30e édition d’Africolor : les femmes en force

Pour vous aider à patienter jusqu’au festival, on vous a fait une playlist dédiée, à écouter sur Spotify.

Pour sa trentième édition, le festival Africolor (qui se déroule en région parisienne) a décidé de s’abandonner aux femmes. Bonne idée, tant les femmes artistes ont conquis, d’année en année, le devant de la scène. Aussi la programmation de ce nouveau cru résonne-t-elle non seulement comme une reconnaissance, mais aussi comme un soutien au Mousso Power (le pouvoir des femmes).

C’est aussi la suite logique d’une longue histoire d’amour, évidemment, tant le festival francilien leur a toujours fait bonne place. Du coup, cette année, elles sont majoritaires ! Et pour ne pas oublier la minorité masculine, quelques hommes triés sur le volet seront bien sûr là pour faire bonne mesure.

Passons en revue une partie des troupes du Mousso Power.

Le 16 novembre, en ouverture, la Kényane Muthoni Drummer Queen donnera son premier concert en France, pour une démonstration de la vitalité de la nouvelle scène de son pays qui manie le hip-hop, l’électro et la soul avec souplesse et énergie. Le tout, bien emballé par le duo de beatmakers suisse Hook & GR !, deux danseuses et un VJ (un vidéo-Dj, quoi). On ne pouvait choisir meilleure ouvreuse pour débuter ce festival qui fait la part belle aux femmes, puisque son dernier album, sobrement baptisé She, dresse en 12 titres autant de portraits de femmes d’aujourd’hui, offrant un kaléidoscope de la condition féminine vue de Nairobi. Extrait de la chanson « Dear Matilde », où elle s’adresse à une petite fille qui vient de voir le jour :

« Être une femme est un job à plein temps, pour la moitié d’une paye, et encore… pas tout le temps. (…) Mais souviens-toi de ceci : tu es une reine, l’énergie féminine de toute création, tu es faite de vie, tu es la vie elle-même : tu es une déesse ! »

De quoi renflouer la confiance même par gros temps de crispations masculines.

Le 17/11, elle partagera la scène avec Dope Saint Jude, rapeuse acérée de Cape Town.

La Malienne Rokia Traoré, le 18 novembre, présente quant à elle sa création Dream Mandé, ou l’histoire extraordinaire de Soundiata Keita, héros unificateur de l’Empire du Mali. Le tout, sobrement accompagné d’une kora et d’un ngoni, pour que les mots et la voix planent au-dessus de l’histoire. Car les griots, avant d’être éventuellement chanteurs ou musiciens, sont avant tout hommes et femmes de parole. À ne pas manquer.

L’ancien empire du Mali, fidélité oblige, sera d’ailleurs bien représenté puisque Fatoumata Diawara ou le Kaladjula Band de Naïni Diabaté seront eux aussi sur les scènes d’Africolor.

En remontant plus au Nord, à la lisière de l’ancien Empire Songhaï, on touche la terre ou plutôt les sables où naquit Hasna El Becharia, reine du guembri, ce qui n’est pas une petite prouesse dans un univers qui n’était que masculin, jusqu’à…. ce que Hasna ne s’impose. Doyenne et grande routière saharienne, elle sera accompagnée de sa disciple Souad Hasla. Toutes deux se produiront en duo (9/12), mais aussi avec l’ensemble Lemma, orchestre exclusivement féminin qui transposera l’ambiance des salons de musique de Bechar sur la scène du théâtre de l’Agora d’Évry (7/12). Hasna El Becharia rencontrera aussi Naïni Diabaté le 20 décembre, pour un dialogue féminin guembri-bolon qui réunit les deux bords du Sahara.

Enfin, parce qu’on ne peut tout de même pas les oublier, Aziz Sahmaoui fera résonner les transes électriques gnawa, les Mercenaires de l’Ambiance donneront l’avant-dernier bal de l’Afrique enchantée, et le magique trio 3MA (Rajery, Driss el Maloumi, Ballake Sissoko) jouera un tour de magie à cordes.

Enfin, le Camerounais Blick Bassy revisitera avec ses invités, le temps d’une soirée, la mémoire de Ruben Um Nyobè, le leader indépendantiste camerounais assassiné il y a cinquante ans, en 1958.

À l’heure où Paul Biya a pris un abonnement à vie à la présidence, où les vieux fantômes de la sécession refont surface, le pays plus que jamais semble avoir besoin de revisiter son histoire, et de reprendre une bouffée d’inspiration auprès d’Um Nyobè, alias « Mpodol », le porte-voix des aspirations camerounaises, dont le nom a été enfoui sous une chape de plomb. Aux côtés de Blick Bassy et des ses musiciens, le conteur émérite Binda Ngazolo dont vous pouvez sur PAM les chroniques, mais aussi le rappeur Krotal. Le festival consacre aussi à la mémoire d’Um Nyobé et au silence qui l’entoure deux projections documentaires et un débat en compagnie de Thomas Deltombe, l’un des auteurs de l’excellent livre Kamerun, et de la romancière Kidi Bebey.

Bref, de quoi prendre quelques bonnes claques, d’où qu’elles viennent… et des femmes présentes, elles n’en seront que meilleures.

Africolor, du 16 novembre au 22 décembre en Île-de-France

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