1956 : Louis Armstrong débarque au Ghana

#GhanaFreedom part. III

En mai 1956 Louis Armstrong, l’un des dieux du jazz, débarquait pour une visite de deux jours au Ghana.

On l’a dit dans l’épisode précédent, le jazz a largement influencé les musiciens du Ghana, comme E.T. Mensah qui s’y est frotté à Accra, quand les troupes alliées y stationnaient, mais aussi à Londres dans les clubs de Piccadilly. Le roi du Highlife allait être comblé : celui du jazz arrivait. Et c’est justement avec « All for you », une chanson de Mensah qu’on allait accueillir le grand Satchmo, en visite avec sa femme Lucille.

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Cette chanson reprend en fait le thème Sly Moongose que Charlie Parker, Armstrong et bien d’autres avaient joué. Un air créole qui trouve ses sources en Louisiane et avant la Louisiane, quelque part sur les chemins métissés des Caraïbes. Repris par Mensah, il aura donc fait le grand voyage Caraïbe, États-Unis, Afrique. Une sorte de retour à l’envoyeur.

C’est la version de Mensah que jouent les 13 orchestres qui sont venus accueillir Armstrong jusque sur le tarmac de l’aéroport d’Accra. Mais à la place du refrain « All for you, E.T. all for you », ils chantent « All for you, Louie All for you ».


AVANT SON DÉPART, DES DANSEURS TRADITIONNELS VIENNENT SE PRODUIRE POUR SATCHMO ET SA FEMME. PARMI LES DANSEUSES, IL APERÇOIT AVEC ÉMOTION UNE DAME QUI RESSEMBLE À S’Y MÉPRENDRE À SA MÈRE, DÉCÉDÉE VINGT ANS PLUS TÔT. DÈS LORS, IL EST CONVAINCU QUE SES ANCÊTRES VIENNENT DU GHANA.


Sur le tarmac, Armstrong sort sa trompette et accompagne les dizaines de cuivres jusqu’aux voitures qui les mèneront au vieux terrain de Polo, celui-là même où, un an plus tard, Nkrumah proclamera l’indépendance. 70 à 100.000 personnes selon la police sont là. Et c’est parti pour un bœuf endiablé, où l’on voit Arsmtrong déchaîné faisant danser les notables Ghanéens en costume traditionnel, les Ghanéennes sur leur 31, le tout dans une incroyable frénésie qui rappelle que le jazz et l’Afrique sont bien de la même famille.

Le lendemain, Armstrong joue aussi au club Paramount avec E.T. Mensah. Le soir, il se produit avec ses musiciens au Cinéma Opéra, un concert auquel assiste le premier ministre Kwame Nkrumah. Il lui il dédie cette chanson de circonstance, Black and Blue.

Je ne peux cacher ce qu’on voit sur ma bobine,
Je suis si triste,  Ma vie n’est qu’épines.
Mon cœur est déchiré, pourquoi suis-je donc né ?
Qu’est ce que j’ai fait… pour être aussi Black and Blue?

Avant son départ, des danseurs traditionnels viennent se produire pour Satchmo et sa femme. Parmi les danseuses, il aperçoit avec émotion une dame qui ressemble à s’y méprendre à sa mère, décédée vingt ans plus tôt. Dès lors, il est convaincu que ses ancêtres viennent du Ghana. Il le raconte dans un télégramme qu’il envoie juste avant de s’envoler pour New York.

Armstrong comme bien d’autres Afro-Américains après lui, viendront en pèlerinage au Ghana, qui leur ouvre les bras. Kwame Nkrumah accueillera même son mentor, le penseur W.E.B. Du Bois, auteur des Âmes du Peuple Noir (The Souls of the Black Folk).

Quant au grand Satchmo, c’est le département d’état, le ministère des affaires étrangères des États-Unis, qui sponsorisera son incroyable tournée africaine de 1960-61, au cours de laquelle il jouera dans 27 villes du continent. En pleine guerre froide, le pays qui pourtant n’en avait pas fini avec la ségrégation envoyait à l’extérieur, et singulièrement en Afrique, un tout autre message, avec Armstrong en ambassadeur.

Neuf mois après sa visite au Ghana, Kwame Nkrumah, lui, devient le premier président du Ghana indépendant.

À suivre….

Les photos sont tirées des archives de l’Université de Georgetown. Elles ont été collectée par Jimmy Moxon, jeune district commissionner britannique à Accra, et fan de Satchmo.