivement, sur « Adiós Morena », les instruments, le rythme et les mélodies sont typiques de ce territoire situé à cheval sur l’Équateur et la Colombie, aujourd’hui peuplé par des afro-descendants, 500 ans après que les colons espagnols y ont amené de force des esclaves africains. Certains d’entre eux, affranchis par leur maître ou par leur fuite, ont réussi à y implanter leur culture musicale, encore très vivante de nos jours. Elle s’est ensuite mélangée aux traditions autochtones, et a permis de forger l’identité d’une région où le fleuve Mira unit l’Équateur et la Colombie, deux pays frontaliers qui partagent la même langue.


« LA MUSIQUE D’AUJOURD’HUI APPORTE DES SONS NOUVEAUX, C’EST CERTAIN… L’ÊTRE HUMAIN NE CESSE D’INVENTER. MAIS LA MUSIQUE TRADITIONNELLE APPORTE CETTE SPIRITUALITÉ QU’ON A HÉRITÉE DE NOS GRANDS-PARENTS. » Karla Kanora


Cette chanson est une véritable déclaration de principe venant d’un groupe dont les racines musicales ont récemment été reconnues par l’UNESCO et inscrites sur la Liste représentative du patrimoine culturel immatériel de l’humanité. La marimba – un genre musical qui tire son nom de son instrument principal – a toujours été au cœur des chants et danses traditionnelles des Afrodescendants de la région du Pacifique Sud colombien et de la province d’Esmeraldas d’Équateur. Originaire d’Afrique centrale et de l’Ouest, le xylophone en bois a été baptisé ainsi en langue bantoue, signifiant « beaucoup de / xylophones à lame unique » (ma / rimba). La caractéristique principale du modèle utilisé en Amérique Latine est le mirliton, fine membrane végétale (peau d’oignon) ou animale (sac d’oeufs d’araignée), qui vibre lorsque les touches de bois sont frappées par le musicien, produisant ainsi le bourdonnement typique de l’instrument.

Le son du marimba se mélange aisément à la production sophistiquée de Nicola Cruz et ses effets sonores modernes, ou à la pulsation festive des clubbers de Midnight Ravers. Karla Kanora donne une piste pour percer le secret de la réussite de cette fusion entre la spiritualité ancestrale et la modernité : « Je pense que la fusion des styles traditionnel et moderne est une alternative importante, qui permet de montrer notre tradition musicale à la jeune génération, et la contemporanéiser. (…) La musique d’aujourd’hui apporte des sons nouveaux, c’est certain… l’être humain ne cesse d’inventer. Mais la musique traditionnelle apporte cette spiritualité qu’on a héritée de nos grands-parents. »

Si les habitants de pays différents parviennent à partager pacifiquement la même culture depuis 500 ans, il doit exister un certain miracle qui mérite d’être étudié. Et, sans aucun doute, une musique à écouter, danser, et partager.

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