Abu Obaida Hassan, le mystérieux pionnier de la musique Shaigiya

Écoutez en exclusivité un extrait de la compilation Abu Obaida Hassan & His Tambour: The Shaigiya Sound of Sudan.

Le label Ostinato Records, derrière notamment le projet Sweet As Broken Dates nommés aux Grammy Awards, présente la première compilation d’une série sur l’âge d’or musical soudanais. Cette première compilation sur la musique Shaigiya du mystérieux et néanmoins génial Abu Obaida Hassan n’est que le début de l’immersion d’Ostinato au Soudan, un des pays avec une histoire musicale des plus diversifiées d’Afrique.

Abu Obaida Hassan et les merveilles de sa harpe (tambur) à cinq cordes restent en grande partie un mystère. Au début des années 2000, un journal soudanais l’a déclaré mort. Des forums spécialisés ont eux aussi confirmé son décès. Beaucoup à Khartoum, la capitale du Soudan, ont abondé dans ce sens. Et pourtant…

Ce qui est certain, c’est le talent brut d’Abu Obaida Hassan. L’ajout d’une corde supplémentaire à sa tambur (harpe que l’on retrouve dans toute la vallée du Nil), soutenu par un chœur et deux percussionnistes, le portera en pionnier d’un nouveau son, une musique synonyme de modernité. Une musique rythmée entre les styles arabes et nubiens alliant mélodies hypnotiques et rythmes complexes. Abu changea sans cesse la composition de son groupe, tout en restant à la barre, jouant dans des spectacles à guichets fermés dans les villes du pays en animant les dancefloors et la jeunesse des années 1970 et 1980. Et oui la musique Shaigiya d’Abu Obaida était une affaire de fête, à une époque où les bals itinérants  étaient un élément essentiel de la vie du Soudan.

C’est lors d’un premier voyage en 2011 que l’équipe d’Ostinato est tombée d’abord sur les enregistrements d’Abu Obaida, dénichant des bouts de morceaux au fil des ans. L’équipe s’est rendue de nouveau au Soudan en 2016 pour trouver les indices permettant de reconstituer le puzzle d’Abu Obaida Hassan. Grâce à un long travail d’investigation avec Ahmed Asyouti (leur contact à Khartoum) et une bonne part de chance, ils ont retrouvé les traces d’Abu Obaida dans la banlieue rurale d’Omdurman, l’ancienne capitale juste en face du Nil blanc. L’âge a pris son péage, mais il reste plein de vie et de musique prête à être redécouverte. Abu Obaida et l’équipe d’Ostinato ont collaboré sur une sélection de ses huit meilleures chansons retrouvés lors de ces dernières années. Abu Obaida a écrit plus de 100 chansons, seulement 30 ont été enregistrées.

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